STRESS ACADÉMIE - ÉPISODE 1Les secrets de la rue LajoiePar Marie-Pier Beaulieu 14-09-2005 | 04h00
Comment prépare-t-on ces centaines d’heures de télévision? Que se passe-t-il dans la loge de Julie Snyder quelques minutes avant le gala d’ouverture? Comment se choisissent les candidats mis en danger? Comment se déroulent les séances d’enregistrement de l’album? Comment sont conçus les numéros de variétés? Que fait Thomas, le bébé de Julie et Pierre Karl pendant que maman anime? Vous saurez tout! Tout ce que vous ne voyez pas à la télé, vous le lirez dans 7 Jours! Prêts? Partez! Prenez place dans le bulldozer qui ouvre le chemin à l’autobus du show-business! Durant tout l’été, les réunions se sont multipliées pour préparer les quelque 15 heures de variétés et 18 heures d’émissions quotidiennes qui débuteront dimanche. D’ordinaire, la plupart de ces meetings ont lieu au siège social des Productions J, dans le Vieux-Montréal, mais certaines rencontres très stratégiques se déroulent au domicile de Stéphane Laporte, rue Lajoie, à Outremont. Si l’édifice du Vieux-Montréal, c’est la Maison-Blanche de Star Académie, la maison de la rue Lajoie, c’est camp David. Voici un procès-verbal débridé de ces réunions chez Stéphane Laporte...
Ding, dong! C’est sûrement Jean Lamoureux, le producteur-réalisateur de Star Académie. Il est toujours le premier arrivé. L’associé de Julie Snyder a l’air d’un petit garçon. Un pierrot. Doué, discret, artistique et perfectionniste, il est également de nature inquiète. On est à deux mois du grand soir et il a déjà commencé à faire de l’insomnie. D’ailleurs, il se dirige directement dans la cuisine chercher un cappuccino bien tassé pour se remettre de sa courte nuit. Richard, l’homme à tout faire de Stéphane, est en train d’en préparer en grande quantité pour tous les invités. Ça sonne encore. C’est Linda Surprenant, la productrice déléguée, et Carl Dubuc, le chef recherchiste. Linda, c’est la rationnelle du groupe. Si Julie, Jean et Stéphane sont les artistes flyés pour qui «sky is the limit» , elle, elle sait combien ça coûte le «sky». Elle a le poids du budget sur les épaules et doit ramener à l’ordre les Jean Drapeau qui sommeillent chez les trois grands créateurs. Elle est une organisatrice hors pair, d’une efficacité à toute épreuve. Elle est dans l’ombre et veut y rester. Carl Dubuc, le chef recherchiste, a une personnalité beaucoup plus exubérante. Il connaît personnellement tout le bottin de l’Union des artistes. Homme aux mille relations, c’est un esprit vif et coquin, capable de faire rire Julie Snyder même dans les moments les plus stressants.
C’est parti... La réunion commence. Tout le monde branche son Mac. On dirait un congrès de Silicon Valley. Durant toute la réunion, Jean, Stéphane, Carl et Linda prennent leurs courriels et en envoient. Ils s’en envoient même entre eux, même s’ils sont à deux chaises l’un de l’autre. Et c’est sans compter le concert des sonneries de cellulaires...
Premier point à l’ordre du jour: l’ouverture du premier gala. Comment va commencer le premier gala? Stéphane propose un porte-à-porte annonçant la bonne nouvelle aux 20 candidats sélectionnés parmi les 5 000 auditionnés. Bonne idée! Mais Julie voudra-t-elle le faire? Elle vient tout juste d’accoucher. Sera-t-elle prête à traverser le pays de l’Abitibi jusqu’à l’Acadie? Justement, en parlant du loup, ou plutôt de la mère lionne, la voilà qui arrive. Ou plutôt qui débarque. Car Julie Snyder n’arrive pas quelque part. Elle débarque comme Jacques Cartier découvrant le Canada. Elle s’empare des lieux et transforme l’atmosphère. Quand Julie est là, plus rien n’est pareil. Elle débarque avec Thomas dans sa poussette. Elle est venue à pied de chez elle. Une petite marche de 10 minutes. Accompagnée de la gardienne qui s’occupe de Thomas et de Louis, son chauffeur qui traîne tous les cossins: dossiers, ordinateur, lunch. Habillée relax avec son chandail matelot et ses sandales Birkenstock, elle est bien loin des robes et des souliers à talons aiguilles des galas du dimanche! Julie débarque donc. Elle est au téléphone. Tout en parlant à deux personnes sur deux lignes différentes, elle donne ses instructions à la gardienne, chante une chanson à Thomas et épluche le journal à toute vitesse. Elle est une machine. Une machine à coudre des émotions! Toute sa bande a envahi le salon.
L’idée devient réalité Finalement, tout le monde se rallie à son flash. Jean émet une inquiétude: les ex-académiciens seront-ils capables de faire ça? Entrer chez les gens sans s’annoncer est un art difficile, dont Julie est la virtuose. Mais Marie-Élaine, Wilfred et les autres n’ont jamais fait ça. Ce n’est pas évident. Julie règle le problème: «Je vais leur donner un cours de porte-à-porte, leur montrer les trucs. Réunissez tous ceux qui sont disponibles ici, demain matin, première heure.» Sur ce, Julie est déjà partie. Elle a un rendez-vous chez sa physiothérapeute. Et voilà comment une idée devient réalité, façon Productions J. Avec ses assistantes, Linda Surprenant a déjà planifié les 20 tournages et la tournée du Québec. Carl Dubuc et son équipe ont déjà communiqué avec les vedettes de Star Académie 2003 et 2004. Et Jean Lamoureux, le patron rassuré, peut se concentrer sur le nouveau décor de l’émission de variétés et la centaine d’autres chats qu’il a à fouetter. Lendemain matin, prise deux. Il y a foule rue Lajoie. Les passants doivent penser qu’un mariage se prépare tellement il y a de voitures stationnées devant la maison! Marie-Élaine Thibert, Marie-Mai Bouchard, Émily Bégin, Meggie Lagacé, Corneliu Montano, Marc-André Niquet, Véronique Claveau et Annie Villeneuve sont là. Il y a aussi la réalisatrice Mireille Veillet, la Spielberg de l’Académie qui réalisera le porte-à-porte, et la recherchiste Nadine. Le coiffeur de Marie-Élaine est là aussi, car tout de suite après le briefing de Julie, la chanteuse ira annoncer la grande nouvelle à un premier candidat. Ils s’installent dans la chambre d’amis. Bref, «y’a du monde à messe».
Porte-à-porte 101 Elle donne à ses artistes un cours 101 de porte-à-porte. L’important, c’est la surprise. On n’a jamais deux chances de prendre quelqu’un par surprise. Et la voilà, à quatre pattes dans la salle à manger, en train de mimer l’action de se cacher dans un bosquet devant la maison du candidat à surprendre. On se croirait dans une improvisation de la LNI, Yvan Ponton en moins, et c’est Stéphane qui fait l’arbitre! Chaque ancien a reçu une feuille avec la phrase clé à dire au moment de l’annonce aux candidats. Marc-André Niquet, très soucieux de bien faire, ne cesse de la répéter: «Je suis venu t’annoncer que tu as été choisi pour faire partie du premier gala de Star Académie 2005.» Julie poursuit ses conseils: «Il faut suivre la puck. Ayez de l’écoute. Laissez vivre l’émotion.» Les jeunes trippent. Mireille Veillet sera leur ange gardien: «Viens, Marie-Élaine, on va tourner.» Julie s’en va rejoindre Thomas dans le parc. Elle le nourrit tout en parlant avec Wilfred au téléphone. Il ne pouvait assister à la réunion, il est au Nouveau-Brunswick. Julie lui donne donc un cours express.
Le soir même, Stéphane reçoit les images de la première annonce à un candidat, réalisée par Mireille. Car la maison de la rue Lajoie n’est pas seulement un lieu de rencontres, c’est aussi là que sont montées certaines séquences de l’émission. Les séquences ultra-confidentielles. Dont le porte-à-porte, bien sûr. Car qui voit le porte-à-porte connaît le secret le mieux gardé du Québec: le nom des prochaines vedettes de Star Académie. L’as monteur des Productions J, Jeff Trépanier, est installé au sous-sol. C’est là qu’il fera le montage, avec Stéphane, des scènes du porte-à-porte au fur et à mesure qu’ils recevront les cassettes de l’Abitibi, de la Côte-Nord, du Nouveau-Brunswick, etc. C’est aussi au sous-sol que la monteuse Elsa Houde, l’inséparable complice de Stéphane, rassemble les éléments des 20 portraits réalisés par Suzanne Labelle pour présenter les candidats à tout le Québec, dimanche prochain. Ce n’est pas une maison, c’est une ruche. La semaine dernière, tout le service de création des Productions J était réuni dans ce même sous-sol pour visionner le résultat final. Cinq semaines de labeur pour une dizaine de minutes de télévision. Mais quelles minutes! Julie rit puis elle pleure, Carl aussi, Linda renifle... mission accomplie! Y a d’l’émotion. Y a d’la joie rue Lajoie! |