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Dictature de la minceur - Télé-maigreur
Photo Journal de Montréal
Katie Couric, présentatrice de CBS, a elle aussi subi la dictature de la minceur. Elle a perdu quelques kilos grâce à la magie de Photoshop...

DICTATURE DE LA MINCEUR

Télé-maigreur

Marie-Joëlle Parent
Le Journal de Montréal
05-04-2007 | 10h23
Tout comme aux États-Unis, la télévision québécoise n'échappe pas à la dictature de la minceur. Un important pourcentage de femmes affiche un poids sous la normale. Une tendance que remarque et dénonce Sophie Thibault.

«En information, les femmes de taille plus forte doivent travailler deux fois plus fort pour faire leur place», affirme Sophie Thibault, lectrice de nouvelles vedette du réseau TVA.

«Ce sont des hommes qui engagent, c'est sûr qu'ils vont rechercher l'exception, les jeunes journalistes minces blondes aux yeux bleus», dit-elle.

Aux États-Unis, les femmes rondes sont clairement sous-représentées au petit écran.

Au Canada, les chiffres parlent d'eux-mêmes: 75% des femmes à l'écran sont sous leur poids santé, tandis qu'une actrice sur vingt est de taille forte, selon le Réseau Éducation-Médias. Le Québec ne tient pas de statistiques sur le poids des actrices au petit écran.

Tous les soirs, Sophie Thibault lit les nouvelles à TVA. Derrière le stress du direct se cache une autre pression, celle de bien paraître.

«C'est sûr que si je n'avais pas correspondu à certains critères, je ne serais peut-être pas là aujourd'hui», admet la tête d'affiche de TVA, étonnamment ouverte sur la question.

Céline Galipeau

Céline Galipeau, animatrice du Téléjournal du week-end à Radio-Canada, l'accorde: ce qu'on voit à la télévision ne représente pas la population.

«Probablement que si je n'avais pas été présentable, je ne ferais pas une carrière à la télévision, admet-elle. Certainement, la pression est là, mais je ne la vis pas encore. Mon cheminement s'est fait sur le terrain, où la pression est moins grande», ajoute l'animatrice.

Sophie Thibault admet quant à elle être un produit de marketing. «Je ne suis pas libre de mon look, j'en suis consciente», dit-elle au bout du fil.

Pendant longtemps, Sophie Thibault avoue avoir fait le yo-yo côté poids. «Il y a des moments où j'avais 20 livres de plus», admet-elle.

Régimes

Il y a dix ans, elle a donc enchaîné les régimes, Montignac et compagnie, pour tenter de se conformer aux standards de minceur imposés par la télévision.

«La pression est inconsciente, on se la met soi-même, mais avec les années, j'ai relaxé», avoue-t-elle.

Elle n'échappe toutefois pas aux remarques. «Quand on prend du poids, on se le fait dire par les collègues», admet-elle.

Il y a aussi les commentaires de spectateurs comme: «Je pensais que vous étiez plus grosse que ça!» raconte-t-elle ouvertement.

«J'aimerais m'en foutre, mais je ne peux pas. Des fois, j'envie mes collègues de la radio et de l'écrit...» dit-elle.

Et que pense-t-elle de Katie Couric, animatrice américaine dont on a aminci la silhouette sur les photos de promotion?

«Je n'aurais jamais accepté ça. D'ailleurs, les photos retouchées ça me fatigue beaucoup», dit-elle.

Loin de la réalité

Les études sur la représentation des femmes rondes à la télévision sont rares. Aux États-Unis, une équipe de chercheurs de Boston s'est penchée sur la question.

Les émissions qui font fureur aux États-Unis mettent en vedette des femmes au physique de mannequin. C'est le cas de Desperate Housewives.

Les femmes à la télévision qualifiées de «dangereusement sous leur poids santé» représentent 31% des personnages. Presque le tiers des rôles. À l'opposé, dans la population, ces femmes représentent moins de 5%.

À l'autre bout du spectre se trouvent les actrices classées dans la catégorie obèse: elles représentent 13% des rôles, alors que dans la population américaine elles sont 51%.

«Et ça n'a pas beaucoup changé depuis cinq ans», indique Ken Lachlan, coauteur de cette étude réalisée en 2004 par le Boston College et titulaire d'un doctorat de l'Université du Michigan. Selon lui, la représentation de la femme à l'écran n'est clairement pas représentative de la population américaine. «C'est évident que ça met de la pression sur les spectateurs de se conformer à un certain standard.»

La pression joue sur les actrices aussi. Hilary Duff, qui a perdu beaucoup de poids, dénonçait récemment la pression des médias qui pèse sur elle pour qu'elle reste mince.

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