Thérapie de choc pour l'industrie de la musique

«Les CD vont disparaître» - Thérapie de choc pour l'industrie de la musique

David Patry
Le Journal de Montréal

Dernière mise à jour: 19-04-2007 | 10h15

C'est à une véritable thérapie de groupe qu'ont assisté les représentants de l'industrie québécoise de la musique hier. Le gourou de la distribution de musique en ligne Scott Cohen, fondateur de The Orchard, les a exhortés à abandonner le support CD avant qu'il soit trop tard.

«Les CD vont disparaître. Si vous ne le croyez pas encore, vous êtes comme les Américains qui nient le réchauffement climatique. Toutes les preuves sont là», a lancé Scott Cohen lors des Rencontres québécoises de l'industrie de la musique.

L'homme a fondé The Orchard en 1997 simplement parce que sa petite compagnie de disques n'arrivait pas à en vendre. Aujourd'hui, l'entreprise est le chef de file de la distribution numérique de musique dans le monde, fournissant des sites tels que iTunes.

Son vice-président international est convaincu que l'industrie doit bouger vite et laisser tomber la vente de disques pour éviter de sombrer. «Personne n'en achète de toute façon», laisse-t-il tomber.

Ses propos ont fait réagir les bonzes de l'industrie québécoise de la musique, habitués à ce que le marché québécois du disque se maintienne mieux que la moyenne mondiale.

Mais l'inévitable déclin s'est amorcé ici aussi, et c'est mi-figue mi-raisin, hésitant entre le rire et le découragement, qu'ils ont accueilli ses recommandations.

En chute libre

Scott Cohen a fait la démonstration que rien ne va plus dans l'industrie mondiale de la musique.

En 2000, on parlait d'un marché valant quelque 40 milliards de dollars. Un chiffre qui a glissé à 30 milliards en 2006. Une chute drastique.

«Ce n'est pas la consommation de musique qui a diminué. Au contraire, les gens en consomment de plus en plus. C'est sa valeur qui est en chute libre», souligne le v-p international chez The Orchard.

Selon lui, il ne sera désormais plus possible de faire payer les consommateurs pour la musique comme c'était le cas avant le peer to peer, un mode de téléchargement illégal.

«Vendez avant qu'il soit trop tard!»

On estime à un milliard le nombre de chansons qui se transigent de cette façon chaque mois.

«La musique a beau vous avoir coûté des milliers de dollars à produire, les gens ne paieront pas pour ça !» indique-t-il.

Voulant s'assurer que le message était bien compris, Scott Cohen en a ajouté. «Vendez avant qu'il soit trop tard ! Prenez votre argent et partez à la retraite!»

Imposer des redevances destinées aux créateurs

Pour que l'industrie musicale passe à l'ère numérique sans se diriger vers la banqueroute, Scott Cohen est d'avis qu'il n'existe pas d'autre solution que d'imposer aux utilisateurs d'Internet et d'un téléphone cellulaire des redevances destinées aux créateurs.

«La consommation de musique est en hausse, mais les revenus sont en baisse. Ça prouve que tout ce qu'on fait ne fonctionne pas», indique le fondateur de la compagnie The Orchard, Scott Cohen.

Selon lui, même si on arrivait à enrayer totalement le téléchargement illégal de musique, les revenus ne seraient pas suffisants pour assurer l'avenir de l'industrie.

Gardant en tête le niveau de revenu en 2000 dans le monde, soit 40 milliards de dollars, le spécialiste analyse sèchement la situation.

«Il se transige un milliard de chansons par mois sur le peer to peer; si on arrive à vendre toutes ces chansons 1 $ chacune, ça ne fait quand même que 12 milliards de dollars au bout de l'année. On est loin du compte», dit-il.

Même les revenus publicitaires dans Internet ne seraient pas suffisants. Il cite le cas de MySpace, qui a obtenu un peu moins de 300 M$ de revenus publicitaires l'an dernier tout en étant un des sites les plus fréquentés de la planète.

«Même en quadruplant ce chiffre, ça ne fait pas assez d'argent», remarque-t-il.

Pour que l'industrie atteigne le même niveau de revenu qu'au début des années 2000, Scott Cohen ne voit donc qu'une solution.

«Il faut imposer des redevances aux abonnés d'Internet, au nombre de 1,1 milliard dans le monde, ainsi qu'aux 2,6 milliards d'utilisateur d'un téléphone cellulaire», dit-il.

Même en ne leur demandant qu'un petit dollar par mois, on obtient la rondelette somme de 44,4 milliards de dollars. Une cagnotte qui serait ensuite redistribuée dans l'industrie.

En échange, tout le monde aurait accès gratuitement - et légalement - à la musique disponible dans la Toile, indique-t-il.


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