Des artistes perdent une belle vitrine

Fermeture d'un disquaire indépendant - Des artistes perdent une belle vitrine

Marie-Joëlle Parent
Le Journal de Montréal

Dernière mise à jour: 06-11-2006 | 11h43

«Merci aux Anges Vagabonds, un petit disquaire indépendant. On a appris qu'il allait fermer ses portes, c'est à peu près le seul magasin qui te faisait pas payer pour mettre ton affiche», a dit le groupe Karkwa au gala de l'ADISQ.

Malgré les remerciements du groupe, il en faudrait beaucoup plus pour sauver le petit disquaire de la rue Rachel, qui donne des ailes aux artistes de la relève depuis huit années.

Concurrence

«Les petits disquaires en arrachent, ils ne peuvent concurrencer les gros magasins et Internet. La compétition est trop forte», dit Michèle Méthot, copropriétaire.

La fermeture des Anges Vagabonds, c'est aussi la défaite de David contre Goliath. Pas facile de concurrencer les HMV, Archambault, BestBuy et Future Shop de ce monde.

«Ils ont des politiques assez déloyales, ils mettent les albums moins cher que le coûtant; il aurait peut-être fallu devenir une entreprise culturelle», dit-elle.

Michèle Méthot et Serge Paradis se sont endettés et sont sur la corde raide, la boutique n'en ayant que pour deux mois, mais le commerce continuera à vivre dans Internet.

Trois Accords, Perreau, Malajube

L'importance des petits disquaires pour la relève est cruciale, c'est souvent leur première vitrine, une visibilité gratuite dans un milieu où tout s'achète.

«On avait le démo des Trois Accords avant même qu'ils soient connus, on pouvait les entendre juste chez nous», dit Michèle Méthot.

Même chose pour Fred Fortin, Yann Perreau et Malajube, qui ont tous profité de l'ouverture d'esprit du duo Méthot-Paradis. «Ils venaient cogner à notre porte et on prenait toutes leurs productions», dit-elle.

Pub gratuite

«Chez les gros disquaires, il faut payer pour avoir son affiche, pour les collants Coup de coeur, même pour les postes d'écoute. Chez nous, tout était gratuit», déplore Mme Méthot.

Elle reste amère, les lois du marché auront eu raison de son commerce.

Un des rares qui avaient encore une âme, selon Stéphane Bergeron, du groupe Karkwa. «Ils nous mettaient en valeur, ils y allaient selon leurs goûts, ce sont des gens passionnés. Les Anges Vagabonds, c'était une institution», dit, déçu, le batteur du groupe.

«Alors que les radios commerciales jouent une dizaine d'artistes locaux par année, nous, on en représente plus de 400», ajoute Michèle Méthot.

Les artistes indépendants qui n'ont pas de budget promo viennent de perdre une de leurs rares vitrines. Heureusement, il reste Monique Giroux.

Le disquaire de la rue Rachel fermera ses portes le 24 décembre, mais il continuera à vendre ses disques dans Internet.


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