Chronique d'un divorce annoncé?

Musique - Chronique d'un divorce annoncé?

Par Patrick Gauthier - Journal de Montréal

Dernière mise à jour: 18-12-2006 | 20h53

On veut votre bien. Et on l’aura! L’industrie mondiale du disque donne de plus en plus l’impression que les artistes ne sont, pour elle, qu’une matière première dont elle peut disposer à sa guise. Ce qui n’est pas sans créer des tensions pouvant mener au divorce.

Il existe encore des tripeux de musique dans l’industrie mondiale du disque. Mais cette industrie est de plus en plus dirigée par des vendeurs, des gens de marketing, des énarques pour qui un cédé et une paire de souliers, c’est schtroumph vert et vert schtroumph: un simple produit qu’on doit vendre.

Ces vendeurs ne sévissent d’ailleurs pas qu’en musique, mais vu le nom de cette chronique, on va se limiter au monde du disque...

Cette tendance s’est alourdie ces dernières années avec la vague des fusions et des mainmises des gros conglomérats sur les petites étiquettes restées indépendantes.

Quoiqu’incompatibles de nature, l’art et le commerce auront toujours réussi à cohabiter et, même, à s’entraider. Mais le divorce semble aujourd’hui inévitable.

Les signes sont là depuis longtemps: il y a eu The The qui, à l’été 2000, décidait d’offrir gratuitement son nouvel album, NakedSelf, dans son site Oueb, affirmant que sa maison de disques, Interscope, n’avait pas fait sa job.

Plus récemment, les Cranberries annonçaient leur divorce d’avec MCA. Les méchantes langues diront que les Cranberries n’étant plus l’ombre de ce qu’ils furent, MCA avait autant de raisons de larguer le groupe. Et ces méchantes langues auront raison.

Mais le fond demeure: un groupe, jadis capable de rejoindre une dizaine de millions de personnes (et de vendre autant d’exemplaires de disques), se dit insatisfait de sa maison de disques et décide de faire cavalier seul.

«Depuis notre signature, en 1991, notre étiquette s’est lentement dégradée. De pionnière férocement indépendante, elle est devenue un monolithe corporatif ayant perdu tout contact avec notre vision créative», a déclaré la chanteuse Dolores O’Riordan.

On apprenait également cette semaine que le groupe rock américain Incubus s’est présenté devant les tribunaux pour casser le contrat qui le lie à Sony.

Incubus reproche entre autres à Sony (le groupe enregistre en fait sous Epic) de déduire différents «frais» des sommes qui lui sont dues. Le groupe doit notamment défrayer les coûts de tournage de ses clips.

Mariage de raison

Pour d’autres artistes, le divorce n’est pas encore une option, mais le mariage en demeure un de raison, pas d’amour.

«Pour moi, un disque est un outil de promotion et ma maison de disques doit diffuser le plus possible ce disque. Mais mon argent, c’est en faisant des tournées que je le gagne», nous indiquait Melissa Etheridge au téléphone cette semaine.

Dans cette optique, et avec l’incroyable outil de diffusion qu’est Internet, des artistes comme Melissa Etheridge n’ont finalement pas besoin d’une maison de disques.

Pour Raine Maida, d’Our Lady Peace, ce n’est pas tant l’absence de passion de l’industrie qui l’inquiète, plutôt son manque de patience.

«Aujourd’hui, il peut être plus facile d’obtenir un contrat de disque qu’avant. Le problème, c’est qu’on s’attend à ce que tu obtiennes du succès dès le départ. Sinon c’est bye-bye. Toute l’industrie est passée en mode court terme.

«Imagine ! Avec une telle attitude [des majors], un groupe comme U2 n’aurait jamais connu la carrière qu’il connaît», déplore le chanteur. Soulignons que U2 a obtenu une reconnaissance mondiale avec son troisième album, War, malgré le succès obtenu par le simple I Will Follow auparavant.

Ici, c’est un peu la même chose. Après une vague de signatures «locales» du début des années 1990, les artistes québécois quittent de plus en plus le navire corporatif (ou se font jeter par-dessus bord) pour le confort des chaloupes indépendantes.

Ces divorces, dont le nombre ira croissant, sont un fardeau supplémentaire sur les épaules d’une industrie qui a déjà commencé à ployer les genoux sous le poids des pressions combinées des mégafusions et des impacts du piratage.

Nathan Wiley: un bijou venu de l’I.-P.-E.
Remarqué en première partie de Blue Rodeo, en janvier, le jeune musicien Nathan Wiley, de l’Île-du-Prince-Édouard, s’avère tout aussi délectable sur disque.

Bottom Dollar, sa première galette, rappelle souvent un jeune Tom Waits (Bottom Dollar, Long Gone, Betty, Betty [ride that hog]) sombre mais pas encore dramatique, parfois les Dire Straits, période Love Over Gold (Black Bones).

Ça plaira aux amateurs de bon country-rock. Surtout à ceux qui aiment la guitare slide.

Lollapalooza renaît de ses cendres
La mythique tournée estivale Lollapalooza, fondée par Perry Farrell en 1991 pour la dernière tournée de Jane’s Addiction, reprend du service cet été, après un arrêt de quatre années.

L’édition 2003 de Lollapalooza mettra en vedette Jane’s Addiction, bien sûr, Audioslave, Incubus, Queens of the Stoneage et Jurassic 5.

Lollapalooza s’arrêtera-t-elle à Montréal? Ne retenez pas votre souffle: la tournée n’a placé Montréal sur son itinéraire qu’une fois, en 1994.


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