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Arthur H - Portrait d'un Français qui se sent Montréalais
Photo Éric Carrière / Agence QMI
Arthur H avant son spectacle au Rialto

ARTHUR H

Portrait d'un Français qui se sent Montréalais

Fabien Boileau
22-09-2012 | 22h11

Grand habitué des scènes montréalaises, l’auteur-compositeur-interprète français Arthur H se produisait samedi soir au Théâtre Rialto dans le cadre du festival POP Montréal.

Il n’y a pas de hasard, on ne devient pas Arthur H en étant dilettante. C’est après des balances à rallonge, durant lesquelles le chanteur prêtait une attention particulière à chaque note invalidée par ses oreilles perfectionnistes, que nous avons pu nous entretenir avec lui.
 
Arthur H connaît bien Montréal, et Montréal connaît bien Arthur H depuis le début des années 90. Il était en ville en janvier dernier pour un hommage à la regrettée Lhasa de Sela, puis en février pour le festival Montréal en lumière, une ville qui inspire l’artiste.
 
«C’est une ville où je me sens chez moi, je m’y sens libre, j’aime les gens, la douceur de Montréal, son esprit, sa folie parfois, a-t-il déclaré. Je suis bon client, car j’aime tout à Montréal, j’y ai fait deux disques.»
 
Alors lorsqu’on lui demande s’il serait prêt à faire le grand saut et devenir résidant permanent à l’instar de Daran, Montréalais depuis presque deux ans, il répond, pensif :  «Ouais... si... on ne peut pas dire qu’en France il y ait une bonne atmosphère, le climat se tend sans cesse, mais si je venais m’installer ici je n’aurais pas l’impression de partir, mais plutôt de rentrer à la maison.»
 
C’est la chanteuse Lhasa de Lesa qui a fait aimer Montréal à Arthur H.
 
«J’ai souvent habité chez elle, et ce qui donne le vrai visage d’une ville c’est les gens qu’on aime, a-t-il précisé. Lorsqu’elle est morte, je me suis dit que je ne pourrai plus jamais revenir ici, que ça me rendrait trop triste, finalement la vie est passée et je la sens toujours à côté de moi.»
 
Participer à des hommages à la chanteuse et même la chanter durant ses propres concerts (comme ce fut le cas samedi soir au Rialto avec le titre La marée haute) est une manière pour l’artiste de ne pas l’oublier et de la faire revivre.
 
«L’oublier, il n’y a pas vraiment de risque, personne ne va l’oublier, mais l’invoquer, sentir sa présence, ça fait du bien, a-t-il confié. Parfois j’ai l’impression qu’elle continue son travail de Lhasa; grâce à elle je suis devenu ami avec Patrick Watson, elle continue à rassembler les gens, comme lorsqu’elle était vivante.»
 
Les textes de Arthur H sont teintés d’un goût de liberté et de paradis perdu, une recherche à laquelle l’artiste se voue corps et âme jusque dans les démarches qu’il a faites en indépendant pour son dernier opus Baba Love.
 
«L’autoproduction c’est un rêve, une utopie, c’est peut-être le futur des artistes si tout se passe bien dans le meilleur des mondes, mais vu que ne tout se passe pas bien et qu’on n’est pas dans le meilleur des mondes, ça reste une opération délicate, mais bon, il faut bien rêver un peu», a-t-il expliqué.
 
«En même temps, que je sois en indépendant ou signé dans une maison de disques, les budgets fondent comme les icebergs du Groenland, a-t-il dit. J’ai fait « Adieu Tristesse » (son album précédent, NDLR) en 5 mois, je suis venu à Montréal pour ça, je ne suis pas certain de pouvoir faire le prochain dans les mêmes conditions. Chaque disque que je fais, le budget diminue de moitié, donc c’est plus un désir de contrôler ma production et d’en retirer les fruits moi-même. Mais maintenant le problème c’est même plus les maisons de disques, c’est Google ou Apple, ils utilisent la musique et ne reversent rien aux artistes, tant que ça sera comme ça ne fonctionnera pas.»
 
Dans cette nouvelle logique de production, Arthur H a même décidé de changer toute son équipe, des musiciens au tourneur, histoire de donner une nouvelle impulsion à sa carrière.
 
«J’aurai pu dire que je j’ai fait ça pour le plaisir de virer des gens (rires). On est des êtres d’habitude et il faut se pousser au cul parfois, se forcer, a-t-il reconnu. J’ai envie de donner des choses simples aux gens et pour ça je dois me remettre en question constamment, c’est inconfortable, mais c’est aussi un vrai plaisir.»
Parmi ses invités sur Baba Cool, Arthur H compte l’acteur et cinéaste français Jean-Louis Trintignant, qui sera dimanche soir sur les planches du Théâtre Outremont pour une lecture musicalisée des textes de Jacques Prévert, Boris Vian et Robert Desnos.
 
«Je vais aller le voir lundi soir, je suis super heureux de rencontrer Jean-Louis ici et je sais qu’il aime aussi beaucoup Montréal. L’année dernière j’ai fait le Festival international de littérature avec lui et ça me touche qu’il soit en ville en même temps que moi.»
 
Arthur H se produira dimanche soir à partir de 18h, au parc Clark, dans l’arrondissement du Plateau Mont-Royal, pour un hommage à Lhasa de Sela.
 
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