CHARLES AZNAVOURLa simplicité d'un non-monumentMarie-Josée Roy 09-04-2012 | 18h52
MONTRÉAL – Après avoir visité les plus grandes villes d'Europe pour présenter son dernier album, Aznavour Toujours, Charles Aznavour revient poser ses valises à la Maison Symphonique de la Place des Arts, du 10 au 14 avril, avec une escale d'un soir au Capitole de Québec, le 12. L'œil toujours aussi pétillant, le verbe allumé, le mythique auteur-compositeur accueillait les médias les uns après les autres, lundi, dans une suite de l'Hôtel Reine Elizabeth de Montréal. Infatigable, l'homme de 87 ans a enchaîné les entrevues avec une énergie qui ferait pâlir d'envie les jeunots qui débutent dans le métier. «Je suis à la retraite depuis des années déjà, s'est-il pourtant amusé lorsqu'interrogé sur son rythme de travail. Avant, je donnais 300 galas par an, tout en voyageant. Aujourd'hui, j'ai diminué de 200.» «Je veux avoir le temps de vivre, a dit celui qui conduira d'ailleurs l'une de ses petites-filles au pied de l'autel, à Los Angeles, le 21 avril prochain. Mes enfants grandissent, mes petits-enfants aussi… Et il faut que j'aie le temps d'écrire. J'écris beaucoup plus qu'avant. Je suis aux deux tiers retraité, un tiers en mouvement.» Or, bien que très sollicité, Charles Aznavour n'a jamais oublié le Québec dans ses itinéraires de tournée. Lui qui a résidé dans la Belle Province au début de sa carrière ne passe jamais à New York (où il se pointera à la fin du mois) sans faire un saut chez nous, et vice versa. En quoi est-il important pour lui de venir de temps à autre serrer la pince de ses fidèles admirateurs d'ici ? «Je ne sais pas si c'est important, mais ça me fait plaisir, a-t-il indiqué. Si c'était important, ce serait pour du “business”, ou quelque chose comme ça. Je viens pour le plaisir d'y venir, parce que j'ai vécu pas mal de temps dans ce pays.» Parfois, c'est le Québec qui vient à lui. Parmi ses «Canadiens préférés», qui ont élu domicile non loin de sa maison, en France, on compte la comédienne Suzanne Avon et la chanteuse Lynda Lemay. Récemment, Charles Aznavour est allé applaudir la troupe de Belles-Sœurs au Théâtre du Rond-Point, à Paris, et il a en a profité pour piquer un brin de jasette avec Janine Sutto, une connaissance de longue date. Faire plaisir Après toutes ces années de labeur, un artiste finit par connaitre son public. Et Charles Aznavour sait parfaitement à quoi s'attendent ses «disciples» lorsqu'ils viennent s'asseoir devant lui. «Les gens viennent me voir pour avoir ce que j'ai l'habitude de leur donner, a-t-il expliqué simplement. Et qu'est-ce que je leur donne habituellement ? Des chansons nouvelles et des chansons anciennes. Je sais bien que les chansons nouvelles ne sont pas ce qu'ils attendent; mais, si je n'en chantais pas, on dirait que je chante toujours la même chose. Alors, j'en donne en force.» Il a d'ailleurs promis que les titres La bohème, Emmenez-moi, Mourir d'aimer et Je m'voyais déjà se frayeront un chemin dans le programme de ses chansons de la semaine. «Je veux faire plaisir aux gens», a souri l'homme de mots. Âge assumé Arborant à tout moment la moue charmeuse d'un petit garçon, Charles Aznavour n'éprouve aucun complexe à parler de son âge. C'est d'ailleurs sans malaise qu'il lançait à ses interlocuteurs l'avertissement de parler assez fort pour être entendus, lundi. «Je n'ai pas peur des mots, d'une chose qui est complètement naturelle, a-t-il laissé tomber, l'air détaché, en faisant référence à son ouïe fragile. Ce que je regrette, c'est que la jeunesse va avoir le même problème, beaucoup plus tôt que moi je l'ai eu. Les techniques modernes de son travaillent totalement sur la destruction du tympan. Il faudrait baisser les sons!» «Mardi soir, je dirai mon âge sur scène», a-t-il ajouté, taquin. Et n'allez surtout pas tenter de le flatter en le questionnant sur son statut d'icône ou de monument. La flagornerie et les superficialités du «show-business», très peu pour lui. «Je ne suis pas du tout un monument, a-t-il dit. Je refuse toutes les appellations qui ne font que gonfler la tête de la personne dont on donne le nom. La “star”, la vedette internationale, la légende… Ça ne m'intéresse pas du tout. Moi, je suis un artisan, je fais mon métier et c'est tout.» «Vous me voyez dans les magazines? s'est-il finalement enflammé. Quand vous voyez les photos, on dirait des timbres-postes! Je n'ai pas besoin de ça pour être vu. Si je vais en spectacle, je serai vu, et ça me suffit amplement.» |
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