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Alain Lefèvre - Fin de l'épopée André Mathieu
© Photo Agence QMI
«Qu’on pense un seul instant que j’ai utilisé l’oeuvre d’André Mathieu pour me faire un capital politique, je trouve cela franchement dégueulasse», déclare Alain Lefèvre.

ALAIN LEFÈVRE

Fin de l'épopée André Mathieu

Michelle Coudé-Lord
16-06-2010 | 04h47

Après trente ans de combat pour redonner vie à l'oeuvre du pianiste André Mathieu, le compositeur Alain Lefèvre annonce qu'il n'en peut plus et tourne enfin la page. "Moi, je ne suis plus capable. Je n'ai jamais cherché de capital politique en jouant Mathieu. Je n'en peux plus de ces mesquineries ", a-t-il confié en exclusivité au Journal de Montréal, hier.

Il jouera des oeuvres inédites d'André Mathieu au Festival de Lanaudière le 16 juillet et à Québec tard cet automne, mais il souligne que si ces contrats n'étaient pas signés depuis un an, il dirait non aujourd'hui à de telles offres.

"Je crois que je suis mal jugé par certaines personnes et je n'en peux plus. Un animateur de radio a même parlé de mon délire sur Mathieu. Ce ne serait pas raisonnable de ma part de cesser de jouer Mathieu à l'extérieur après tant d'années de batailles, mais au Québec, je tiens à dire que je ne revendique aucune paternité sur l'oeuvre de Mathieu.

"C'est fini, je ne suis plus capable. Je sais par contre que je n'ai fait que mon devoir comme dans d'autres pays, des compositeurs se sont battus pour Chopin et Ravel ; moi j'ai fait la même bataille pour la reconnaissance de la musique d'André Mathieu. Je suis fier et je sais que mon public, le vrai, a toujours compris ma démarche."

Il répond à ses détracteurs

Il sort de cette grande aventure habité par plusieurs sentiments.

"Je suis fier parce que j'espère qu'un jour les jeunes pour ront connaître l'oeuvre du grand Mathieu grâce à mon travail. Je remercie aussi le public qui m'a appuyé durant toute cette lutte qui n'a pas été facile ; mon cher public qui m'a tant encouragé ; et à ceux qui croient que je me suis servi de Mathieu pour me faire connaître dans le monde, eh bien je trouve cela dégueulasse, car avant Mathieu, j'avais un nom et je jouais dans 43 pays du monde", précise le compositeur, franc et honnête.

Alain Lefèvre aime remettre les pendules à l'heure.

"Je n'ai jamais dit qu'André Mathieu était le compositeur le plus important de l'humanité. J'ai plus de 15 000 heures de travail durant toutes ces années et jamais je n'ai demandé d'argent au Conseil des arts et aux divers ministères pour mon travail. Cette aventure me laisse aujourd'hui un goût étrange. Je saisis le message que cer tains sont écoeurés de m'entendre défendre Mathieu. Mais je serai toujours fier de dire que ce sont les oeuvres de ce grand compositeur québécois qui ouvriront la saison de Berlin et de Londres cet automne. Et cela, personne ne peut m'enlever ce succès-là."

L'enfant prodige

Le succès mitigé du film de Luc Dionne, L'enfant prodige, sur la vie d'André Mathieu, l'a fait aussi réfléchir.

"La productrice Denise Robert a eu le courage de faire un film sur un sujet comme la musique classique. Je crois qu'avec la dernière expérience, peu de producteurs voudront tenter à nouveau l'aventure sur un sujet aussi pointu. La vie de Lady Gaga ou Jessica Simpson au cinéma aurait été sans doute plus populaire."

Enfin, Alain Lefèvre tourne la page la tête haute.

"Moi, je sais que je n'aurais pas pu faire plus. J'espère que l'oeuvre d'André Mathieu vivra", conclut Alain Lefèvre tout en remerciant encore une fois son public qui a cru en lui dans cette grande aventure.


* Il jouera André Mathieu, des pièces inédites, le 16 juillet au Festival Lanaudière.

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