31E GALA DE L'ADISQQuand Pierre se fait bercer par GinetteMichelle Coudé-Lord 31-10-2009 | 04h00
Profitant de la fête de la musique qui se tient ce week-end, avec la présentation du 31e gala de l’Adisq, nous vous offrons une rencontre inédite entre Ginette Reno et Pierre Lapointe. Deux artistes. Deux vérités. Deux mondes. Une seule passion... la vie. Deux être touchants et étonnamment semblables. Ils ont parlé de musique, du métier, de la scène, de la vie possible après la mort, de la chanson qui naît, de celles qui les hantent et les habitent. «J’ai de l’admiration pour Pierre Lapointe. C’est quelqu’un qui se donne. C’est un marginal qui écrit sur la vie, sur ses sentiments, ses émotions. Il est vrai. Je ne sais pas pourquoi cet homme-là m’a allumée, car au fond y’a rien à voir avec moi, mais je sens pourtant ce lien très fort», exprime Ginette Reno. À LIRE AUSSI:
De celle qu’il appelle tendrement «Madame Reno», il dira: «adolescent, elle m’a jeté par terre dans le film Léolo. Ce qui me fascine chez une dame comme madame Reno, c’est cette espèce de vérité qui est là tout le temps. Dans ce film-là, elle était magique». Ginette Reno lui répond «Léolo, c’est moi, c’est ma vie. Il y a des scènes que je n’ai pas été capable de jouer tellement c’était intense. Je me revoyais dans cette cuisine, chez moi, avec cette même senteur de merde.»
UNE QUÊTE DE LA VÉRITÉElle est émue aux larmes. Pierre Lapointe lui dit: «le métier est fait de ce genre de rencontres qui influenceront notre vie.» Pierre Lapointe et Ginette Reno se sont rencontrés une première fois le printemps dernier, à l’émission de radio de Monique Giroux. «L’un complétait les phrases de l’autre. On a vite senti que nous étions connectés. Ça m’énerve le monde juste cute dans le milieu de la chanson, quelqu’un comme elle est une source d’inspiration. Elle est une beauté et une franchise brutes; elle utilise le métier pour être mieux, pour chercher, trouver des réponses, et comprendre sa vie et l’être humain. Nous avons expérimenté une symbiose rapide.»
BERCE-MOI...L’auteur-compositeur raconte qu’il y a quatre ans, bien assis dans le camion de sa tournée, ses musiciens ont remarqué qu’il écoutait... une chanson de Ginette Reno. «Ils m’ont dit: tu écoutes du Ginette Reno...oh! surprise.» Eh oui. C’était Berce-moi, présente sur l’album Je ne suis qu’une chanson. Cette chanson-là me transporte totalement. Elle crée un moment magique, un moment suspendu. Sans t’en rendre compte, ton corps se détend et tu es ailleurs. C’est cela pour moi une chanson unique. Celle-là en est une.» Surprise et émue à la fois, Ginette Reno lui raconte que c’est un cadeau de Guy Godin. «Je n’ai jamais été bercée dans ma vie. À chaque fois que je disais cela à un homme, il me disait d’aller me faire soigner, sauf Carlos, mon dernier, qui a compris mon besoin.» Or, le printemps dernier, trois jours avant son show au Metropolis, Pierre Lapointe a demandé à Ginette Reno de venir la chanter sur scène avec lui. «Une telle demande, c’est assez pour faire éclater mon système nerveux. Je me suis sentie incapable, mais on va finir par le faire», lance Mme Reno à son nouvel ami. Pierre Lapointe reste confiant. «Mon but sur scène est de pouvoir créer des rencontres et des moments qui ne se seraient pas faits normalement. Ceci en est un.»
LA RADIO QUI DIT NONElle dit qu’elle aimerait avoir son talent de compositeur. Pierre Lapointe croit qu’elle est tout aussi capable que lui d’écrire. «Un jour, je m’offrirai mon dernier show. Le titre sera Pour moi, et ce ne sera que mes compositions et je me bercerai sur scène», dit-elle en souriant. Madame Reno rappelle alors à Pierre Lapointe à quel point, à une certaine époque, les auteurs-compositeurs regardaient les chanteurs de haut. «Nous étions tous l’un contre l’autre. Ce n’était pas le même monde. Puis, j’ai commencé à chanter avec Jean-Pierre Ferland, T’es mon amour, t’es ma maîtresse... Je crois que ce fut un revirement.» Ils abordent alors avec prudence la question de la radio. Pierre Lapointe, on le sait, dénonçait encore dernièrement le refus de certaines radios de jouer ses chansons. Ginette Reno le surprendra en disant: «t’en fais pas, moi aussi, y’a des radios qui me refusent. On ne veut pas jouer la mémère, la vieille. Pourtant, ma voix a évolué». Pierre Lapointe sourit. «Ça ne vous empêche pas d’en vendre des centaines de milliers. Si je vous écrivais une chanson, Ginette, ça parlerait de musique, du cri humain», conclut l’auteur-compositeur. Elle l’attend déjà.
|