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Pierre Lapointe - La belle histoire
© Stevens Leblanc

PIERRE LAPOINTE

La belle histoire

Cédric Bélanger
27-06-2009 | 04h00

Ce n’est pas le fruit du hasard si Pierre Lapointe en est déjà à son quatrième passage au Festival d’été depuis le début de sa jeune carrière. Il vit une belle histoire d’amour avec la ville de Québec depuis qu’il y a été acclamé un beau soir de juillet, en 2005.

Nouveau venu encore peu connu sur la scène musicale québécoise, il s’était vu confier le mandat de réchauffer le Pigeonnier au profit de Philippe Lafontaine, chanteur du tube Coeur de loup. Mais ce soir-là, le coeur des Québécois a battu pour le petit Lapointe.

«Nous avions été surpris de voir autant de monde. Les gens connaissaient les paroles de mes chansons. Quand mon spectacle s’est terminé, le parterre s’est vidé. Ça a été le premier moment où je sentais qu’il se préparait quelque chose de possiblement gros. Ça a été un moment marquant, très spécial», dit celui pour qui Québec a toujours eu «une connotation spéciale».

«J’ai toujours senti un appui de la part du public. Dans la même année, on a fait six fois le Grand Théâtre et c’était complet. Avant ça, il y a eu le Petit Champlain qui m’avait donné ma chance et qui m’avait permis de faire dix spectacles. Québec a vraiment une place spéciale dans ma tête, dans mon coeur et dans mes souvenirs.»

AVEC MALAJUBE ET KARKWA

Après trois performances en quatre ans au Pigeonnier, Pierre Lapointe accédera aux grandes ligues, cette année, alors qu’il s’est fait offrir rien de moins que les Plaines, pour la soirée de clôture de surcroît. Le jeune homme de 27 ans partagera la scène avec Malajube et Karkwa, deux groupes qu’il adore.

«J’ai déjà dit que Malajube était le meilleur groupe rock indépendant de Montréal depuis Me, Mom & Morgentaler. Je ne m’étais pas trompé. Quant à Karkwa, j’ai un respect immense pour eux. Ce sont des musiciens hallucinants et leurs textes le sont tout autant. Être associé à eux pour un spectacle sur les Plaines, c’est vraiment agréable», dit celui qui présentera une version assez fidèle du spectacle qu’il trimballe au Québec depuis la sortie de son troisième album, Sentiments humains.

«Il y aura peut-être de légers changements, mais sans plus. Il y a quelque chose d’avantageux à présenter ça ainsi. Ça nous permet de jouer entre les chansons et d’être plus naturels.»

L’EXEMPLE DE BASHUNG

Acclamé comme un petit prince depuis ses débuts, Pierre Lapointe dit garder la tête froide devant son succès. Pas question de s’asseoir sur ses lauriers et de répéter sans cesse la même recette.

«Je suis très conscient que tout ça est fragile et que ça peut être très éphémère. En même temps, je me mets la barre haute et je fais toujours des gestes osés. J’ai eu peur que les gens ne me suivent pas avec Mutantès, mais ils l’ont fait. J’espère que dans 15 ans, je dirai que j’ai été ultrachanceux, parce que, chaque fois, ça s’est soutenu.»

Lapointe cite l’exemple du regretté Alain Bashung pour étayer son propos. «Si je continue à me renouveler et à rechercher la nouvelle affaire, peut-être que je m’en sauverai. Parfois, c’est cinq ans de creux pour avoir un succès mille fois plus gros que tout ce qu’on a connu. Alain Bashung, dans les années 1980, il a vendu des tonnes d’albums. Puis, sa carrière est tombée dans un gouffre. Dix ans plus tard, il est arrivé avec des chefs-d’oeuvre et le public a recommencé à le suivre.»

UN MÉTIER TOUCHANT

«Quand je suis devant quelqu’un qui me dit, avec les yeux pleins d’eau, que je l’ai aidé dans une période de crise, je sens que j’ai touché un humain, l’essence de ce qu’on est. C’est très touchant.»

Pierre Lapointe a découvert avec beaucoup d’émotion une facette particulière de la vie d’artiste, ces dernières années: aussi personnelles puissent être les chansons qu’il compose, celles-ci finiront invariablement par atteindre de façon plus particulière certains auditeurs.

«Il y a des gens qui viennent à mon spectacle qui ont déjà eu des problèmes de consommation ou qui vivent de la mortalité. Depuis deux ou trois ans, il y en a qui viennent me voir pour me dire que je les ai aidés. J’ai mis des mots sur ce qu’ils ne réussissaient pas à exprimer. Et je l’ai exprimé d’une façon qui était belle, qui rendait leurs sentiments nobles. C’est très émouvant et très troublant. Ça ramène à l’idée que tout le monde vit la même chose, mais à différents niveaux», a constaté le chanteur.

«Quand j’écris une chanson, j’amplifie quelque chose que je ressens pour en faire une petite pièce de théâtre dramatique, plus en relief par rapport à la réalité. Je découvre qu’il y a des gens qui le vivent avec autant d’intensité que je le décris.»

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