MOBYNouvel album et nouvelle vieMarie-Joëlle Parent Sun Média 08-06-2009 | 11h30
«C'est la première fois de ma vie que j'accepte d'être normal. Avant, pour moi, être normal signifiait l'horreur.» Moby me reçoit dans son studio tout blanc du quartier Nolita, situé dans une ancienne prison reconvertie en lofts. Dans les années 1980, le sous-sol servait de studios de répétition à Iggy Pop, The Beastie Boys et Sean Lennon. David Bowie habite de l'autre côté de la rue.Des disques platine tapissent le mur, des consoles de mixage rétro s'entassent jusqu'au plafond, une échelle permet d'accéder à une terrasse sur le toit, une photo avec Hillary Clinton trône près du frigo et des figurines d'extraterrestres complètent le décor. Moby m'accueille avec une simplicité désarmante: coton ouaté et tisane. L'image même de l'antistar. À 43 ans, il a enfin pris ses distances vis-à-vis de cette image de fêtard invétéré qui l'a suivi après le succès de Play. L'album s'est écoulé à neuf millions exemplaires dans le monde. La chanson Porcelain a joué jusqu'à l'overdose dans tous les bars de la planète. Moby était partout, de toutes les fêtes, sur tous les tapis rouges. Au rayon party, il a donné. «J'ai épuisé tous les tickets de drinks qu'on nous donne au début de notre vie!»
Star planétaire«Je n'étais clairement pas prêt pour ça. Je suis devenu une star planétaire, mais, en même temps, j'étais encore ce nerd qui fait de la musique dans son appartement. J'ai aimé ça, mais en même temps, ça m'a déprimé. Je suis devenu trop public, j'étais détesté par des gens qui ne me connaissent même pas», confie Moby. Il ne s'en cache pas, il est devenu accro à l'enivrement de la célébrité. «Je me suis mis à faire de la musique pour les mauvaises raisons, pour plaire aux lois du marché. Hotel (2005) est l'album dont je suis le moins fier. Je n'aime pas les chansons trop léchées, tout comme je n'aime pas ce genre de personne dans la vie. Ma musique doit être vulnérable et imparfaite.»Moby a aussi décidé de rompre avec la drogue et l'alcool, avec qui il avait une relation depuis l'âge de 11 ans. Richard Melville Hall, de son vrai nom, est enfant unique. Il a été élevé par sa mère dans Harlem. Le surnom Moby vient du roman Moby Dick. Herman Melville est son ancêtre. «Je suis dans une phase très santé, très honnête.» Il est végétalien et pratique la méditation transcendantale. «Le fait de ne plus boire me laisse plus de temps pour ma musique. Il y a eu une époque où je buvais beaucoup trop et je perdais la moitié de ma semaine à être saoul ou à avoir la gueule de bois. Le plaisir que ça me procurait ne valait plus la peine.»
Les vices du 21e siècleSauf que l'abstinence n'est pas nécessairement une valeur très... new-yorkaise. «Entre mon studio et mon appartement de Chinatown, il y a environ 250 bars ouverts jusqu'à 4h du matin. Les gens viennent à New York pour les excès; tous les vices du 21e siècle gonflés aux stéroïdes y sont réunis!» Deux des chansons de son nouvel album parlent d'ailleurs de ses amis junkies.Après quelques années de déroute, Moby a finalement eu l'illumination il y a un an et demi en entendant le discours d'un de ses mentors, le cinéaste David Lynch (Mulholland Drive) sur la créativité. «Ça m'a frappé. Qu'est-ce qui est plus important? Satisfaire l'industrie ou aspirer à faire de l'art?» Wait For Me est né. Le résultat est un disque beaucoup plus calme, effacé et contemplatif que les autres. Les chanteurs qui y collaborent sont totalement inconnus. Le premier extrait, Shot in the Back of the Head, est une chanson instrumentale. «Aucune chance que ça se retrouve à la radio!», dit Moby. Il s'en fiche de toute façon. Il a envie de musique plus «personnelle».Après avoir passé l'été en Europe, Moby sera au Canada en septembre pour une tournée. «Chaque fois que j'y vais, ça me frappe à quel point j'aime le Canada. Culturellement parlant, c'est le parfait mélange. La politique est saine et progressiste, sauf pour ce qui est de votre premier ministre, et chaque fois que je fais des entrevues au Canada, les journalistes sont toujours gentils et bien informés. C'est le contraire en Angleterre, où les premières questions qu'on me pose sont avec quelles vedettes j'ai couché et combien d'argent j'ai. Ce n'est pas une blague.» Wait For Me sortira le 30 juin. |