NOUVEL ALBUMJean Lapointe: au fil de l'eau et de la vieMichelle Coudé-Lord Le Journal de Montréal 25-04-2009 | 04h00
L’homme qui nous reçoit dans son appartement de Montréal, son nouvel album bien en mains, heureux comme un petit roi, est Jean Lapointe. Voilà qu’il nous ouvre la porte de sa demeure, de sa vie avec ses beautés et ses tourments. Rencontre avec un artiste. Un pur-sang. Un vrai. «C’est l’album de ma vie. C’est mon plus beau de l’avis de plusieurs. J’ai travaillé avec l’arrangeur Alain Leblanc, le complice de Jean-Pierre Ferland. C’est peut-être mon dernier. À mon âge, on y pense. J’y ai donné les quatre dernières années. J’en suis très fier», confie Jean Lapointe sur un ton rassuré et confiant.
Céline Dion a accepté de l’accompagner dans la chanson thème de l’album L’eau. «René me l’avait promis et un dimanche, je l’ai reçue. Elle l’a enregistré durant sa dernière tournée. Je n’ai jamais rencontré des gens aussi généreux.»
LETTRE À SON AMI JEAN-PIERREPuis il y a son ami Ferland qui a composé et chante avec lui la chanson Mon ami J.-P. Une idée de Jean Lapointe lorsque son ami fut malade avant son dernier spectacle d’adieu. «En deux ans j’ai perdu mes deux frères, ma deuxième femme est morte dans mes bras d’une crise cardiaque et ma cousine préférée. La vie ne pouvait pas m’enlever mon ami Jean-Pierre, je ne l’aurais pas pris» raconte Jean Lapointe qui a retrouvé l’amour et s’est remarié avec sa Mercedes qui le traite aux petits oignons. «La vie sans amour, ça n’existe pas. L’amour c’est donner tout simplement. Il y a juste ça de vrai dans la vie. Il n’y a pas plus grand bonheur que d’apporter quelque chose à quelqu’un», confie avec intensité et émotion Jean Lapointe.
HOMME DE PAROLESL’homme de 73 ans avoue ne pas avoir peur de la mort.
Certains passages sont d’ailleurs très touchants. «Au fil du temps, au fil des ans, j’ai découvert et j’ai compris que l’âge n’a pas d’importance, qu’être malin n’a pas de prix, que la sagesse prend toute une vie…» Jean Lapointe se définit non pas comme un chanteur, encore moins comme un sénateur. «Je suis un artiste, car je fais aussi avec intensité mon métier d’acteur. «Je participe à deux films présentement. Quel privilège. Je vais jouer le père de Michel Barrette dans le film À l’origine d’un cri de Robin Aubert. Un génie. Je l’aime. Et moi quand j’aime, je me donne.»
MARCEL AUBUT À SA RESCOUSSEIl a mangé des claques Jean Lapointe. La dernière porte le nom... D’impôt. Elle est récente. Une dette de plus de 160 000 $. C’est son ami avocat Me Marcel Aubut qui a pris son dossier et le défend face au gouvernement du Québec. «Ça m’a rendu malade, dépressif cette maudite affaire-là. À chaque fois que j’ai joué au producteur dans ma vie. J’ai perdu. Là, j’ai produit mon DVD les 50 plus beaux numéros de Jean Lapointe… ça m’a coûté une fortune, dans les 200 000$ et je n’en ai pas beaucoup vendu, pas assez pour payer les frais de l’aventure. Donc le gouvernement s’est mis là-dedans et je suis passé près de la faillite. Marcel m’a défendu auprès des gens de l’impôt et c’est à la veille d’être réglé. Je suis un gars honnête. J’étais prêt à ce qu’ils prennent tout pour rembourser. Sans l’aide de Marcel, je n’aurais jamais pu me payer de telles compétences d’avocats.» Quel lien a-t-il avec l’argent? «C’est relatif. J’en ai beaucoup fait et beaucoup perdu à cause de mauvais choix. Quand je suis allé me produire en France, j’ai perdu encore là 630 000$ en 1989. Irrécupérable. Une autre claque.» Mais Jean Lapointe se relève toujours, emporté constamment par la force de la vie. La vie que l’on sent accrochée à chacun de ses mots.
Et la politique dans tout cela?«Je finirai mon mandat de sénateur le 6 décembre 2010 à 75 ans. C’est dur la politique, il y a tellement de procédures, de bureaucratie. Ça fait sept fois que je présente mon projet de loi sur les loteries vidéo. C’est inefficace.» Fédéraliste ou nationaliste? «Je suis très nationaliste, très attaché à ma culture, à ma langue, à mon sol. Le Québec d’abord, le Canada après. Je ne suis pas indépendantiste, mais dépendant de la tournure des événements, ça ne prendrait pas grand-chose pour que je change de bord», affirme Jean Lapointe. Mais à 73 ans, c’est le chanteur qui a le goût de se lever et de prendre parole. Et on a le goût de l’écouter nous chanter «j’aperçois le bout de la route, j’ai presque ma vie derrière moi, mais tu vois, je n’ai plus de doute, y’a que l’amour qui n’vieillit pas.» Le disque L’eau sera en magasin le 28 avril. De Star Académie, il dira «c’est la plus belle chose qui soit arrivée à la chanson au Canada. Ça fait renaître des grands de chez nous.»
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