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Ginette Reno - Un tête-à-tête vérité avec la diva
Courtoisie
Ginette Reno nous offre en primeur deux extraits de sa biographie Toute petite qui sortira cet automne.

GINETTE RENO

Un tête-à-tête vérité avec la diva

Michelle Coudé-Lord
21-03-2009 | 04h00
Ginette Reno nous offre en primeur deux extraits de sa biographie Toute petite qui sortira cet automne.

Quand on lui demande les trois grands évènements dominants de sa carrière, elle dira, l’album Je ne suis qu’une chanson; le moment magique du Mont-Royal avec Jean-Pierre Ferland et le spectacle des plaines avec Céline à Québec l’été dernier.

Ginette Reno c’est, comme le dit son chum Carlos qui la connait depuis 16 ans, «le lever du soleil et le coucher du soleil. C’est une personne qui nous fait grandir, faut juste savoir accepter qui elle est. On va à l’école de Ginette Reno. Et les examens sont de plus en plus difficiles à passer» dit-il en riant.

La star est tellement fière de son homme qu’elle lui dit sur un ton espiègle... «ben ce soir on ne fera peut-être pas chambre à part.»

Car madame Reno préfère maintenant aller au lit pour dormir «pas pour baiser, ça ne me tente plus» avoue-t-elle sans pudeur, à la manière Ginette Reno.

D’ailleurs, les trois endroits où elle se sent le mieux sont: «sur scène, devant un bon repas, et au lit... pour dormir.»

Extraits de sa biographie

Toujours petite

Je ne l’ai pas été très longtemps. Mais, à neuf ans est arrivé quelque chose qui n’arrive pas aux petits garçons.

Je n’étais pas encore en âge de savoir et pourtant, déjà, je comprenais.

Lorsque j'étais jeune, je ne semblais pas avoir les mêmes besoins ni les mêmes désirs que mes frères et soeurs.

Parfois, je croyais venir d'une autre planète. Je n'ai jamais compris pourquoi je n'étais pas proche des jeunes de mon âge. C'est comme si je voulais appartenir à la jeunesse, mais, quelque part, je ne me sentais pas comme eux. Comme si j'étais différente.

J'étais tellement timide que lorsque j'entrais en relation avec les jeunes de mon âge, ma gêne se transformait en vulgarité. Je racontais pleins de mensonges et pleins d’histoires. Je ne voulais pas montrer ma peur. J'ai presque toujours saboté mes amitiés. Et pourtant, j'en avais tellement besoin.

L’AMOUR AVEC UN GRAND A?

«J’ai eu mes 12 apôtres. Je suis le Christ avec ses 12 apôtres. J’ai toujours été fidèle à mes hommes. Par contre, des fois je préfèrerais avoir eu des remords que des regrets. Au moins je l’aurais fait. À cause de ma pudeur, j’ai refusé beaucoup de choses.»

AVEZ-VOUS ENVIÉ LA CARRIÈRE DE CÉLINE DION?

«Aucun regret, je le sais que cela aurait pu être ma carrière. Mais je préfère ce que je suis devenue. On n’a plus de vie. Céline c’est bien, elle est capable de le faire. Ça veut dire qu’elle a bien fait ses devoirs et ses leçons.»

ET RENÉ ANGELIL, QUE PENSEZ-VOUS DE L’HOMME?

«Il a le feu sacré comme moi. C’est le petit garçon en René qui a fait la carrière de Céline. C’est l’homme le plus drôle que j’ai connu dans ma vie. Pas un homme m’a fait rire comme lui.»

EST-CE QUE JEAN-PIERRE FERLAND FUT UN HOMME INSPIRANT POUR VOUS?

«C’est un chien, comme moi, dans l’astrologie chinoise. Je l’haïssais parce que je trouvais qui maganait les femmes. J’ai appris à l’aimer. C’est un de nos grands auteurs.»

AVEZ-VOUS PEUR DE LA MORT?

«J’ai apprivoisé la mort. J’aime mieux croire qu’il y a quelque chose après. Plus je lis sur la mort, plus ça me rapproche de la vie. Comme le dit Fernand Dansereau, un homme que j’aimerais rencontrer, quand on vieillit, la chose qui élargit c’est ta conscience, ton esprit devient plus large.»

ET CE MÉTIER, EST-IL PLUS DUR AUJOURD’HUI?

«On frappe plus fort, tout va vite. Avant si ça ne marchait pas, on réessayait, aujourd’hui, il faut frapper juste la toute première fois.»

QUELLE EST SA PLACE DANS LE SHOWBIZZ QUÉBÉCOIS?

«Je suis privilégiée et très respectée et j’en suis fière. Il y a tellement de travail.»

QUE PENSE-T-ELLE DE STAR ACADÉMIE?

«C’est une manière de commencer. Nous, on faisait les clubs.»

POURQUOI REVENIR SUR SCÈNE?

«Mon spectacle s’appellera Pour que tu m’aimes. J’ai choisi la salle Pierre-Mercure pour prendre mon monde dans les bras. La vie pour moi c’est apprendre à accepter et à accueillir.»

SES GRANDES RENCONTRES

  • Ma mère de qui j’ai hérité du feu sacré
  • Mon premier impresario Jean Simon qui était, à l’époque, la Julie Snyder du Québec
  • Jean-Pierre Ferland, T’es mon amour, t’es ma maîtresse
  • Mon deuxième impresario, mon mari Robert Watier
  • Gilles Talbot, mon troisième impresario et mon premier amant
  • Diane Juster, Je n’suis qu’une chanson
  • René Angelil
  • Lee Strasberg, professeur à l’Acting Studio de Los Angeles
  • Bernard Estardy, qui m’a enseigné comment chanter sur disques
  • Jean-Claude Lauzon, un grand cinéaste avec qui j’ai eu la chance de faire Léolo. Il est mort comme il a vécu
  • Denise Robert, qui a beaucoup cru en moi, C’t’a ton tour Laura Cadieux et Mambo Italiano
  • Denise Filiatrault, qui a été d’une bonté incommensurable avec moi.

QUELQUES GRANDS MOMENTS

  • Le premier concours d’amateur que j’ai gagné au chic Cabaret caprice.
  • Ma prestation à l’ouverture de la Place des Arts
  • Mon premier enregistrement à l’âge de 16 ans
  • Miss radio télévision en 1969
  • Ma rencontre avec Roger Wittaker
  • Mes médailles d’or et d’argent
  • Mes prestations au Johnny Carson Show
  • La montagne avec Jean-Pierre
  • Festival international de jazz de Montréal avec Oliver Jones et Michel Legrand
  • Quand j’ai été décorée Officer du Canada et Chevalier du Québec
  • Les Plaines avec Céline
Un enfant parmi d’autres enfants.

Je ne savais pas pourquoi on parlait toujours d’argent à la maison, mais je comprenais à quel point on en avait besoin et qu’on en manquait. Je ne savais pas pourquoi ma mère et mon père me battaient.

Je savais que la porte d’à côté était celle de la taverne, mais je ne comprenais pas pourquoi mon père y allait si souvent.

Je savais que la vie à la maison n’était pas normale, mais je ne comprenais pas la raison. J’écoutais ma mère me raconter toutes ses relations difficiles personnelles et sexuelles avec mon père.

J’étais fière qu’elle me prenne comme confidente. Mais je ne connaissais pas leurs problèmes et je ne comprenais pas pourquoi elle me parlait de tout ça. Je savais que je mangeais trop, mais je ne comprenais pas pourquoi je le faisais.

J’étais obsédée par la bouffe les p’tits gars puis l’argent. Je voulais à tout prix chanter et je cherchais constamment des moyens pour payer mes leçons de chant.

SAVOIR ET COMPRENDRE!

Sans en être consciente à cette époque là, ce seront les deux verbes que je porterai toute ma vie. Dans toutes les tentatives que j’ai fait pour me libérer de mes «surplus de poids ou de sentiment», j’ai toujours été devant ces deux maudits mots qui ont organisé ma vie sans m’en avoir demandé la permission. Ils se sont installés, sournoisement, dans mon environnement, dans mon esprit et finalement dans mon corps.

Je ne peux pas me souvenir combien de fois ma mère m'a accusée d'être une destruction maudite. Elle disait que je me détruirais par moi-même. Elle me disait aussi que j'étais possédée du démon et qu'elle priait le bon Dieu pour qu'il vienne me chercher. J'étais mentale, vicieuse et hypocrite comme mon père. Je ne serais jamais capable d'élever des enfants et je n'étais pas la femme d’un seul homme. J'étais une putain, une vache et une charogne. Je me sentais comme dans un cul de sac.

Aucune porte de sortie.

Toutes ces accusations ont créé en moi une estime très basse. Comme j'aurais voulu comprendre dans ce temps-là et faire en sorte que ce soit plus doux à la maison.

Presque tous les jours, c'était le drame et le chaos.

J’ai tant voulu comprendre pourquoi elle m'accusait de cette manière et j'ai longtemps pensé que je le méritais.

Parfois une femme qui avait beaucoup d'admiration pour moi me rencontrait dans la rue et me disait: «J'aurais tellement aimé avoir une fille comme vous». Au fond de ma pensée, je me disais : «Si vous saviez, madame. Je suis possédée du démon. Je ne crois pas que vous m'aimeriez longtemps. Je détruis tout»

Des séquelles? Partout et nulle part!

Des souvenirs? Tous les jours de ma vie!

Des reproches? Comment peut-on reprocher de l’amour mal exprimé? De l’attention mal distribuée? De la tendresse mal accordée?

Mon aujourd’hui est fait de tous mes hier. Les moins beaux comme les plus féériques. Les plus décevants comme les plus réconfortants. Les plus sécurisants comme les plus angoissants.

Je demeurerai toujours une chercheuse, qui consacre beaucoup de temps à ce que je sais. Mais encore plus de temps à ce que je ne sais pas encore.

NEZ CASSÉ

Nous demeurons au 280, rue Laurier.

La porte à côté est le 282. C’est la porte de la taverne où mon père passe la moitié de sa vie. Ma grand-mère Yvonne est en visite à la maison; c’est la mère de ma mère. Je l’adore et elle me le rend bien. Je sens l’amour qu’elle a pour moi.

Ce jour-là, je m'en vais faire une commission pour ma mère et elle m'avertit que les gars sont en train de jouer au base-ball dans la ruelle.

Dans ce temps-là, le base-ball était mon sport favori. Je n’étais pas très bonne au bâton mais j'étais une excellente catcheuse: j'en manquais pas une.

J’avais déjà dit à ma mère de ne pas m’informer quand les gars jouaient au baseball dans la ruelle. Ça m’excitait trop et je n’avais qu’une seule envie, aller les retrouver.

Je fais donc l’épicerie rapidement pour pouvoir aller jouer avec eux, même si c’est juste quelques minutes.

À cette époque-là, on n'avait pas de protecteur à se mettre sur la figure. J’avais une vieille mitaine. Avec mes petites mains, il aurait fallu en mettre trois comme la mienne pour rentrer dans le gant du receveur.

Je suis donc là et c'est la partie qui commence.

Le pitcheur vient de lancer la balle. Moi, je suis certaine que le frappeur ne sera pas capable de l’attraper. Je m'avance donc assez proche de lui pour attraper la balle et, malheureusement, je reçois le bâton en pleine figure sur le nez. J'ai vu des étoiles comme au cinéma. Je pissais le sang.

Quand je suis revenue à la maison, je n’étais pas belle à voir. Mon sac de provisions était en sang comme mon nez.

Ma grand-mère Yvonne, qui avait de la difficulté avec la vision du sang, est tombée sans connaissance. Nous nous sommes dirigées directement vers l'hôpital.

Vous auriez dû me voir! La face enflée et le nez gros comme cinq bonbons au caramel.

Tous les os de mon nez étaient fracturés et j’avais perdu une dent. La belle, celle au centre de ma bouche. Quand on n’est pas riche, on se fait réparer la dent comme on peut, pas comme on veut.

J'ai donc eu à porter une sorte de prothèse sur mon nez. On m’a même fait des points de futurs. Durant plusieurs années, mon sourire était troué.

UNE DERNIÈRE ANECDOTE UN PEU TRISTE

Un jour, je ne me souviens plus pourquoi, ma mère, dans une de ses nombreuses colères envers moi, m’a donné un coup sur la prothèse de mon nez. Je me suis empressée d’aller à la chambre de bain; le sang coulait. À travers la porte, je l’entends dire à mon frère:

«André, va donc voir Ginette. Je pense que je lui ai fait mal!»

Quand j’ai été opérée définitivement à mon nez, je crois qu’on a pris de la peau de mes fesses. Il leur en manquait.

Aujourd’hui, chaque fois que quelqu’un me donne un petit bec sur le nez, ça me fait sourire. Ils ne savent pas ce qu’ils embrassent.

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