Accueil Divertissement
 
JDQ
Jeunes Musiciens du monde - De vocation à mode de vie
© Le Journal de Québec
À Kalkeri, en Inde, 140 jeunes, dont certains sont là depuis la création de l’école, sont pensionnaires et totalement pris en charge par Jeunes Musiciens du monde.

JEUNES MUSICIENS DU MONDE

De vocation à mode de vie

Denise Martel
01-02-2009 | 04h00

Fils d’un restaurateur réputé de Québec, Mathieu et Blaise Fortier auraient pu choisir le confort ou la facilité.

Ils ont plutôt décidé de venir en aide aux jeunes et de travailler à préserver les musiques du monde en créant Jeunes Musiciens du monde, sans se douter que l’organisation verrait naître quatre écoles en sept ans. Et ce n’est pas fini...

«On a commencé à donner des cours de musique aux enfants, spontanément, dans un local situé dans une maison de retraite, à Kalkeri, en Inde... C’était à l’automne 2001. On s’est rapidement découvert une vocation et, depuis, c’est devenu un mode de vie. Six mois plus tard, on fondait officiellement les Jeunes Musiciens du monde (JMM)», raconte Mathieu Fortier, anthropologue de formation qui avait déjà effectué, depuis 1991, plusieurs séjours prolongés en Inde pour étudier la musique et l’hindi.

Pour Mathieu et Blaise Fortier, Jeunes Musiciens du monde est devenu un mode de vie
Sommelier dans le resto de son père, Blaise était aussi allé plusieurs fois en Inde pour visiter son frère et sa femme de même que pour se familiariser, lui aussi, avec la musique indienne. «En août 2001, Mathieu m’a appelé pour me parler du projet d’école... En novembre, j’y suis retourné.

«Je n’oublierai jamais la scène qui m’attendait. Mathieu donnait des cours de chant à des jeunes qui l’entouraient, dans le fond de la pièce. Un ami indien donnait des cours de cithare au milieu, et à côté de l’entrée, un autre donnait des leçons de percussions. J’étais ému aux larmes, c’était tellement beau», raconte Blaise avec des souvenirs plein les yeux.

«Je pensais donner un coup de main et revenir ici pour organiser des levées de fonds, mais, assez rapidement, je me suis impliqué pratiquement à temps plein; les jeunes étaient tellement intéressés, assidus et talentueux qu’il fallait aller de l'avant», raconte-t-il, précisant que les quatre premières années, ils ne se donnaient aucun salaire et défrayaient eux-mêmes leurs billets d’avion. «Même aujourd’hui, c’est minime, ce qu’on se paie...»

À Québec et à Montréal, 75 enfants reçoivent des cours trois soirs par semaine, après la classe

TROIS ÉCOLES AU QUÉBEC

En plus de l’école Kalkeri Sangeet Vidyalaya, en Inde, officiellement ouverte en novembre 2002 avec la collaboration d’un ami indien, Jeunes Musiciens du monde compte actuellement trois écoles au Québec.

Créée en 2003, l’une d’entre elles a vu le jour dans le quartier Saint-Sauveur, à Québec, au Patro Laval, où loge à prix modique le quartier général de JMM. Puis, en 2005, c’est la création d’une école dans le quartier Hochelaga- Maisonneuve, à Montréal, et une petite dernière, à Kitcisakik, en Abitibi, en septembre 2008.

«L’école en Inde a accueilli jusqu’à maintenant plus de 150 bénévoles venus de partout dans le monde. Du Québec, de la France, de l’Australie, des États- Unis, du Mexique, du Brésil, de l’Allemagne, de la Suède, du Japon... En moyenne, c’est une trentaine de bénévoles par année pour des séjours de quatre mois, ce qui permet de créer des liens et nouer des amitiés», racontent grosso modo les deux frères, qui travaillent aussi en partenariat avec plusieurs organismes qui engagent des coopérants.

Jeunes Musiciens du monde fonctionne avec un budget annuel tournant autour de 450000$, provenant principalement des spectacles-bénéfice auxquels participent gracieusement de nombreux artistes, de levées de fonds, de dons, de quelques subventions...

«À l’heure actuelle, mon objectif est d’essayer de consolider les sources de financement récurrentes et mieux planifier les soirées-bénéfice pour améliorer la gestion», ajoute Blaise en terminant.

Un premier spectacle bénéfice hors Québec

Le mardi 3 février prochain, une douzaine d’artistes, dont Sanseverino, Abd Al Malik, qui fait un malheur en France en ce moment avec son slam, Emily Loizeau et Ariane Moffat, monteront sur la scène de la mairie de Montreuil, en banlieue de Paris, au profit des Jeunes Musiciens du monde.

Visiblement excités à l’idée de ce grand spectacle auquel ils assisteront, les deux frères soulignent qu’il s’agit de la première grande soirée-bénéfice de JMM à l’extérieur du Québec.

«Il y a eu quelques petits événements isolés ici et là, mais c’était à petite échelle, sur invitation. Cette fois, c’est vraiment autre chose, les Français n’en reviennent pas, des artistes qu’on a», affirme Mathieu Fortier.

Pour preuve, les billets sont en vente en ligne, entre autres dans le réseau des FNAC, que l’on pourrait comparer à une sorte d’Archambault, Billetech et Admission combinés. La soirée est organisée par des amis. Il faut savoir qu’Agathe Meurisse, la compagne de Mathieu, est d’origine française et qu’elle a étudié à Paris.

Présente à la fin de l’entrevue, celle-ci précise qu’à chaque fois qu’ils font l’aller-retour Inde-Québec avec leurs quatre fillettes — Mira, Tara, Asia et Lila — ils passent par Paris pour voir les amis. Plusieurs parmi eux sont allés à Kalkeri en visite ou comme bénévoles.

Au fil des ans, les amis en ont parlé à des amis qui ont amené des amis dont plusieurs sont musiciens... Comme c’est le cas chez nous avec la collaboration de nombreux artistes et gens issus de différents milieux, le bouche-à-oreille est le meilleur outil de promotion de Jeunes Musiciens du monde.

«Au début, il s’agissait d’un appui à JMM, et les profits du spectacle devaient être versés à l’école de Kalkeri Sange et Vidyalaya, en Inde. Finalement, plus la date du spectacle approche, plus ils sont motivés pour fonder une école. Située à la sortie de Paris, Montreuil accueille énormément d’immigrants.

C’est même la deuxième plus grande communauté malienne après Bamako», précise Mathieu, ajoutant qu’il y a matière à réflexion, d’autant plus que si la ville accrédite l’organisation, cela signifie une aide récurrente de 25000 euros par an, ce qui permettrait de payer une personne pour monter le dossier. «Le projet est embryonnaire, mais il y a un intérêt...», conclut-il.

La grande aventure de JMM est partie de simples leçons de musique offertes spontanément à des enfants dans un petit village, en Inde, en 2001

Les demandes dépassent l'offre

«Uniquement cette année, on a dû refuser 400 élèves à Kalkeri. Les gens attendent sur place avec leurs enfants en espérant nous faire changer d’avis, mais l’école ne peut accueillir plus de 140 pensionnaires, en moyenne une vingtaine de nouveaux par année. Avec tous les reportages qu’elle a suscités, l’école est vraiment réputée en Inde, c’est notre salaire», confie Mathieu Fortier.

Il précise du coup que l’école de Kalkeri est la seule à prendre totalement les enfants en charge. Les écoles de Québec et Montréal dispensent gratuitement des cours de musique traditionnelle, de La Bolduc à La Bottine Souriante, après les classes, trois soirs par semaine, à 75 élèves chacune.

En Abitibi, celle de Kitcisakik offre des cours dans le contexte du programme scolaire et découle d’une proposition de la communauté algonquine, où le chef de bande n’a posé qu’une seule condition. «Il tenait absolument à ce que les jeunes apprennent une toune de Johnny Cash! Il faut croire que sa prose les rejoint...», raconte Mathieu, précisant que le programme vise principalement à permettre aux jeunes d’apprendre la langue autochtone à travers le chant, la danse, les percussions et le conte.

«Les cours sont actuellement dispensés aux 35 jeunes qui vont à l’école dans le village, de la maternelle à la troisième année. Les autres enfants doivent quitter leurs familles pour aller étudier à Val-d’Or. Pour l’instant, ils manquent de discipline, mais ils sont très talentueux. On sent qu’ils ont la musique dans le sang...»

Un deuxième volet pourrait se réaliser bientôt avec l’aide du ministère des Affaires autochtones et permettrait d’offrir des activités parascolaires aux jeunes du village qui démontrent des affinités particulières et un intérêt. À moyen terme, JMM aimerait aussi pouvoir offrir des cours parascolaires aux jeunes qui étudient à Val-d’Or et vivent dans des familles d’accueil.

haut