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Woody Allen - Lundi soir à Manhattan
© Le Journal de Montréal
Woody Allen fait danser sa clarinette au chic Carlyle Hotel depuis 13 ans.

WOODY ALLEN

Lundi soir à Manhattan

Marie-Joëlle Parent
Le Journal de Montréal
28-01-2009 | 10h11
Difficile d'imaginer un moment plus typiquement new-yorkais qu'une soirée en compagnie de Woody Allen au mythique et très sélect Cafe Carlyle.

Le taxi me débarque dans le Upper East side ou plutôt dans les quartiers de la haute bourgeoisie new-yorkaise à l'angle de la 76e Rue et Madison. Destination : le très chic Carlyle Hotel. Woody Allen, 73 ans, y trimballe sa clarinette chaque lundi soir depuis 13 ans.

Je traverse le lobby de marbre et d'orchidées pour arriver devant la porte vitrée du café Carlyle, une petite salle exiguë d'à peine 90 places. Les tables se touchent pratiquement et la scène est juste assez grande pour un piano à queue. L'ambiance est feutrée et les murs sont recouverts d'une fresque art déco. C'est ici qu'Eartha Kitt a chanté jusqu'à sa mort.

Une armée de gants blancs m'ouvre la porte, mais pour entrer il faut arriver tôt et sortir les billets verts: prix d'entrée de 75$, plus un minimum de 25$ au bar et de 100 $ pour le repas. Woody Allen, c'est pour un club sélect, on est loin des boîtes de jazz de Harlem.

La salle est pleine à craquer

Il ne reste qu'un seul tabouret au bar disponible à quelques pieds de la scène. Vers 20h45 précises, comme prédit par le barman, Woody fait son entrée par une petite porte à l'arrière. La salle est pleine à craquer de veston-cravate et Manolo Blahnik-fourrure.

Habillé en brun de la tête aux souliers, les cheveux en bataille et ses fidèles lunettes sur le nez, Woody se faufile vers une petite table devant moi. On le dirait sorti tout droit des années 70. Il s'installe à la même table chaque soir, c'est là qu'il assemble sa clarinette en échangeant quelques paroles anodines avec son corpulent gérant (il ressemble étrangement à celui de Borat). Woody ne regarde personne autour de lui, c'est comme si la salle était vide, il est dans sa bulle.

So how are things going? demande- t-il à son gérant tout en ajustant l'anche de sa clarinette.

Les yeux fermés

Autour de lui, les convives continuent de manger leur filet mignon. Il s'avance sur la microscène, les six membres du Eddy Davis New Orleans Jazz Band l'attendent déjà. Sans aucunpréambule il se met à jouer. Les iPhones prennent des photos. Entre ses solos, on dirait qu'il dort, la tête penchée vers l'avant, les yeux fermés. Ou peut-être se laisse-t-il imprégner de la musique?

Comme un enfant timide

Durant toute l'heure et demi de ce concert intime, il ne s'adresse pas à la foule. Nous n'existons pas. Il reste recroquevillé sur lui-même comme un enfant timide, essuie sa bouche après un solo exigeant et se mouche sur scène. Son souffle semble court, les notes sont saccadées, ce n'est que vers les deux dernières pièces qu'il reprend de la vigueur et esquisse quelques sourires. De toute façon, la foule l'applaudirait même s'il jouait de la cuillère.

Band de garage

L'enfant chéri de Manhattan n'est pas l'être le plus accessible au monde, il donne rarement des entrevues et n'assiste jamais aux galas de remises de prix.

Il était d'ailleurs au Michael's Pub en train de jouer quand il a gagné quatre Oscars pour Annie Hall en 1978. C'est là qu'il a eu ses habitudes pendant 25 ans avant d'aboutir au Cafe Carlyle en 1996.

«Il est là même quand il neige, il aime trop ça. Il habite tout près de l'hôtel», glisse un serveur qui semble être là depuis l'ouverture en 1955. En fait, pour Woody, le Carlyle n'est qu'une version huppée du bon vieux band de garage.

Assez pour ce soir

Vers 22 h 15, il regarde sa montre. C'est assez pour ce soir, dit-il à Eddy. Dans le silence le plus total, il ouvre sa boîte et range sa clarinette.

«Encore, encore», soufflent quelques clients restés sur leur faim. Il terminera la soirée fredonnant les paroles d'une chanson, la salle suspendue à ses lèvres. Il est ensuite disparu en signant tout de même quelques autographes. Je l'attendais déjà de l'autre côté de la porte dans l'espoir d'avoir une photo.

Pour Montréal, M. Allen. «Ah, il fait tellement froid là-bas!» m'a répondu l'énigmatique Woody Allen dans un regard empreint de-compassion.

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