FRANZ FERDINANDTable rase… ou presquePhilippe Rezzonico 25-01-2009 | 04h00
Parmi les qualités musicales des Écossais de Franz Ferdinand, on note une capacité à créer des refrains fédérateurs et une spontanéité dans l’approche doublée d’une réelle énergie. Comment fait-on pour conserver tout ça au moment de créer un troisième album en quatre ans? On repart à zéro, tout simplement. Bon, la bande à Alex Kapranos n’a pas fait table rase de toutes ses forces quand est venu le temps de composer les chansons de Tonight: Franz Ferdinand, qui paraît mardi, mais elle s’est donné les moyens d’explorer de nouveaux sentiers. À VOIR AUSSI
«On ne voulait pas d’album concept et on ne voulait pas avoir de concept tout court, poursuit l’Écossais. On voulait se donner la chance de découvrir d’autres sonorités. Si tu planifies trop, parfois, tu intellectualises le processus de création au lieu d’être instinctif et primal, ce qui est, ici, le nerf de la guerre.» Après quatre millions de disques vendus de l’éponyme Franz Ferdinand et de You Could Have It So Much Better, une longue pausesanté et une isolation volontaire pour concocter les nouvelles chansons, les boys de Glasgow reviennent avec un disque aussi vitaminé que les précédents, mais nettement plus diversifié au plan de l’enveloppe sonore, où les claviers prennent plus de place qu’auparavant.
NOUVEL ÉQUILIBRE
«La guitare basse et même la batterie, dans certains cas, sont plus à l’avant-plan pour certaines chansons, admet Kapranos. Dans ce cas-là, la guitare n’a pas besoin d’être aussi proéminente, d’être placée à l’avant-plan comme un instrument de destruction. C’est peut-être une réaction instinctive de notre part face à certains de nos contemporains britanniques qui mettent des couches de guitare sans trop se préoccuper des arrangements.» Cette orientation assumée en regard de la structure des chansons, les gars de Franz Ferdinand assurent qu’ils ne l’ont pas prise pour faire des clins d’oeil au passé. «Nooonnn… On ne veut pas recréer un son d’antan. Nous ne sommes pas des révisionnistes, jure Kapranos. Tu peux aimer la musique des décennies précédentes, mais ça ne veut pas dire que tu veux en jouer toimême. Je serais plutôt du genre à rejeter le son des décennies précédentes. «Bien sûr, une guitare, c’est une guitare et un clavier, c’est un clavier, mais il faut que tu sois imaginatif pour obtenir de nouvelles sonorités. Un clavier sur un disque de Stevie Wonder, ça ne sonne pas comme un clavier sur un disque de Duran Duran et nos synthés non plus.»
Cocktail rafraîchissantTu veux savoir ce qui peut plaire ou pas? Demande-le à tes fans… Ça marche. Alors qu’elle était en préproduction, la bande de Franz Ferdinand s’offrait d’intimistes bains de foule dans des petits clubs et pubs dans le coin de Glasgow, histoire de mesurer l’impact des chansons à venir. Une opération profitable au possible. «Personne ne va être plus honnête face à vous qu’un public pour lequel vous jouez une chanson pour la première fois, note Paul Thompson. C’est comme une réaction physique. Tu ne peux pas feindre une émotion pareille.»
RÉSULTATS ÉTONNANTSL’ironie, c’est que l’exercice a mené à des résultats étonnants. «On a joué certaines chansons qu’on aimait vraiment beaucoup, mais qui n’ont pas eu la réaction qu’on escomptait, note Kapranos, sourire en coin. À l’inverse, une chanson comme Ulysses, par exemple, a eu un impact bien plus percutant que ce à quoi on s’attendait.» Au final, Tonight: Franz Ferdinand épouse les anciennes racines (rock, pop) du groupe, mais verse également vers des influences électro, dance et même des effluves vaguement psychédéliques qui offrent un cocktail rafraîchissant et goûteux. «Le premier disque était aventureux et le deuxième était son prolongement. Quand tu composes un album, tu ne composes pas que des chansons, mais tu tisses aussi une identité sonore. Ça ne tombe pas du ciel. C’était l’intention pour cet album et je pense qu’on a atteint notre but.» |