 |
|
© Le Journal de Montréal |
|
|
MES AÏEUX
Virage vert
20-12-2008 | 04h00
Il ne faut pas prononcer le mot «missionnaire» devant
Mes Aïeux quand on leur parle de leur engagement
envers l’environnement. Tout au plus, les musiciens
acceptent-ils le titre de porte-parole, qu’ils portent par
ailleurs fièrement. Discussion autour des difficultés
de l’écologie et d’un possible Noël vert. Vert
nature, bien entendu.
Voilà quelque chose de pratique pour un
journaliste: alors que l’on parle de Noël
avec le groupe depuis plusieurs dizaines
de minutes, la discussion prend soudainement
un virage écologique, sans que
l’on ait à mentionner le sujet. Au détour
d’une question sur les résolutions du
Nouvel An, Marie-Hélène affirme qu’une
série de petits gestes pour l’environnement
serait agréable.
C’est tout ce qu’il fallait pour lancer ses
cinq acolytes dans un passionnant
échange sur la nature et, surtout, sa protection.
«Je crois que le citoyen ne doit pas se
sentir coupable de ne rien faire face au
problème, avance Marie-Hélène. C’est
l’approche qu’a adoptée Équiterre, dont
nous sommes membres. La culpabilisation
ne donne rien; l’important, c’est d’essayer
d’être plus écologique et de trouver
dans ces petites actions un bonheur que
l’on n’a pas ailleurs.»
Ses amis hochent tous la tête en signe
d’approbation. Ils ont d’ailleurs raison de
le faire: la tournée qu’ils trimballent un
peu partout au Québec depuis quelques
semaines et qui s’arrêtera à Montréal
entre Noël et le Jour de l’An est certifiée
carboneutre par l’organisme PlanetAir.
Écoutez des extraits de La ligne orange
La Dévire
Le Déni de l'évidence
Faits et gestes
QUELS GESTES CONCRETS
POSEZ-VOUS EN TANT QUE
CITOYENS POUR AIDER
L’ENVIRONNEMENT?
Benoît: J’achète très localement.
Je connais personnellement la plupart
des marchands, ce qui me donne
un véritable petit bonheur en
plus d’être écologique.
Éric: Après avoir rencontré les
gens de Greenpeace et d’Équiterre,
je me suis rendu compte que je prenais
souvent ma voiture par simple
habitude. J’essaie de l’utiliser moins
souvent, donc seulement quand j’en
ai vraiment besoin.
Stéphane: Les petits gestes sont
beaucoup plus positifs qu’on serait
porté à le croire. Prends le compostage:
au début, tu te dis que ce sera compliqué
et tout, mais quand tu vas porter
tes petites rognures de patate
dans ton bac, tu ressens un sentiment
de fierté. Tu te mets à imaginer ce que
ce serait si tout le monde le faisait…
POURQUOI ÊTES-VOUS
ASSOCIÉS À LA COALITION
EAU SECOURS?
Stéphane: Les seuls partis politiques
qui s’engagent à avoir une
politique nationale de l’eau sont
ceux qui ne croient pas atteindre le
pouvoir prochainement. Pourtant,
l’eau est un trésor national que nous
sommes en train de dilapider parce
que nous ne le protégeons pas. C’est
grave! Il devrait au moins y avoir un
débat public sur la question. C’est
que ce prône Eau Secours.
Benoît: Nous ne prétendons pas du
tout être des experts dans le domaine.
Nous sommes des musiciens
avant tout. Mais le fait que l’on soit
des personnalités publiques nous
permet de faire valoir nos idées.
C’est ainsi que nous nous sommes
engagés dans la voie des petits
gestes concrets, comme celui-là.
CROYEZ-VOUS QUE LE
DISCOURS ÉCOLOGISTE EST
TROP ALARMISTE?
Marie-Hélène: Il faut qu’ils donnent
les vrais faits, et ceux-ci sont
effectivement apeurants. Ce n’est
pas d’être pessimiste que de dire que
30 % des espèces animales sont
menacées. Des gens comme Hubert
Reeves sont plutôt des positifs volontaires:
ils prennent un problème et le
transforment en idées, en solution.
Stéphane: Je crois qu’ils font au
contraire beaucoup d’efforts pour
ne pas l’être. Même qu’ils y vont
mollo la plupart du temps parce que
certains leur reprochent d’être
défaitistes.
|
«Toutes les émissions de gaz à effet de
serre produites par la tournée et les spectateurs
ont été calculées par PlanetAir,
explique Marc-André. L’organisme établit
ensuite un montant en dollars équivalent
à ce total, que nous payons. L’argent
est ensuite réinvesti dans les
technologies vertes un peu partout sur la
Terre.»
PAS DE POLITIQUE
Malgré cet engagement très personnel,
Mes Aïeux refuse de se poser en héros de
la nature.
«Nous avons le privilège d’être sur scène
et de pouvoir prendre la parole, dit
Marie-Hélène. Nous en profitons pour
promouvoir du mieux que nous pouvons
les idées auxquelles nous croyons. Ça a
quand même une portée limitée.»
«Notre impact est celui d’intéresser les
gens aux questions que nous nous
posons nous-mêmes, précise Éric. J’aime
plutôt nous voir comme un véhicule positif
de changements.»
Pas de prêchi-prêcha ici, donc. Toutes
les idées sont les bienvenues et l’engagement
du groupe envers la cause environnementale
est volontaire, non pas calculé.
Tellement, en fait, que la formation a
déjà refusé par le passé des offres de partis
politiques qui voulaient s’associer à
leur musique.
«Des politiciens ont cherché notre collaboration,
dit Marie-Hélène. Mais la prise
de parole en groupe n’est pas évidente.
En tant qu’individu, chacun de nous a des
opinions nuancées. C’est parfois difficile
de nous entendre entre nous et de livrer
un message clair. Imagine quand il faut
prendre la parole de façon unanime
devant des gens!»
«Notre ligne de parti n’est pas assez
claire», rigole Marc-André.
- On peut s’informer chez Coalition Eau
Secours au eausecours.org et chez Équiterre
au equiterre.org.