GILLES VALIQUETTEChasse aux trésorsPhilippe Meilleur Le Journal de Montréal 06-12-2008 | 04h00
Au début de l’année, Gilles Valiquette lançait le bouquin Histoires de chansons, dans lequel il décortique une centaine de chansons écrites au fil de sa longue et fructueuse carrière. Porté par l’accueil enthousiaste réservé à l’ouvrage, le musicien s’est mis en tête de rendre disponible au public des disques de son répertoire disparus de la circulation depuis longtemps.
BANDES MAÎTRESSESLe plus choquant de l’histoire, c’est que Valiquette conservait chez lui les bandes maîtresses de ces oeuvres. Entassés dans des boîtes en plastique, les masters amassaient la poussière sans servir à quoi que ce soit. «Il y a un risque réel de les endommager en les manipulant, explique Gilles Valiquette. Je voulais donc attendre l’occasion d’envoyer les bandes dans un endroit spécialisé pour m’assurer de leur conservation.» La porte de ce projet s’est assurément ouverte avec Histoires de chanson, qui a remis sur la carte l’oeuvre du musicien, à qui l’on doit entre autres les succès Je suis cool et La Vie en rose. Quelques mois après la publication du livre, les bandes ont été envoyées à Toronto, où l’on en a extrait des pièces d’une excellente qualité audio. Le processus a pris les allures de chasse aux trésors. En fouillant parmi les masters, Gilles Valiquette est tombé sur des enregistrements dont il n’avait aucun souvenir, dont des b-sides, des maquettes et des chansons rejetées. Trente-quatre de ces inédites ont été jugées assez bonnes pour avoir leur place dans le coffret. «Je suis particulièrement content d’avoir retrouvé une chanson enregistrée avec Jacques Michel, réalisateur de mon premier disque, Chansons pour un café, raconte le musicien. Je n’avais aucun souvenir d’avoir chanté en studio avec lui à l’époque. Ça a été un grand bonheur pour moi de revivre ce moment.»
LIBERTÉ PERDUEOn ne replonge pas dans trente années de création musicale sans réfléchir un tant soit peu sur la révolution technologique qui secoue les bases de l’industrie depuis le tournant du millénaire. L’aventure du coffret Les 9 Premiers a ainsi fait réaliser à Gilles Valiquette l’incroyable liberté artistique dont il jouissait à l’époque du vinyle. «À l’époque, les jeunes s’étaient battus pour obtenir un plus grand contrôle créatif sur leurs oeuvres, se souvient-il. Nous l’avions obtenu, ce qui nous avait fortement encouragés à essayer toutes sortes de nouvelles choses. L’expérimentation dans laquelle plusieurs se sont lancés alors se faisait directement à la face du public. «Les choses ont changé aujourd’hui, dit-il comme s’il réfléchissant à haute voix. Parce que le marché du disque diminue, on ne peut plus se permettre le luxe de sortir un disque qui pourrait ne pas plaire à un public-cible. Les artistes cherchent le dénominateur commun entre ce qu’ils aiment et ce que leur cible aime et il exploite le filon. La création est donc devenue beaucoup plus complexe car anglée selon le profil démographique des amateurs.» «Je me considère comme très chanceux d’avoir joui d’une liberté presque sans bornes à mon époque.»
VIVE LA RÉVOLUTION?Cela dit, la révolution technologique et l’éclatement du marché du disque n’ont pas que des mauvais côtés, selon ce passionné. «Grâce aux nouvelles techniques, le son que j’ai pu extraire de mes bandes maîtresses est bien supérieur à celui d’il y a vingt ans, dit-il. Désormais, mes chansons seront facilement disponibles et dans une qualité fort acceptable. «La technologie peut quand même faire perdre le nord à certains artistes. Oui, il est plus facile d’enregistrer un disque qu’auparavant, mais je crois qu’elle ne sert à rien si la création en elle-même n’est pas valide.» À en juger par l’engouement renouvelé des amateurs québécois envers l’oeuvre de Valiquette, on peut dire que l’homme a véritablement réussi à réunir le meilleur des deux mondes.
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