TINA TURNERLe retour de la superwomanPHILIPPE REZZONICO 15-11-2008 | 15h12
À la fin de l’année 1983, Tina Turner amorçait ce qui allait être perçu comme le plus grand retour de l’histoire du rock. Pour célébrer 50 ans de carrière, elle s’en offre un autre et repousse un peu plus les limites du genre humain. Bon, le premier spectacle de Tina Turner en sol canadien présenté jeudi, au Air Canada Center? Oui. Très bon, même. Mais ce n’est pas ce qui retient l’attention au sein de cette production de deux heures que l’on verra au Centre Bell les 8 et 10 décembre. Admettons. On avait des doutes, quand Tina Turner a annoncé un retour sur scène plus tôt cette année, inspirée de sa performance avec Beyoncé, le 10 février aux Grammys. Celle qui est née sous le nom d’Anna Mae Bullock était officiellement à la retraite depuis huit ans. Un retour à 68 ans? Pensez-y. C’est trois années de plus que Mick Jagger… Pourtant, dès que Tina – qui aura 69 ans le 26 novembre – est apparue sur un piédestal de 20 pieds en lever de rideau, le doute n’était pas permis. Personne ne s’offre une telle entrée pour s’écraser ensuite devant son passé légendaire. Changée, Tina? Quelques rondeurs de plus, mais trop peu pour ne pas se permettre encore des minijupes ultra-courtes qui dévoilent ses jambes interminables qui ont fait l’histoire. La voix est un tantinet plus rauque, mais elle interprète toujours River Deep Montain High, Acid Queen et What’s Love Got to Do with It avec une réelle puissance vocale.
Ferveur intacteLà ou rien n’avait changé, c’est au niveau de la fougue. Comme Jagger, cette femme est un phénomène génétique. C’était insensé, durant Typical Male, Better Be Good to Me et la légendaire Proud Mary, de la voir partager des pas de danse ultrarapides avec trois danseuses qui pourraient être ses filles… pardon, ses petites-filles. Aguichante (Private Dancer), rassembleuse (Let’s Stay Together) et émouvante (Help), Tina n’a pas perdu une once de cette qualité qui sépare les légendes des autres artistes. Charisme absolu et complicité totale avec son band. Et si Aretha Franklin s’offusque que Beyoncé désigne Tina comme la reine du soul, c’est que Beyoncé n’a rien compris. Le pot-pourri formé de Jumping Jack Flash/It’s Only Rock n’Roll, avec écran divisé en quatre carrés de couleur – clin d’oeil à Andy Warhol –, et la présence de la choriste en chef des Rolling Stones (Lisa Fischer) à ses côtés, prouvent sans équivoque que Tina n’est pas la reine du soul, mais bien du rock’n’roll.
Production grandiloquenteSobre, étoffée, bruyante ou grandiloquente, la production de Tina Turner offre de tout pour tous. Sobre, c’est relatif… Du moins si une scène de 80 pieds de large, à deux niveaux, avec escaliers sur les flancs et un écran géant central vous semble sobre. Ce qu’on veut dire, c’est que pour certaines chansons (comme What You See Is What You Get), Tina se la joue classique : elle, ses musiciens, choristes et danseurs. Point. Parfois, c’est étoffé, comme pour le segment acoustique en ouverture de la deuxième partie chaises, réflecteurs et soutien d’images sur écran. Il y a aussi de la pyrotechnie et quelques explosions au menu. À un moment – on ne dit pas quand pour ne pas gâcher le punch –, on jurerait que les rideaux sont en feu. Très fort. Et il y a la totale, sans surprise, lors des interprétations de chansons de films. Pour We Don’t Need Another Hero, on recrée l’univers de Mad Max: Beyond Thunderdome, qui a bien vieilli depuis 1985. C’est toutefois Goldeneye qui a droit à la production la plus élaborée avec plateforme aérienne, passerelles amovibles… et James Bond en personne. Kitch, mais assumé. Et même ceux qui ont vu la «tournée d’adieu » de Tina au Centre Molson, en 2000, seront heureux d’apprendre qu’elle interprète la furieuse Nutbush City Limits sur la passerelle télescopique qui survole le parterre. Toujours débile. |