DOUZE HOMMES RAPAILLÉS CHANTENT MIRONDes mots gravés dans la pierrePhilippe Rezzonico 09-11-2008 | 04h00
Douze hommes forts pour résumer une oeuvre gigantesque, celle du poète Gaston Miron, dont les mots sont présentés sous un jour nouveau avec l’album Douze hommes rapaillés chantent Miron. On parle ici d’un véritable tour de force. Douze auteurs-compositeurs du Québec, donc – et pas les moindres –, qui se mettent au service de l’oeuvre de Miron pour ce projet musical façonné par Gilles Bélanger et réalisé par Louis-Jean Cormier, de Karkwa. Le résultat? Inespéré. «Ça fait longtemps que je travaille l’oeuvre de Miron, et après la collaboration avec Chloé Sainte-Marie, je me disais que ça ne pouvait pas s’arrêter là. J’ai donc pensé à Louis-Jean pour réaliser le disque, en raison de son ouverture et de sa complémentarité avec son collègue François Lafontaine.» «Et je voulais aussi des interprètes qui étaient des auteurs-compositeurs et qui connaissaient l’oeuvre de Miron.» Au final, outre Bélanger et Cormier, Corcoran, Rivard, Séguin, Flynn, Lavoie, Faubert, Perreau, Léon, Vallières et Plume ont répondu présent. «J’avais un line-up de fou sous la main, mais je ne voulais surtout pas servir quelque chose du genre pizza all dressed, note Cormier.» «Je voulais que chaque interprète demeure dans son habitat naturel, histoire que ça demeure homogène.» Que retiennent les principaux intéressés de l’expérience et de l’oeuvre de Miron?
Commentaires de 10 des 12 hommes rapaillés
GILLES BÉLANGER
JIM CORCORAN
LOUIS-JEAN CORMIER
MICHEL FAUBERT
PIERRE FLYNN
DANIEL LAVOIE
MARTIN LÉON
YANN PERREAU
RICHARD SÉGUIN
VINCENT VALLIÈRES
Douze voix, un géantIls sont douze. Douze hommes pas du tout en colère, mais rapaillés. Fait rarissime, ces douze auteurs-compositeurs ont tous, d’emblée, accepté d’être uniquement interprètes l’espace d’un moment unique: celui qui les a liés le temps d’une chanson née des mots de l’un des plus grands poètes du Québec, Gaston Miron.
En soi, ce n’est pas nouveau. Bélanger s’acquitte de cette tâche depuis des années et Chloé Sainte- Marie a fait découvrir Miron et d’autres grandes plumes poétiques du Québec à travers ses formidables albums. Mais avec le concours de Louis-Jean Cormier, de Karkwa, à la réalisation, Douze hommes rapaillés propose une voix – douze, en fait – masculine, forte et ferme, tendre ou sensible, des textes de Miron. De l’aîné, Plume, jusqu’au benjamin qu’est Cormier, les vétérans Rivard, Séguin, Flynn, Lavoie, Faubert ainsi que leurs successeurs Martin Léon, Yann Perreau et Vincent Vallières livrent des offrandes de Miron agencées par Bélanger.
L’UNION FAIT LA FORCESi ces auteurs-compositeurs dignes d’une équipe d’étoiles du centenaire du Canadien avaient travaillé chacun de leur côté, l’unité de son et les textures auraient pu être différentes. Ici, Cormier réussit à conférer une unité d’ensemble sans qu’aucun interprète y perde sa personnalité. Rivard (La Mémorable) demeure chansonnier, Faubert (sublime Je t’écris pour te dire que je t’aime) conserve son identité de conteur, Plume (Désemparé) est touchant, Lavoie (Ce monde sans issue) est mélodique au possible et Vallières (Au sortir du labyrinthe) baigne dans le folk. Cormier s’est flanqué d’un band à la hauteur des auteurs avec son collègue de Karkwa François Lafontaine (piano), Mario Légaré (basse), Robbie Kuster (batterie), Guido Del Fabro (violon) et Mélanie Auclair (violoncelle). Il enveloppe Flynn (Poème dans le goût ancien) de cordes, fait preuve de minimalisme avec Perreau (Je marche à toi), offre des arrangements étoffés à Léon (Art poétique) et Corcoran (Mon bel amour) et s’offre pour lui-même une densité à l’image de Karkwa. Au final, nous sommes ébahis devant la force évocatrice, transportés par les interprétations, charmés par les arrangements, et l’on se dit que les mots de Miron ont rarement eu un tel support pour rayonner. |