BECKCoupable de talentPhilippe Rezzonico Le Journal de Montréal 08-10-2008 | 10h22
Pour être franc, après 25 minutes, on était presque essoufflés au parterre, où même les allées étaient bondées de fans qui y dansaient. Beck était en mode rock et il ne faisait pas de quartier. Rien de moins que le classique Loser et sa guitare slide mordante pour ouvrir, chanson qui cadre tellement bien avec l'intention coupable des titres du récent Modern Guilt. Puis, la grosse basse sale de Nausea, Girl et Timebomb reposant sur des charpentes rythmiques filant à la vitesse d'un train, Devil's Haircut décuplée de puissance avec les musiciens de Beck qui chantent avec lui et, enfin, la nouvelle Soul of a Man, pas loin d'être terrifiante avec son tambour battant et ses guitares tronçonneuses. Le plus épatant, c'est que Beck, rafistoleur devant l'éternel, a réussi à unifier au plan sonore toutes ces chansons qui sont pourtant tirées d'albums tellement différents. Comme l'Américain ne pouvait maintenir un tel tempo, il l'a modifié comme lui seul peut le faire. À l'image de l'écran lumineux sobre et efficace et des spots de plateau de tournage de cinéma qui meublaient la scène, Beck a offert un segment hip-hop minimaliste. Rassemblés à l'avant-scène avec des séquenceurs et tambours électroniques minuscules, Beck et ses musiciens ont livré Hell Yes et Black Tambourine. Osmose et collégialité totales. Les classiquesCollégialité similaire quand Beck offre quatre reprises avec les gars de MGMT, qui ont assuré sa première partie. À dix musiciens, l'expérience était chancelante par moments, mais sympathique. Planet Queen (T-Rex) était molle, The 15 th (Wire) était solide, The Wind Cries Mary (Hendrix) était émouvante, alors que Leopard-Skin Pill-Box Hat (Dylan) était parfaite. Peu de chansons ont raté la cible. Think I'm in Love fut l'une d'elles, jouée après le percutant doublé hip-hop, tout comme Missing, qui n'était pas à sa place avec ses effluves bossa-nova. Les meilleurs titres de Modern Guilt, eux, ont fait mouche. Au rappel, Gamma-Ray était un foudroyant complément à Where It's at, qui venait d'incendier la salle. Orphans était plus Beatles que sa version sur disque, tandis que Chemtrails, la plus psychédélique du lot, était lourde à outrance. Mais c'est à l'écoute de Modern Guilt, parfaite, que l'on s'est dit que la seule chose dont Beck est coupable, c'est d'avoir un immense talent. |