LA LIGNE ORANGEMes Aïeux: patrimoine urbain04-10-2008 | 04h00
Avec La Ligne orange, son univers se mêle cette fois à des personnages, des mythes et des lieux urbains. Terminus, Mes Aïeux débarque en ville! Dans le local de répétition de la rue Amherst encombré d’une foule d’instruments, les membres du groupe – hormis Marc-André Paquet, absent en raison de la naissance de son enfant – ont l’air aussi urbains que les gars de Karkwa ou de Malajube qu’on avait rencontrés dans des lieux similaires, une fois débarrassés de leurs pittoresques costumes de scène. ÉCOUTEZ DES EXTRAITS DE LA LIGNE ORANGE
La Dévire
Le Déni de l'évidence Mais il y a quelques perceptions tenaces, comme celle qui lie Mes Aïeux à une forme musicale d’antan qui trouve davantage d’écho en dehors des grands centres. «Notre attachement au folklore, aux histoires, à nos racines et au Québec a peut-être faussé notre image, avance Stéphane Archambault. On s’est tous rencontrés à Montréal, sauf que les gens des régions sont plus attachés à ces racines-là. Dans un milieu urbain, on a toujours l’obsession de carburer à la fine pointe de la mode et de la technologie.» La Ligne orange, premier album de matériel original depuis En famille, en 2004, pourrait changer cette perception. Du titre jusqu’à la gravure sur le disque compact, tout en passant à la magnifique couverture de la pochette dessinée par le bédéiste Michel Rabagliati, le métro de Montréal est le lieu de ralliement. Et ce n’est qu’un des nombreux éléments urbains qui colorent les chansons.
MYTHES PLUS ACTUELS«On a constaté que nos sujets étaient plus urbains, avec certains thèmes comme le Stade olympique, le Forum et le grand Antonio, ajoute Archambault. L’une des chansons les plus anciennes est Antonio. On avait le goût d’aborder un mythe plus contemporain, accessible, qu’on connaissait tous, parce qu’on vient de Montréal et qu’on avait rencontré le grand Antonio.» Cette tangente créatrice est, de l’avis des membres, plus une résultante fortuite qu’un parti pris ciblé. «Après la tournée En famille, quand on a sorti le disque live, Tire-toi une bûche, on s’est accordé une pause comme on en avait jamais fait une, note Marie-Hélène Fortin. Ça a été long avant que les chansons sortent. On avait besoin de se ressourcer et d’être plus sédentaires. Le titre, La Ligne orange, est arrivé sur le tard. Quand le titre nous est venu à l’esprit, on s’est dit: Tiens, on va parler de notre coin.»
EN FAMILLE À LA MAISON«Pour ce disque, on a eu plus de temps de création et on a passé plus de temps à la maison, renchérit Benoît Archambault. On a vécu plus le quotidien. C’est juste normal qu’on ait parlé de ce qui fut deux ans de notre vie.» Si Mes Aïeux explore plus la ville que naguère, on ne parlera quand même pas de virage à 180 degrés. La musique demeure organique, les instrumentations sont riches et les portions vocales sont soudées. Dans le fond, Mes Aïeux parle toujours de patrimoine, mais dans un contexte plus contemporain. «Ce sont moins des légendes que certains sujets dont on a parlé dans le passé, note Éric Desranleau. Quoique, Antonio… Mais ce sont des légendes qu’on a vécues.» Et avec le Forum, Antonio, le Stade et le métro, deux éléments du patrimoine sont déjà disparus. Quant au Stade…
Famille, politique et cultureÀ chacun des cinq Aïeux présents, nous avons posé une même question à trois volets: « Que représentent pour vous la famille, la politique et la culture?» Tour de table.
STÉPHANE ARCHAMBAULT
BENOÎT ARCHAMBAULT
ÉRIC DESRANLEAU
MARIE-HÉLÈNE FORTIN
FRÉDÉRIC GIROUX
Prise de parole collectiveSi Mes Aïeux est plus contemporain, rayon thématiques, il est probablement plus collé sur l’actualité, relativement aux interrogations de société. «Quand je regarde les textes de l’auteur, note Benoît Archambault en souriant à son frère, il se permet d’être plus personnel. Au début, les membres de Mes Aïeux étaient déguisés (le diable, l’ange, le prêtre, etc.). Il y avait une espèce de façade quand on montait sur scène. Là, on enlève des couches. Et il me semble que tu parles plus au je.» «En même temps, nuance Frédéric Giroux, je trouve qu’on a encore une prise de parole collective…» «Le comité de censure est toujours présent», ajoute Marie-Hélène Fortin. «Les interrogations de société, c’est une volonté assez claire et assumée, note Stéphane Archambault, mais sans être prêchi-prêcha. On pose les questions qu’on se pose nous-mêmes.» Cela dit, Le Déni de l’évidence parle d’environnement, Notre-Dame-du-Bon-Conseil frise la quête identitaire, Prière cathodique est une frappante illustration des ravages latents de l’informatique et La Dévire, anagramme de dérive, est un instantané saisissant de nos travers contemporains. «Le texte était plus accusateur lors de la première version», note Benoît.
OÙ ALLONS-NOUS?«Le texte pointait la société et on l’a ramené au je, précise Stéphane. Le danger, c’était d’être dans une position où l’on se mettait au-dessus de tout le monde. J’ai écrit ça au moment de la commission Bouchard-Taylor. Qui est-ce que je suis? Où est-ce que je m’en vais? Et la réponse, elle n’est plus dans les partis politiques. Avant, c’était la religion. Dans les deux cas, ça a été vidé. La boussole a perdu le nord.» Si Le Fantôme du Forum (Howie Morenz) est une fable qui pourrait être contemporaine en cette année du centenaire du Canadien et que Le Stade (conte complet) est un conte futuriste hallucinogène au plan musical, l’autre chanson forte est Prière cathodique. «C’est une chanson sur l’isolement, sur le cloîtrement, d’où le parallèle avec le monastère, précise Éric Desranleau. Je me suis inspiré d’une vidéo où l’on voyait un jeune de 11 ans, en Finlande, qui détruit l’ordinateur parce qu’il ne pouvait pas downloader quelque chose.» Et là, l’essence d’Internet, les blogues et les comportements lancent Éric, Benoît, Stephane et Frédéric dans une discussion animée, tout ça sous le regard amusé de Marie-Hélène. Aucun doute, la famille est en santé…
|