Accueil Divertissement
 
JDM
Festivals en région - Miser sur l’authenticité et l’accueil

FESTIVALS EN RÉGION

Miser sur l’authenticité et l’accueil

Philippe Renault
Le Journal de Montréal
28-08-2008 | 04h00
À plus de 600 kilomètres de Montréal, le Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue offre l’une des programmations les plus solides de son histoire. Il ne s’agit là que d’un exemple parmi tant d’autres événements capables de tirer leur épingle du jeu malgré leur éloignement des grands centres.

Loco Locass, Yann Perreau et Zébulon ne sont là que quelques exemples d’artistes de renom qui traverseront le parc de la Vérendrye la semaine prochaine afin de se rendre au FME, à Rouyn-Noranda. Quel peut bien être le secret d’une telle réussite?

«L’authenticité, répondra spontanément le directeur et fondateur du FME, Sandy Boutin. Nous avons un grand frère qui s’appelle le Festival international du cinéma en Abitibi-Témiscamingue et on savait que tout devait reposer sur l’accueil, le fait qu’on aime recevoir. Quand j’ai eu l’idée du camp de vacances pour le coucher, je l’ai proposé à tous les artistes. Tout le monde a accepté.»

Une formule si gagnante que ce sont aujourd’hui les artistes qui sollicitent les organisateurs pour être de la partie.

«Tout juste après notre première année, Ariane Moffatt a appelé sans même nous connaître afin d’y participer. Les 22 groupes ont tellement tripé que ça s’est répandu comme une traînée de poudre. La deuxième année, on a doublé le nombre d’artistes», relate M. Boutin.

VENDRE SA RÉGION

Quant au Festival international du cinéma en Abitibi-Témiscamingue, le défi à relever était de taille il y a une trentaine d’années.

«Pour obtenir la crédibilité, nous avions une job presque double. En plus de vendre notre événement, il fallait vendre la région, qui était méconnue et souvent méprisée. De plus, les festivals existaient peu dans la culture événementielle et il n’y avait rien dans les régions», explique son président et fondateur, Jacques Matte.

Pour lui, il est impératif de jouer franc-jeu avec les personnalités.

«Il faut respecter ses promesses. À nos débuts, nous n’avions pas de marge de manoeuvre pour les erreurs et nous ne l’avons toujours pas. Nous mettons à la disposition les forces de la région, mais s’ils veulent loger dans un St-James, nous n’avons pas ça. Il faut leur brosser un portrait réel. Les artistes sont de plus en plus sollicités et nous devons exploiter nos différences», explique-t-il.

Le directeur du Festival en chanson de Petite-Vallée, en Gaspésie, Alan Côté, croit aussi en l’importance de l’accueil régional.

«Nous sommes aussi un diffuseur de spectacles. Les artistes passent et se sentent bien reçus. Après, on peut revenir les voir pour le festival. Il y a aussi les artistes entre eux qui peuvent jouer pour beaucoup. Quand Gilles Vigneault est venu et en a parlé, c’était plus facile pour nous après. Les artistes aiment faire partie d’une lignée», souligne-t-il.

À L’INTERNATIONAL

Don son côté, le Festival de musique actuelle de Victoriaville est l’un des rares dans les régions à s’attaquer à la scène internationale.

«Nous avons un budget limité et si les artistes pensent que Victoriaville, c’est comme une grande ville européenne, ils se trompent. Nous misons sur les relations personnalisées avec les musiciens, si bien que 80% du temps, ils signent les contrats directement avec nous, même dans le cas de Mike Patton et John Zorn», explique le président, Michel Levasseur.

INDISPENSABLE VISIBILITÉ

Attirer les vedettes n’est pas tout. Il faut aussi savoir obtenir la visibilité médiatique nécessaire à son rayonnement. Une fois de plus, les organisateurs doivent mettre les bouchées doubles.

«Il faut développer ses moyens, avec de bons attachés de presse. Sinon on ne s’en sort pas. Ça nous prend des gens à Montréal pour nous épauler», considère le directeur du Festival en chanson de Petite-Vallée, Alan Côté.

Le fondateur du Festival international du cinéma en Abitibi-Témiscamingue, Jacques Matte, ajoute pour sa part qu’il s’agit d’une roue qui tourne: plus la qualité du produit offert est élevée, plus l’intérêt des médias est grand.

«Quand le produit est bon, ce n’est pas difficile, et moins tu es performant, moins il y a d’intérêt. L’an passé, avec Richard Desjardins qui est venu présenter Le Peuple invisible, il y avait beaucoup de trafic! C’est sûr que les médias ne viendront pas couvrir une coquille. L’attitude à avoir est: s’ils viennent, c’est tant mieux, sinon on se reprendra l’an prochain», déclare-t-il.

Michel Levasseur, du Festival international de musique actuelle de Victoriaville, avoue cependant que la tâche est de plus en plus difficile dans son cas.

«Au départ, nous étions comme un phénomène bizarre et les médias venaient par curiosité. Maintenant, c’est plus compliqué parce que cette musique est davantage diffusée et est présentée dans plusieurs événements à Montréal aux mêmes dates. Même les hebdos culturels nous donnent moins de visibilité», déplore-t-il.

haut