LES NOUVELLES DIVAS BRITANNIQUESTerrain fertilePhilippe Meilleur Journal de Montréal 24-08-2008 | 04h00
Ce n’est pas la première fois que les loyaux sujets d’Élisabeth II nous font le coup. La première fois, c’était avec les Beatles, les Rolling Stones et Led Zeppelin. Le rock sera marqué pour l’éternité par ces trois légendes qui ont imposé au monde leur vision de la musique. Cela dit sans exagération, bien sûr. Il y a ensuite eu l’infâme New Wave of British Heavy Metal, qui a fait trembler les parents de l’Amérique dans les années 1980 avec Iron Maiden et Def Leppard. La musique métal n’a jamais plus été le même depuis lors. Puis est arrivée au milieu des années 1990 la britpop d’Oasis et Blur, qui a pavé la voie à l’avènement Radiohead et, par la bande, au indie rock tel qu’on le connaît aujourd’hui. Alors que s’achève la première décennie du troisième millénaire, les Anglais ont encore une fois trouvé une façon d’envahir notre coin de pays. Menée par l’enthousiasme entourant la diva trash de la nouvelle soul, Amy Winehouse, une flopée de jeunes chanteuses aux horizons semblables se sont récemment lancées à la conquête de la planète Musique. You Know I’m Good Même si elle fait davantage les manchettes pour ses déboires avec la drogue et la justice que pour sa musique ces temps-ci, Amy Winehouse a eu l’effet d’une bombe en Amérique du Nord avec son deuxième album, Back to Black. Lancé il y a plus de un an et demi, le disque figure toujours dans le top 50 des albums les plus vendus au Canada, affichant un impressionnant total de 200 000 exemplaires écoulés. Oh! on oubliait presque de le rappeler, mais Back to Black a aussi gagné cinq Grammys cette année. Juste ça. À partir de cette première offensive, les succès se sont accumulés. Regardons Duffy. Cette Galloise de 24 ans était complètement inconnue il y a encore un an. Un album (Rockferry) et un succès radiophonique magistral (Mercy) plus tard, voici que son nom apparaît en grosses lettres sur les affiches des grands festivals d’été. À l’instar de Winehouse, les critiques ont succombé à cette sonorité faussement vieillie et cette inspiration soul qui guident Rockferry. Au Canada, près de 50 000 exemplaires de l’album avaient été vendus à la fin juillet, un résultat suffisant pour une certification or.
«Duffy est vraiment sortie de nulle part, remarque Jonathan Bergeron, de Universal Music à Montréal. L’engouement a été immédiat: Mercy est l’une des chansons les plus jouées dans les radios du Québec depuis sa sortie.» Même phénomène pour Adele, 20 ans, qui a visité Montréal deux fois en trois mois à la fin du printemps. Le succès commercial est ici moins imposant, mais somme toute respectable, avec des ventes approchant la barre des 15 000 disques au Canada pour 19. Si on s’éloigne un peu de la néo-soul jazzée pour lorgner du côté de la pop adulte, on trouve Leona Lewis (23 ans), dont le premier album, Spirit, s’est vendu à plus de 80 000 exemplaires en moins de quatre mois au Canada. Grâce au premier extrait, Bleeding Love, la chanteuse de 23 ans est devenue en avril la première Britannique à atteindre la première position des palmarès américains en plus de vingt ans. «Elle est particulièrement populaire au Québec, affirme Stéphane Drolet, représentant de Sony BMG. Ici, les gens ont repris goût au cachet européen proposé par ce genre de chanteuses.» AVENIR INCERTAIN Alors, la vague se transformera-t-elle en tsunami ou s’échouera-t-elle sur le récif d’un nouveau courant musical d’ici quelques mois? Bien malin celui qui saurait le prédire avec certitude, surtout en cette période de grande remise en question que traverse l’industrie du disque. «Leona Lewis a une grosse machine derrière elle, mais Duffy est encore jeune et Winehouse a des problèmes de santé, rappelle Geneviève Moreau. On ne peut pas vraiment dire comment évoluera la popularité de ces chanteuses à long terme.» Si la survie de ces nouvelles divas n’est pas assurée en cette ère numérique, on peut quand même déjà leur réserver un petit chapitre dans le livre de la musique populaire… dans la colonne des importations britanniques dont on ne peut plus se passer.
Le Québec ouvert à la différence
Le fameux cachet européen. Est-ce par cet énigmatique concept auquel on lie si souvent Montréal que l’on peut expliquer ce soudain engouement pour les recrues britanniques? «Le Québec est assurément plus ouvert aux artistes britanniques que ne le sont les États-Unis, répond Jonathan Bergeron. Là-bas, il faut souvent s’appeler U2 ou Radiohead pour percer le marché. Ici, les journalistes ne se soucient pas de ta provenance: ils écoutent ce qu’ils aiment, point.» «L’ouverture et la curiosité du public québécois sont véridiques, croit aussi Geneviève Moreau, directrice musicale de Radio Énergie, qui fait régulièrement tourner Duffy et Lewis sur ses ondes. Les nouvelles vagues qui ont de la difficulté à émerger aux États-Unis ont souvent un bel accueil ici.» Le vent de fraîcheur de ces jeunes prodiges s’expliquerait par leur opposition à la pop traditionnelle qui a dominé le marché au cours des dernières années, selon Stéphane Drolet. «Elles ne se conforment pas à un moule préfabriqué, dit-il. Elles font de la musique pour la musique en elle-même, c’est un véritable retour aux sources qu’elles opèrent là.» «Leur voix est très honnête, elles ne trichent pas avec des effets de studio», remarque Geneviève Moreau. Une opinion justement partagée par Adele, qui nous disait récemment en entrevue que c’était la personnalité propre à chacune des chanteuses qui leur assurait un succès. «Moi, Leona Lewis, Duffy et Amy Winehouse, on se distingue toutes d’une façon différente. Oui, les gens s’ennuyaient de la bonne musique soul et ils avaient envie de la redécouvrir, mais je pense qu’ils s’intéressent davantage aux chanteuses qu’à leur style.» |