FRANCOFOLIESRencontre avec quelques artistes du 20ePhilippe Renault Journal de Montréal 26-07-2008 | 04h00
Andrée WattersSaisir sa chance Elle n’a que 25 ans mais pourtant, Andrée Watters fait partie des habitués des FrancoFolies de Montréal. Pour elle, chaque participation sur une scène extérieure représente le moment idéal de se rallier de nouveaux fans. À cet égard, sa présence aux 20es FrancoFolies représente un moment important dans sa jeune carrière, tout comme l’a été sa première performance dans le cadre de ce festival en 2003. À LIRE AUSSI
«Mon nouvel album en est un de transition et c’est le fun de pouvoir jouer devant ce public. Bien des gens savent qui je suis, sans vraiment me connaître. «Je suis contente. Je joue durant une heure, juste avant le gros événement de Michel Rivard, sur la scène juste à côté. Pour moi, c’est l’une des meilleures façons de toucher les gens. Plusieurs sont là par curiosité et dans mon cas, je dois saisir cette chance pour faire connaître mon dernier album et ma nouvelle direction musicale», soutient-elle. On devine donc que les extraits de son dernier album seront à l’honneur lors de cette prestation. «Il y aura aussi plusieurs chansons de mes deux premiers disques, en plus de reprises de chansons francophones connues. Je veux surtout m’organiser pour attirer l’attention du début à la fin, mais en même temps, il n’y aura pas d’artifices. Toute la place sera laissée aux chansons, à la musique et aux mots», dit-elle. SOUVENIRS DE FRANCOS Watters se souvient bien de sa première participation aux FrancoFolies et de l’impact que cet événement a eu sur le développement de sa carrière. «La première année, je faisais partie de la série Découvertes. Grâce à ça, je me suis fait connaître de plusieurs médias et du public. Mon album n’était sorti que depuis deux mois. Les gens ont l’esprit ouvert lorsqu’ils vont aux FrancoFolies. Ils se promènent sans se faire de plans et se laissent guider par les différents styles de musique et artistes sur place», se remémore-t-elle. Son plus beau souvenir remonte cependant à 2005, lorsqu’elle s’est retrouvée sur la grande scène en compagnie de ses invitées Amélie Veille, Annie Major-Matte et Gabrielle Destroismaisons. «Nous étions toutes de nouvelles chanteuses. Gabrielle était la plus connue du groupe. C’était un beau trip de filles. Nous étions prêtes à tout pour offrir un beau show. Nous étions en plus sur la grosse scène et comme il faisait encore clair, on voyait bien la foule imposante. C’est mon plus beau souvenir», raconte-t-elle. Andrée Watters, le 28 juillet à 20 heures, scène Le Lait.
Stephan Eicher« Je ne crois pas que la police viendra m’arrêter si je chante en anglais ! » Les FrancoFolies seront l’occasion pour Stephan Eicher de renouer avec le Québec, après neuf années d’absence. Mais rassurez-vous, cette longue attente n’est surtout pas liée à un manque d’intérêt envers ses fans de la Belle Province. «J’ai peur de l’avion!» lâche-t-il au bout du fil. «Il y a quelques années, j’ai fait une tournée en Afrique et en Amérique du Sud. Un voyage banal. Tout à coup, la phobie de l’avion est apparue», explique-t-il. Outre cet élément, le chanteur suisse affirme que sa tournée précédente se prêtait mal à un voyage outre-Atlantique. «Il fallait essayer de couper dans les budgets et le spectacle renfermait des projections interactives avec le public. Mon absence était due à un mélange de frustration de ne pas pouvoir présenter mon show tel qu’il était et de ma peur de l’avion», poursuit-il. Cette fois, Stephan Eicher n’allait pas laisser passer l’occasion de venir offrir ses compositions aux Montréalais, naturellement pour des raisons artistiques, mais aussi par vision de l’avenir. «Je voulais surmonter ma peur. C’est un voyage important pour moi. Si les prix du pétrole continuent de flamber de cette façon, traverser l’Atlantique deviendra un événement extraordinaire dans les prochaines années. Mais là, je peux encore me permettre de le faire», dit-il sérieusement. D’UNE LANGUE À L’AUTRE Si être invité par un festival destiné à la chanson francophone représente un bel honneur pour l’auteur-compositeurinterprète fort entiché de la langue de Molière, il n’en demeure pas moins que Stephan Eicher ne se gênera pas pour montrer sa véritable personnalité artistique, celle qui conjugue anglais, français et suisse allemand. «Je trouve intéressant de mettre du suisse à côté du français. Et je ne crois pas que la police viendra m’arrêter si je chante en anglais! En plus, avec mon accent, tout ce que je chante en anglais sonne comme si c’était en français, et tout ce que je chante en français sonne comme si c’était en anglais!» lance-t-il. EN NUANCES Côté musical, il faudra s’attendre à voir un Stephan Eicher tout en nuances. Artiste reconnu pour son éclectisme, il a offert plusieurs compositions rock au fil des années. Mais son plus récent album, Eldorado, se veut avant tout une oeuvre intimiste, ce qui se reflétera sur scène. «Pour ce disque, je sortais d’une tournée au rock très musclé. J’avais donc envie du contraire. J’ai également écrit sur des toits, ce qui faisait en sorte que je ne pouvais pas jouer trop fort, sinon, le voisin venait me voir pour que j’arrête. Je me suis donc retenu pour ne pas déranger personne. Même que dans la chanson Voyage, si on écoute bien, on peut entendre un chien aboyer. C’est lui qui me disait à quel point je pouvais chanter fort sans qu’il aboie. «Ce genre d’intimité m’a plu et va se refléter en spectacle dans les chansons de ce disque. Mais lorsque je vais chanter Déjeuner en paix, on ne pourra pas se retenir. Nous serons en trio mais il arrivera que les trois musiciens seront à la batterie en même temps. On va aussi faire beaucoup de loops. À un certain moment, le batteur va quitter sa batterie, aller au vibraphone, puis au synthétiseur, puis à la deuxième batterie, avant de revenir. Chaque musicien pourra jouer cinq ou six instruments», avance-t-il. Stephan Eicher, le 31 juillet à 19 heures, au Club Soda.
Monsieur MonoSe payer la traite En se produisant aux FrancoFolies, Monsieur Mono, alias Éric Goulet, bénéficiera d’une occasion unique de rendre à leur juste valeur ses mélodies denses. Son plus récent album, Petite Musique de pluie, en est un aux arrangements élaborés. Un aspect pas évident à recréer sur scène, sauf lorsqu’on dispose des outils nécessaires, comme ce sera le cas ce mardi. «Vu que j’ai un bon budget avec les Francos, je vais pouvoir offrir un show plus complet dans les arrangements, et même avoir certains invités», explique-t-il. Il fait ici allusion à un trio de cordes composé de Mara Tremblay, de Marie- Soleil Bélanger et de Mélanie Auclair, les mêmes artistes qui s’étaient jointes aux Chiens pour un autre projet de Goulet, lors du lancement de la compilation du groupe il y a quelques mois. «Le band aussi sera bonifié comparativement à d’habitude. Plutôt que je sois accompagné de deux musiciens, il y en aura trois, en plus de quelques invités dont la présence sera confirmée bientôt», poursuit-il. SECONDE VIE Pour cette représentation, l’ancien leader de Possession Simple prévoit mettre l’accent principalement sur son plus récent disque, pas pour des raisons commerciales, comme on pourrait le croire, mais bien pour une question de logistique. «Sur cet album, il y a plus de cordes. Donc en partant, j’ai tendance à jouer des chansons qui requièrent ça», soutient-il. Mais ce sera aussi l’occasion de donner une seconde vie aux compositions de son premier opus, Pleurer la mer Morte. «J’ai retravaillé un peu mon premier album avec les violons. Aussi, je n’avais jamais mis de violons dans L’Océan, tel qu’entendu sur l’album. Ce sera la première fois. Et le fait qu’on soit quatre musiciens permet d’avoir un son plus fidèle au disque. Je me paye la traite!» lâche-t-il. DANS TOUTES LES SITUATIONS On le sait, les FrancoFolies célèbrent leurs 20 ans cette année. Mais ironiquement, il y a deux ans, le festival offrait à Éric Goulet un concert-hommage pour ses 20 ans de carrière. En plus d’avoir marqué artistiquement l’industrie de la musique québécoise, il a vécu les FrancoFolies dans toutes les situations possibles. «J’ai joué autant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Les deux ont du bon. Avec Les Chiens, je préfère jouer dehors parce que la musique s’y prête bien. C’est cool aussi de jouer devant le plus de monde possible, parce que certains pensent nous connaître, mais ce n’est pas le cas. «Avec Monsieur Mono, c’est plus intimiste. C’est donc le fun de jouer à l’intérieur, dans une salle pas trop grosse. Je me souviens aussi du dernier show de Possession Simple aux Francos. On a fait la grosse scène. C’était big!» raconte-t-il. Son attachement aux FrancoFolies est ainsi très grand. «Les Francos ont donné une notoriété à notre musique. Peut-être que j’extrapole, mais je dirais que le festival met les artistes québécois sur un même pied que les artistes français. Il y a un bon effet de validation de notre scène», dit-il. Monsieur Mono, ce mardi, 19 heures, au Club Soda.
Victoria AbrilEn chair et en voix Imaginez la célèbre, séduisante et sensuelle actrice Victoria Abril non plus sur grand écran, où elle est virtuelle et intouchable, mais bien sur scène, à portée de main. Belle image, non ? Cette réalité frappe désormais à nos portes. Ce mardi, la grande dame du septième art se révélera à nous. S’il est vrai que c’est avec la chanteuse que nous avons rendez-vous, la comédienne n’est jamais bien loin. Quand on est une habituée des planches… «J’ai vraiment hâte de venir chanter chez vous car je n’avais pu le faire lors de la parution du premier disque, dit-elle, depuis la France. Finalement, c’est une bonne chose, j’aurai plus de chansons à vous présenter.» O la la ! Il est aussi plausible que le plus récent disque d’Abril, O la la!, cadre mieux avec l’esprit des FrancoFolies en raison de ses reprises de la chanson française (Ferré, Gainsbourg, Barbara) qui se renouvellent au son du flamenco. Quoiqu’on ne boudera pas notre plaisir à l’écoute des chansons de Putcheros do Brasil, splendide premier disque de standards de bossa-nova qui a lancé officiellement la carrière de chanteuse de l’actrice. C’est le succès du premier album en Europe qui a poussé Victoria Abril à offrir sa première tournée, qui n’a pas été de tout repos avec plus de 150 dates à la clé. C’est aussi ladite tournée qui a mené à la création du deuxième compact. « Quand j’arrivais au rappel et que j’avais déjà interprété les chansons de Putcheros do Brasil, je chantais des classiques de la chanson française que je connais depuis que je suis toute petite, se souvient-elle. Loin d’être un point final au spectacle, ces chansonslà le relançaient complètement. L’idée de bâtir un autre disque avec ces chansons s’est ensuite imposée d’elle-même. » MUSIQUE ET CINÉMA Impossible de discuter «musique» avec l’une des muses de Pedro Almodóvar (Attache-moi, Talons aiguilles, La Loi du désir) sans que l’on cause «cinéma ». Pourtant, au cours de la conversation, le journaliste note un réel décalage entre l’enthousiasme débridé des conversations «musique» (elle parle à toute allure en français et en espagnol) face aux conversations «cinéma» (voix posée et détachée), au point où l’on se demande jusqu’à quel point le nouveau mode d’expression culturelle de Victoria Abril n’a pas oblitéré celui qui l’a fait connaître. «Ce n’est pas tout à fait vrai», nuance celle à qui l’on souligne que l’on repère de l’amertume dans sa voix quand on aborde le monde du cinéma. «Dans ma vie, j’ai fait de tout: cinéma, théâtre, télévision et même du cirque! (grand rire) Je ne regrette pas une seconde les trente années passées à faire du cinéma et j’en suis ravie. D’ailleurs, j’en fais encore avec pas moins de quatre projets au cours de la dernière année. C’est juste que le rapport n’est pas le même. «Le box-office, c’est un truc virtuel. Tu travailles durant trois mois à raconter une histoire que tu verras au final – comme le cinéphile – sur grand écran. En musique, lors des spectacles surtout, il n’y a pas d’intermédiaire. C’est toi, les musiciens et le public. Point. Et c’est surtout l’occasion de raconter 20 histoires en deux heures. Et ça, c’est magique…» Victoria Abril, le 29 juillet au théâtre Maisonneuve.
Thomas DutroncSe faire un prénom Son nom était fait avant même qu’il se lance en musique. Aujourd’hui, Thomas Dutronc est aussi reconnu pour sa personnalité musicale alliant jazz manouche et chanson française, qu’il fera découvrir pour la première fois aux Montréalais au cours des prochains jours. La réputation du fils de Françoise Hardy et Jacques Dutronc n’est plus à faire dans sa France natale. Son premier disque solo, Comme un manouche sans guitare, vient même d’être certifié platine, pour ses 260000 exemplaires écoulés. Dutronc s’attaque maintenant au Québec, avec rien de moins qu’une résidence de quatre soirs aux FrancoFolies de Montréal. Une première incursion qui ne peut être que bénéfique pour le développement de la carrière du chanteur et guitariste. «J’ai l’impression que ça m’aidera, mais je le saurai mieux après que ce sera fait! J’espère juste que le plus de gens possible viendront me voir et que le bouche à oreille fera son effet», souhaite-t-il. SE DÉMARQUER L’artiste âgé de 35 ans se dit conscient que tout le travail qu’il a fait pour se forger sa propre identité et se dissocier de celle de ses célèbres parents est à refaire, après avoir relevé le défi haut la main en France. «C’est normal. Je dois juste travailler et faire mes preuves maintenant. Nous sommes tous le fils de… au départ, et ça peut même être une force. C’est aussi normal d’avoir des étiquettes, comme celle d’artiste jazz manouche qu’on me colle. J’aime ça, mais je ne suis pas que ça. «J’essaie simplement d’être Thomas Dutronc, pas un genre. Je n’aurais surtout pas voulu passer juste parce que je suis le fils de Jacques Dutronc, et en étant moyennement talentueux. Si c’était le cas, je serais resté dans mon trou», exprime-t-il. ÉTAPE PAR ÉTAPE Son identité musicale propre à lui, il se l’est construite étape par étape. Ce n’est pas pour rien qu’il a attendu l’âge de 34 ans pour lancer son premier album solo. «Vers 17 ou 18 ans, j’ai réfléchi un peu pour savoir qui j’étais vraiment. J’avais un nom célèbre, mais si un problème se pointait, qu’est que j’avais dans les doigts pour m’en sortir? J’ai donc voulu partir à zéro et faire mes preuves sans être le fiston», raconte-t-il. Il a débuté après avoir découvert le guitariste manouche Django Reinhardt, à la fin de l’adolescence. Il a ensuite intégré un cercle de musiciens jazz manouche, s’est joint au groupe Gipsy Project de Biréli Lagrène, a créé l’A.J.T. Guitar Trio avant de signer quelques musiques de films. Il a également mis sur pied la formation Thomas Dutronc et les Esprits manouches, avec laquelle il a multiplié les représentations. «Ça m’a pris du temps avant d’en arriver à quelque chose de personnel», admet-il. SPECTACLE ÉCLATÉ Pour sa série de représentations, Dutronc promet d’offrir un produit beaucoup plus éclaté que son album. «Le disque est beaucoup plus calme et posé que sur scène. J’essaie d’offrir quelque chose de plus énergique et convivial, avec poésie et humour et un peu de mise en scène. Les gens qui aiment le disque sont habituellement surpris», avance-t-il. Thomas Dutronc, du 30 juillet au 2 août, 20h30, pavillon Air Transat. |