LE 29E FESTIVAL INTERNATIONAL DE JAZZ DE MONTRÉAL | STEELY DANLe retour d'un duo uniquePhilippe Rezzonico Journal de Montréal 28-06-2008 | 04h00
«Il y a beaucoup de raisons qui ont fait que nous n’avons pas foulé la scène pendant presque deux décennies, note Fagen, joint au terme d’une résidence de six soirs au Beacon Theatre de New York. Durant les années 1970, les conditions de tournée n’étaient rien de moins qu’exécrables: hôtels pourris, voyages d’enfer, tout, finalement, semblait se lier pour créer l’environnement le plus inconfortable qui soit. L’autre élément, plus capital à mes yeux, était la piètre qualité du son qu’on obtenait en tournée. L’écart avec le studio était assez phénoménal.» À LIRE AUSSI
NOTRE DOSSIER
Le noyau dur de Steely Dan a toujours été formé de Fagen et Becker, mais le groupe a été à géométrie variable durant des années, ce qui n’a pas aidé les tournées. Si Fagen est enchanté du chemin parcouru depuis l’album Can’t Buy a Thrill (1972), il admet que la tournure des événements n’a pas été celle qu’il prévoyait. PAS UN CHANTEUR «Quand nous écrivions en duo pour le compte d’ABC/Dunhill (en 1971), le budget était ridicule et on cherchait un chanteur. David Palmer s’est acquitté de la tâche, mais j’ai finalement enregistré des chansons (Do It Again, Reelin’in the Years`) pour lesquelles je devais faire seulement les maquettes. Je n’avais pas prévu être chanteur. Disons que ce band des débuts n’était pas le groupe de rêve auquel je pensais.» Hormis l’interlude des projets solos (1980-1993), Fagen et Becker travaillent ensemble depuis qu’ils étaient étudiants au college Bard de New York, en 1967. Tout un bail. La raison du succès de cette relation? «Le fait que nous ayons les mêmes références d’une certaine sous-culture et le fait que nous soyons férus de littérature (Steely Dan était le nom d’un godemiché dans le livre Naked Lunch, de William Burroughs) et d’un jazz qui remonte aux années 1920 viennent en tête. Dans les années 1950, nos parents nous amenaient assister à des spectacles de jazz. Ce n’était pas courant. Ça et le fait qu’on a grandi durant le boum de la musique noire américaine (Motown, Stax) expliquent nos bases.» PLAISIR JAMAIS ÉGALÉ Fagen, qui ne vient pas de célébrer ses 60 ans «mais de faire le deuil» de sa jeunesse, note qu’il n’a jamais eu autant de plaisir à jouer sur scène avec de jeunes musiciens «qui ont grandi en écoutant notre musique et qui savent ce qu’on veut. Pour moi, c’est vraiment une situation idéale».
Et qu’est-ce Steely Dan va livrer
dans une ville où il n’est jamais
venu jouer?
Tout remettre en question
Chansons tournant autour des drogues, portrait d’une Amérique sombre, écriture dérangeante : Steely Dan était-il vraiment subversif avec ses compositions du début des années 1970 ou tout simplement bien en phase avec son temps? Allez réécouter l’album Countdown to Ecstasy qui est le portrait de Steely Dan de l’Amérique de 1973 – avec gangsters et gourous – ou des titres comme Black Friday. À l’époque, on comprend que ça pouvait être perçu comme étant subversif. Qu’en pense le principal intéressé? «Dès notre jeune âge, nous étions des jeunes très sceptiques face à toutes les idées reçues, aux gestes posés par le gouvernement ou dans la vision de la culture en général. Est-ce de l’art avec un grand A? Les bandes dessinées sont-elles de l’art? Est-ce du vrai ou du faux jazz? On remettait tout en question et c’était notre façon de nous exprimer à travers nos chansons. Certains ont vu ça comme une forme de subversion. Ça l’était peut-être. Nous, on voyait ça comme une oeuvre sans concession. «Pour le reste, j’ai toujours écrit en mettant en scène des personnages, fait de la narration d’histoires et les gens qui nous connaissent savent qu’on aime l’humour noir. Il y a donc plusieurs niveaux de lecture dans les textes, ce qui est une pratique courante en littérature.»
Band: Steely Dan (Donald
Fagen, Walter Becker) |