MONDIAL CHORALLe choeur à la modeAgnès Gaudet Le Journal de Montréal 17-06-2008 | 16h00
Si Gregory Charles avait été producteur des spectacles de l’événement, il serait millionnaire aujourd’hui. Mais pas plus content. L’événement est devenu un incontournable pour des milliers de choristes et de spectateurs, ce dont il est très fier. Mais loin de lui l’idée de s’attribuer tout le mérite. «Au début, sans le partenariat d’une ville (Laval) et des commanditaires comme Loto- Québec, cet événement aurait été impossible, dit-il, avant de raconter sa petite histoire personnelle. ENFANT UNIQUE «J’avais une dette au chant choral, poursuit- il. C’est grâce au chant choral si je fais ce métier aujourd’hui. Parce que j’étais enfant unique, je songeais à faire autre chose dans la vie, pour faire partie de la gang. Puis, j’ai découvert le chant choral, qui est comme une grande famille. J’ai tellement aimé ça que j’ai voulu faire de la musique mon métier. Sans le chant choral, je ne suis pas sûr que j’aurais fait de la musique, même si je jouais du piano et du violon. Moi, je tripais sur la gang et sur les groupes nombreux, parce que je n’avais pas de frère ni de soeur.» UN COMING OUT DES CHORALES La vie a voulu que Gregory Charles devienne par la suite professeur de chant dans les années 1980, «la meilleure expérience de vie jamais eue». Auprès des jeunes à qui il s’est mis à enseigner, (et n’a jamais cessé) il a découvert tout un monde. Aujourd’hui, même si 150 choeurs participent au Mondial Choral, c’est à peine 10% des demandes qui proviennent de l’étranger qui sont acceptées. Les chanteurs de partout dans le monde jusqu’au Zimbabwe et en Chine ont la volonté de se rassembler à Laval. Ce n’est qu’un début pour l’événement, qui ne pourra que grossir d’année en année. «Il y a eu un coming out des chorales, déclare Gregory, longtemps considéré comme une affaire archi-quétaine, c’est devenu très à la mode. On vient de faire le recrutement pour les choeurs et on constate qu’il y a plus de monde au Québec qui veut chanter que de monde qui veut jouer au hockey, au soccer et au foot.» Le Mondial Choral est présenté du 20 au 29 juin à Laval. Pour les informations détaillées de cette grande fête de la chanson, vous pouvez visiter le site www.mondialchoral.org.
Répandre la bonne nouvelleDemander à Natalie Choquette et à Florence K pourquoi elles collaborent au Mondial Choral, c’est comme demander pourquoi il faut manger tous les jours. La mère et la fille, on s’en doutait, sont vendues à la cause. Depuis qu’elles ont appris à marcher, les deux femmes se sont mises à chanter. Aujourd’hui, elles répandent la bonne nouvelle et insistent sur les bienfaits de la chanson en choeur. La première expérience chorale de la soprano Natalie Choquette s’est produite en Italie où, enfant, elle a eu la chance d’aller entendre la messe de minuit au Vatican, où elle a même communié de la main du pape Paul VI. «Le lieu était magnifique, le choeur des frères de la Renaissance chantait en haut dans le jubé. J’étais sidérée, se souvient Natalie. Je n’avais jamais entendu rien d’aussi beau de toute ma vie. J’avais onze ou douze ans. Pour une fois, j’avais le droit de veiller, et tous mes sens étaient aiguisés.» DEPUIS L’ENFANCE Florence K, elle, garde en mémoire les chants choraux d’aussi loin qu’elle se souvienne. «Ma première expérience des choeurs, c’était en tant que foetus, à treize semaines d’existence utérine, lance-t-elle en blaguant à peine. Quand j’étais petite, ma mère terminait ses études en chant et travaillait dans les choeurs de l’Opéra de Montréal et à la messe de l’Église Notre-Dame le dimanche, ajoute-t-elle. Elle me traînait avec elle. J’étais la mascotte du choeur.» Les deux femmes se donnent l’une et l’autre la parole, souriantes et détendues. À les voir côte à côte, on a peine à croire qu’elles sont mère et fille, elles ressemblent plutôt à deux bonnes copines qui partagent les mêmes opinions. Selon elles, l’essence même de la musicothérapie est de canaliser les émotions pour les transposer dans l’art. Le chant choral est aussi pour Florence et Natalie une échappatoire à la solitude, l’occasion de partager en groupe, dans ce monde où tout est devenu individualiste. «Avec la chanson, on a l’impression de vivre. Je chante donc je suis! lance Florence, sous l’approbation de Natalie. Natalie Choquette présente Blue Mammy, un spectacle qui raconte son histoire auprès de sa nounou à travers un répertoire allant du negro spiritual au jazz, en passant par le blues et le ragtime.
Hommage à HarmoniumParmi les grands spectacles du Mondial Choral, un hommage sera rendu au légendaire groupe Harmonium, dont l’arrangeur, Neil Chotem, est décédé il y a quelques semaines. Dan Bigras, Boom Desjardins, Marc Déry, Marco Calliari, Yann Perreau et Gregory Charles se réuniront sur la même scène du Centre de la nature, le 23 juin, avec derrière eux les 400 chanteurs du Grand choeur du Mondial et l’Orchestre Symphonique de Laval. Gregory Charles, qui se désole de n’avoir jamais vu les célèbres shows de la montagne (le Mont-Royal), parce que trop jeune, a voulu recréer ce genre d’événement. PARTITIONS ORIGINALES Comment faire du Harmonium, s’est demandé Gregory Charles au cours de l’aventure? Il a posé la question à Fiori et à Richard Séguin, puis il est allé rencontrer Neil Chotem, responsable des arrangements orchestraux de l’album L’Heptade pour en obtenir les partitions originales. Surpris et malade, ce dernier a accepté de ressortir les vieux documents qui avaient été créés au chalet de Serge Fiori à une autre époque. «On a rabouté les partitions ensemble et on a rapporté une copie du book à Neil Chotem (86 ans). Il est décédé le lendemain », raconte Gregory. Gregory Charles croit «sans flagornerie » ni «racolage» avoir trouvé des «porteurs» de l’esprit d’Harmonium, dans les Dan Bigras, Boom Desjardins, Marc Déry, Marco Calliari et Yann Perreau. «Marc Déry sonne comme Harmonium dès qu’il ouvre la bouche, dit-il, et Yann porte en lui la torture au complet. Chacun dans sa personnalité représente l’oeuvre d’Harmonium.»
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