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Les frères Girard - Claude Gauvreau en musique
© Le Journal de Montréal
Les frères Girard

LES FRÈRES GIRARD

Claude Gauvreau en musique

Claudia Larochelle
Le Journal de Montréal
05-04-2008 | 04h00
Si ce n’était pas de leurs quelques rides, les frères Rémy et Jean-Fernand Girard pourraient paraître aussi jeunots qu’à l’époque de la création des Oranges sont vertes de Claude Gauvreau en 1970. Mettre le cap dans l’univers gauvresque avec le spectacle Rémy Girard enchansonne Claude Gauvreau, faire de ses mots des chansons donne justement aux Girard l’oeil juvénile, le geste fougueux, le sourire plus taquin.

Chez eux, Jouvence passe par l’amalgame des mots et de la musique. La langue de Gauvreau dans ce cas précis, puisque c’est d’elle qu’il est question dans ce petit local de répétition où les deux frères, l’acteur et le compositeur répètent avec acharnement depuis plusieurs jours ce spectacle qui les fait rêver depuis si longtemps.

C’est l’homme de théâtre Jean-Pierre Ronfard qui a transmis à Rémy Girard sa passion pour Claude Gauvreau dont les pièces étaient souvent montées dans la joie et l’allégresse au Conservatoire d’art dramatique de Québec. Parmi ces élèves, il y avait aussi Normand Chouinard, un autre inconditionnel de Gauvreau.

VIEILLE HISTOIRE

Avec ce dernier à la mise en scène du spectacle, Rémy Girard savait que l’oeuvre de son idole gagnerait en profondeur, qu’avec son frère Jean-Fernand aussi ça ne pourrait que devenir un beau trip et la réalisation assurée d’un projet dont ils se parlaient tous à quelques reprises depuis l’âge des bancs d’école.

Sur la musique originale de son frère, accompagné de cinq musiciens, Rémy Girard interprétera donc 15 chansons inédites basées notamment sur les textes Flortandre, Ange métorfôze sur les dalles, Sous nar de Gauvreau.

MÉLANGE DES SENS

Des rythmes de folk, de samba, de rock, de blues, de jazz ou encore de hip-hop accompagnent les mots vibrants du célèbre auteur, dont plusieurs sont en exploréen, langue unique et novatrice. «Des fois, ils les emploient les uns avec les autres sans vraiment que ça ait un sens grammatical. Mais ça a un sens rythmique et émotif, c’est là que réside la beauté de son art», explique le comédien.

«Mettre Gauvreau en musique, ça peut paraître difficile, mais ses mots ont tellement de rythme et de sonorité», précise le compositeur né cinq ans avant son grand frère Rémy.

Depuis leur enfance à Sainte-Foy, lorsqu’ils s’initiaient au piano, les deux gars partagent à travers leurs activités fraternelles leur passion commune pour la musique, qui les accompagne jusqu’à leur partie de pêche annuelle où ils refont le monde. Où ils ont refait un peu celui de Gauvreau.

Au sujet de Gauvreau

  • Le poète, dramaturge, critique d’art engagé et polémiste Claude Gauvreau est né en 1925 et est mort en 1971.
  • Celui qui participa à la grande bataille automatiste signe en 1948 le manifeste Refus global dont on célèbre cette année les 60 ans de la parution.
  • En 1947, il crée sa première pièce, Bien-être, avec la comédienne Muriel Guilbault, sa «muse incomparable», le grand amour de sa vie, décédée par suicide en 1952.
  • À la suite du suicide de cette dernière, il fréquente de plus en plus les hôpitaux psychiatriques, dans lesquels il écrit une grande partie de son oeuvre.
  • Malgré sa détresse psychologique, il continue d’écrire, entre autres, le roman de la vie de Muriel Guilbault, Beauté baroque (1952) et L’Asile de la pureté.
  • En 1956, il écrit La Charge de l’orignal épormyable, puis Les Oranges sont vertes (1970), son oeuvre maîtresse, créée au TNM en 1972.

Rémy Girard enchansonne Claude Gauvreau, avec les musiques originales de Claude Gauvreau dans une mise en scène de Normand Chouinard. À l’Usine C, du 16 au 26 avril.

www.usine-c.com.

Paroles de frères

  • Si Claude Gauvreau revenait à la vie, que lui diriez-vous d’emblée?

    R.G. «Je lui dirais mon admiration pour le poète qu’il est et pour son audace.»

    J-F.G. «Je lui demanderais pourquoi il n’a pas étudié en musique. Je suis sûr que s’il était resté plus longtemps avec nous, il y aurait eu un mariage entre ses mots et la musique.»

  • Ce dont vous n’êtes pas très très fiers…?

    R.G. «De notre 45 tours de notre formation Girard et frères…»

    J-F.G. «… Il a eu un certain succès dans la famille au jour de l’An (rires).»

  • Lequel d’entre les deux était le plus tannant?

    R.G. «On ne faisait pas de mauvais coups ensemble. C’était l’omertà! C’était ce qui mettait notre père en furie. On dormait tous dans la même chambre et mon frère ne me trahissait pas à mon père quand je rentrais en boisson.»

  • Le dernier cadeau que votre frère vous a offert?

    R.G. «Une ost… de belle canne à pêche.»

    J-F. G. «Une radio Tivoli.»

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