ENTREVUEIsabelle Boulay veut encore séduire les FrançaisManon Guilbert Le Journal de Montréal 21-03-2008 | 12h31
Isabelle Boulay l'avoue : elle possède les dispositions naturelles pour vivre le rythme fou qui est le sien depuis le début de sa tournée en janvier. «J'ai intégré ce mode de vie. Ça ne fait pas souffrir, loin de là.» À Paris, ce soir, elle montera une nouvelle fois sur la scène de l'Olympia, une salle avec laquelle elle entretient un lien particulier. Elle y est trois soirées consécutives avant de repartir en province. «L'Olympia, ça se gagne à chaque fois, commente-t-elle. C'est une arène où je prends la mesure de moi-même. C'est un peu comme le St-Denis à Montréal, ça m'impressionne toujours. Et je ressens chaque fois ce même sentiment.» Installée dans la bibliothèque de l'Hôtel de Sers, à deux pas des Champs-Élysées, Isabelle Boulay ne laisse transparaître aucune nervosité. On devine plutôt chez elle la sérénité tranquille de ceux qui en ont vu d'autres. Depuis longtemps déjà, Paris et la France font partie de son parcours et elle n'en mesure pas moins sa chance. La reconquête «Je ne considère rien comme acquis, dit-elle. Je suis toujours en train de reconquérir, de recommencer. Dans la fébrilité qui accompagne chaque fois un nouveau spectacle, je vis tout ça sans m'asseoir sur mes lauriers... Ça n'a jamais vraiment été mon genre.» Pourtant, la chanteuse compte parmi les rares artistes à qui le public a juré sa fidélité depuis ses premiers pas dans l'opéra- rock Starmania alors qu'elle n'avait que 22 ans. Ce lien exceptionnel a, selon elle, quelque chose de filial, de fraternel et il s'établit vraiment dans la continuité de ce qui s'est bâti d'un côté comme de l'autre de l'Atlantique, qu'elle traverse comme d'autres se rendent au bureau. Cette connivence lui vaut que désormais, et davantage depuis la sortie de l'album Nos lendemains, on la taquine à peine sur son accent et on la considère comme une artiste de la francophonie. Isabelle Boulay, elle l'arbore pourtant fièrement, n'est plus que la petite Québécoise à qui on ouvre gentiment les portes. Elle est «de la maison». Bien qu'elle se voie toujours comme «l'adoptée», ce soir, on lui fera la fête. Julien Clerc et Benjamin Biolé viendront sur scène lui faire cadeau de duos dans les chansons qu'ils ont écrites pour elle. Elle chantera Reviens, reviens avec Julien Clerc et Ne me dis qu'il faut sourire avec Benjamin Biolé. «Je suis très privilégiée, dit-elle. La plupart des artistes qui ont écrit pour moi m'ont donné des chansons sur mesure. Je les ai reçues en m'étonnant que tous comprennent aussi bien ce que je suis profondément.» Le labeur Isabelle Boulay avoue que la vie «française» est plus laborieuse que la nôtre, mais elle a su intégrer tout ça. Elle s'y sent bien, mais de là à s'installer... «Je suis comme une plante qu'on change de pot, dit-elle. J'ai vite compris comment on vit ici. J'ai ramené chez moi quelques habitudes. Mais il me manquerait les horizons et les bords de mer ou de fleuve sauvages. Je suis de tempérament fort, une insulaire. «Je vis en France au moins trois mois par année. J'y ai aussi mon quotidien, mais je me dois de revenir chez nous. À un moment, mon corps me le réclame.» Isabelle Boulay savoure la vie. Avec diligence, son instinct l'a menée là où elle rêvait d'être. Elle a su faire la paix entre la chanteuse qui la poussait toujours en avant et la femme anxieuse qui lui obéissait au doigt et à l'oeil. Sereine, vivant dans une certaine plénitude, elle a su raccorder les deux entités. C'est dans cet esprit qu'elle montera, ce soir, sur la scène de l'Olympia. |