CONCERT À NEW YORKNagano ovationnéCaroline Roy 09-03-2008 | 11h16
Kent Nagano et ses musiciens ont-ils convaincu les mélomanes new-yorkais de leur grande valeur, hier soir lors du concert offert au Carnegie Hall? Oui, si l'on se fie à l'ovation debout qu'ils ont reçue. Pour la première fois avec maestro Nagano, l'OSM foulait hier soir la scène du célèbre Carnegie Hall. Certains critiques ont affirmé que cette prestation représentait un risque. L'OSM a relevé en grande partie le défide satisfaire l'exigeant public new-yorkais. Sauf que les 2 804 spectateurs n'ont pas été conquis dès le début. Avec ses passages sombres, parfois mélancoliques, puis enlevants, les quatre fragments symphoniques du Martyre de saint Sébastien, de Claude Debussy, qui ouvraient le concert, ont laissé le public un peu sur son appétit. Mais comme à Montréal en début de semaine, l'enthousiasme des spectateurs a atteint son apogée lors du Concerto pour violon en do majeur, de Tchaïkovski. À la fin de la pièce, la majorité du public s'est levée en bloc pour ovationner les musiciens pendant de longues minutes. La foule a dédié ses applaudissements en particulier au soliste Joshua Bell pour son interprétation réussie. Le violoniste est venu saluer les spectateurs à quelques reprises. Il leur a même offert un rappel. Faisant un clin d'oeil à Montréal, il a joué un morceau tiré du film québécois Le Violon rouge de François Girard. La composition la plus audacieuse du programme était sans contredit Rocana, conçue spécialement pour Nagano par la compositrice d'origine coréenne Unsuk Chin. Critique Quelques critiques doutaient que cette composition plaise au public conservateur du Carnegie. D'autant plus que Rocana est techniquement difficile à jouer pour les musiciens. Heure de tombée oblige, le Journal n'a pas pu entendre le Poème de l'extase, opus 54, de Scriabine. Uniques, audacieux, mi-européens, mi-américains, francs et spontanés. Les plus virulents critiques de musique classique du quotidien New York Times ont déjà qualifié en ces termes l'OSM et sa centaine de musiciens. Seront-ils aussi satisfaits de la performance d'hier? Pour le savoir, il faudra attendre la critique qui paraîtra demain. Une chose est certaine, l'alliage des morceaux choisis a reçu dans l'ensemble un accueil chaleureux et satisfait du public. La dernière fois que l'OSM a posé le pied dans la Grosse Pomme, en 2004, le public avait aussi bien accueilli le concert. Le chef d'orchestre était alors James Conlon.
La musique vaut bien un peu de stress
Prêt à monter sur scène, mais un peu fatigué. Rémi Pelletier, le musicien de l'OSM que le Journal a rencontré en début de semaine, a connu hier une journée mouvementée. Lorsque le Journal lui a parlé lundi, l'altiste Rémi Pelletier se disait parfaitement calme en vue du concert au Carnegie Hall. Rencontré hier, à peine quatre heures avant de jouer, le jeune homme de 26 ans s'est révélé plutôt nerveux. "Je suis un peu stressé, mais c'est du bon stress", a-t-il dit lors de l'entrevue qui s'est déroulée dans le hall du Carnegie Hall. Le musicien, qui s'était levé à 6 h du matin, s'est avoué un peu fatigué. "Nous n'avons pas arrêté de la journée. Nous sommes partis de Montréal avec une heure de retard. J'ai à peine eu le temps de luncher, puis la répétition a débuté à 13 h 30", raconte-t-il. Pour reprendre ses énergies, il a piqué un petit somme à l'hôtel sur l'heure du souper. Il a aussi pris un bon repas. Tous les musiciens ont eu congé trois jours avant le concert. "J'en ai profité pour faire de l'exercice pour être en forme aujourd'hui", dit-il. Répétition La répétition en après-midi s'est très bien déroulée, d'après lui. Depuis quelques semaines, il attendait avec impatience de se produire dans une vraie salle de concert, contrairement à la salle Wilfrid- Pelletier qui est plutôt une salle de spectacles. "Au Carnegie, nous ne sommes pas obligés d'utiliser toujours au maximum notre instrument. C'est beaucoup plus facile de jouer ici. À la salle Wilfrid-Pelletier, il faut travailler plus pour projeter le son plus loin", explique-t-il. À la demande de Kent Nagano, la centaine de musiciens a dû s'adapter au son du Carnegie durant la répétition. "Nous nous sommes habitués rapidement. Chacun fait les ajustements nécessaires", dit-il. Était-il angoissé de monter sur scène devant l'un des publics les plus exigeants du monde? Pas du tout. "Il faut juste que je pense à la musique", dit-il. De toute façon, Rémi avait déjà posé le pied au Carnegie Hall à quelques reprises alors qu'il était avec l'Orchestre de Philadelphie. C'est toutefois la première fois qu'il y venait avec l'OSM. Après le concert, le jeune musicien en a profité pour sortir à New York. Il ne savait pas encore où lorsque le Journal l'a rencontré. "Je veux juste boire un bon coup", précise-t-il. Il le mérite bien. Les spectateurs ont déboursé jusqu'à 84 $ pour les billets du concert de l'OSM au Carnegie Hall.
En brefInvités de prestige Plusieurs invités de marque se sont déplacés hier soir pour assister à la première de Kent Nagano et ses musiciens au Carnegie Hall. Parmi ceux-ci, citons Lucien Bouchard, président du c.a. de l'OSM, qui était assis aux premières loges. On retrouvait aussi l'auteur-compositeur Luc Plamondon et le ténor québécois Marc Hervieux, qui travaille avec le Metropolitan Opera à New York. Le maire de Montréal Gérald Tremblay était aussi assis dans la salle pour supporter nos musiciens. Des journalistes du Vanity Fair, New Yorker et New York Times étaient présents pour faire la critique du concert. Deux reporters de la Corée, où l'OSM se rendra en avril pour une tournée, avaient aussi fait le voyage jusqu'à New York pour rencontrer le maestro Nagano et voir la performance. Malheureusement, quelques invités québécois, surtout des commanditaires, n'ont pu se rendre hier à New York, car tous les vols en partance de l'aéroport de Montréal ont été annulés durant l'après-midi. Météo en folie: les musiciens ont eu chaud! La cinquantaine de musiciens de l'OSM, qui ont pris l'avion hier matin, l'ont échappé belle, car de nombreux vols ont été retardés à cause du mauvais temps. Après avoir craint la tempête de neige ces derniers jours, les musiciens ont pu décoller de Montréal dans leur avion nolisé avec près d'une heure de retard. "Il fallait déglacer l'avion", indique Marie- Josée Desrochers, porte-parole de l'OSM. Une heure et demie plus tard, ils atterrissaient à l'aéroport La Guardia de New York, soit juste à temps pour arriver au Carnegie Hall à 13h et commencer leur répétition. Malgré tout, les musiciens ont poussé un soupir de soulagement, car de nombreux vols ont été détournés hier matin de La Guardia vers l'aéroport d'Albany en raison des violents orages qui s'abattaient sur la grosse pomme. Hier après-midi, plus d'une cinquantaine d'avions détournés vers l'aéroport d'Albany attendaient toujours pour atterrir à La Guardia. L'arrivée du printemps en mars est souvent synonyme de pluies fortes dans la région de New York. À la télé, les journalistes qualifiaient d'ailleurs ces orages de "tempête du printemps". |