RÉTROLe retour du 33 toursPhilippe Renault Le Journal de Montréal 24-02-2008 | 05h00
Il s’agit là d’un phénomène bien présent aux États-Unis et en Europe, avec notamment Radiohead, Björk, les Beastie Boys ou encore Beck. Le Québec n’échappe pas à cette tendance. Au cours des derniers mois, plusieurs de nos artistes se sont dirigés vers ce support musical. Malajube, Jean Leclerc, Arcade Fire, Pierre Lapointe ou encore We are Wolves, The Besnard Lakes et Les Breastfeeders ne sont là que quelques exemples d’artistes d’ici qui ont opté pour ce format. FANTASME DE MUSICIEN Le plus récent album des Breastfeeders, Les Matins de grands soirs, a d’ailleurs vu le jour en vinyle il y a quelques jours à peine. «Pour nous, cela a toujours été un fantasme. Nous aimons le rock’n’roll et sommes des collectionneurs. Personnellement, je possède plus de 2000 vinyles et une centaine de CD seulement. «Je trouve aussi qu’il n’y a pas de poésie dans le CD. Ce n’est qu’une reproduction de ce que le disque devrait être», a affirmé en début de semaine le leader des Breastfeeders, Luc Brien, quelques minutes avant de s’envoler pour une tournée européenne. Autre facteur: la qualité audio du produit, apparu en 1948, n’a jamais été égalée. Pour lui, il ne fait nul doute que cet aspect explique pourquoi ce support audio s’annonce pour être le seul à franchir les époques. «La qualité du vinyle demeure la meilleure et sa durée de vie est plus longue. Dans 75 ans, on n’écoutera plus de CD». Le chanteur et guitariste ajoute que l’avenir du vinyle est entre autres assuré grâce à de nouvelles avancées technologiques dédiées à cette plate-forme qui font leur apparition. «Les vinyles sont plus populaires depuis un an avec l’arrivée des tourne-disques USB, qui permettent de transférer des fichiers audio plus facilement. Les progrès techniques aident», considère-t-il. Et à cette nouvelle production de microsillons, il faut ajouter les nombreux nostalgiques qui ont dépoussiéré leurs vieux tourne-disques pour partir à la recherche de raretés et d’albums classiques sortis dans les belles années du vinyle.
« J’ai commencé à nourrir ma culture
musicale
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«Déjà ado, j’étais un consommateur de vinyles. Au début, c’était parce que je n’avais pas beaucoup d’argent et que je pouvais trouver des vinyles pour deux ou trois dollars. Ça m’a permis de prendre connaissance du travail de Charlebois et Dufresne, mes deux chocs musicaux québécois, mais aussi de Barbara, Claude Gauthier, Jean-Pierre Ferland, Léveillée, Les Rita Mitsouko. Bref, j’ai commencé à nourrir ma culture musicale à grands coups de vinyles», révèle Lapointe.
Même lorsqu’il a pris de l’âge, Lapointe ne s’est pas détaché de ce format, notamment pour des raisons d’esthétisme.
«Un peu plus tard, vers la fin de mon secondaire, j’ai commencé à fréquenter des disquaires spécialisés dans la vente de vinyles à Ottawa. C’est à cette époque que j’ai acheté des pièces plus rares, comme des albums simples ou des remixes de Björk, Beck et Air. «J’ai affectionné ces objets pour leur aspect musical, mais aussi pour leur aspect visuel. Comme j’étais un ado qui adulait les artistes en arts visuels et qui adorait la musique, ça me comblait totalement.
«J’irais même jusqu’à dire que j’ai commencé à organiser mes idées face à la création en regardant des pochettes d’album, et plus particulièrement des pochettes de vinyle», confie-t-il.
UN RÊVE
C’est ainsi qu’en sortant 25-1-14-14 en vinyle au printemps 2007, Pierre Lapointe réalisait un vieux rêve.
«Si j’avais pu, j’aurais sorti mon premier disque en vinyle. Mais comme c’est assez cher à produire et risqué en raison du marché du vinyle, qui est assez restreint, j’ai dû attendre.
«La première fois que j’ai eu mon vinyle, j’étais terriblement ému et heureux. En plus, la musique de cet album résulte d’une rencontre entre mon travail et celui de DJremixeurs que j’adore, et le visuel de ce vinyle résulte d’une rencontre entre deux collectifs en arts visuels (BLG et Doyon Rivest) que j’adore et moi», exprime-t-il. Il va donc de soi qu’il souhaite répéter l’expérience dans le futur.
«J’espère même pouvoir un jour sortir tous mes disques en vinyle!» souhaite-t-il.
Le disquaire L’Oblique a été un témoin privilégié de cette remontée, alors qu’il n’a jamais cessé de vendre du vinyle. «En 20 ans, nous n’avons jamais abandonné. Au début des années 1990, certaines étiquettes majeures aux États-Unis ont complètement arrêté de produire du vinyle et, en même temps, les grands magasins ont arrêté d’en vendre. Cela a fait croire aux gens que c’était disparu.
«Puis, en 1997, EMI a lancé une série spéciale pour ses 100 ans, qui comprenait 20 titres réédités en vinyle. Le succès a été tel qu’il y a eu une suite l’année suivante. Cela a donné l’idée à d’autres compagnies d’emboîter le pas», raconte le propriétaire du commerce indépendant, Luc Bérard.
Quant au marché québécois, il a été ouvert par l’étiquette Constellation, menée par le groupe Godspeed You! Black Emperor. «Il y a dix ans, le seul vinyle que j’aurais eu en magasin aurait été celui de Godspeed You! Black Emperor. Constellation a donné le goût à d’autres maisons de disques indépendantes, dont Dare to Care (Malajube)», évoque-t-il.
FOURNIR LA DEMANDE
Chez Fréquences le disquaire, un indépendant implanté à Granby et Saint-Hyacinthe, on ne finit plus de recevoir des microsillons. La petite entreprise vient d’ailleurs d’accueillir une sélection de plus de 2000 albums usagés.
Le copropriétaire, Érick-Louis Champagne, y voit rien de moins qu’une responsabilité culturelle. «Je crois que culturellement, nous avons notre part à faire. C’est important de montrer aux jeunes qu’un autre support existait avant les disques compacts», considère- t-il.
Selon lui, le goût de laisser un héritage à la nouvelle génération est également perceptible chez les mélomanes, qui se débarrassent de leurs vieux vinyles non pas pour une question d’économie, mais plutôt pour une raison sociale.
«Ce qu’ils veulent, ce n’est pas de l’argent, mais que l’album retourne en circulation. C’est un genre de legs. Ce sont d’ailleurs souvent les jeunes qui achètent», conclut-il.