MELLENCAMPJohnny s’en va-t-en guerrePhilippe Rezzonico 03-02-2008 | 11h14
Pour son retour après sept ans d’absence, Mellencamp ouvert le bal avec sa légendaire Pink Houses, vignette cynique à souhait de l’Amérique Reagan des années 80 qui prévaut encore aujourd’hui. Le ton était donné. Entre classiques et nouveautés, Mellencamp avait des choses à dire et il a passé ses messages avec une formule plus épurée et intimiste que celle des spectacles explosifs des années 1980 et 1990. La scène, de for me triangulaire à l’avant, privilégiait le contact avec les 8 000 fans et l’osmose entre musiciens. Parfois, Mellencamp, Mike Wanchic, Andy York et Miriam Sturm étaient si proches les uns des autres qu’on pensait voir Springsteen avec son E Street Band. Là où Mellencamp aura – surprise! – surpassé l’actuelle tournée du Boss, c’est avec le contact avec le public. Avec son bloc solo à la guitare acoustique (Minutes To Memories, l’inédite Ride Back Home, Young Without Lovers, Older Without Friends, et Small Town, soutenue par des images locales de la rue Rachel, des JO et d’Habitat 1967), Mellencamp a pu parler de l’isolement, du passé, de sa famille, bref, discourir comme il ne le faisait plus. Son introduction désillusionnée des villes fantômes créées par l’Amérique (Ghost Towns Along the Highway) aura été surpassée par son message enflammé antiracisme de Jena, une nouvelle composition à paraître en avril qui a soulevé l’ire du maire de cette localité de la Louisiane. Implication politique L’ami Johnny aura aussi parlé de son implication en politique, qu’«au Sud, on est sur le point de changer d’administration» et il a raillé George W. Bush en précisant qu’il avait refusé l’offre de Smokey Robinson de chanter aux Kennedy Awards, parce qu’il aurait croisé le président. Le parti pris de proximité aura teinté la musique. Contrairement à Tom Cochrane qui a offert une solide première partie en reprenant ses succès (Big League, No Regrets, Life Is A Highway) au pied de la lettre, Mellencamp, à 56 ans, n’essaie plus d’égaler ses shows atomiques de naguère, tant il n’affiche plus la même forme physique. Ainsi, Paper In Fire, est plus terroir que galopante, alors que Rain On the Scarecrow, moins percutante, est pourtant plus dense et intense que jamais. Si Check It Out, Human Wheels (formidable), Jack and Diane (quand Mellencamp la chante à la femme d’un spectateur au cellulaire) et la bombe Authority Song ont été offertes comme dans le temps, le tiers du show aura été composé de titres récents ou à paraître, comme le brûlot If I Die Sudden, au profit de classiques comme Hurt So Good ou R.O.C.K. In the U.S.A. Certains s’en plaindront. Faut pas. Classiques ou inédites, Mellencamp ne vit pas dans le passé et choisit désormais son répertoire en fonction de sa pertinence. Ne l’oublions pas, jusqu’à l’élection américaine de novembre, Johnny s’en va-t-en guerre… |