DANIEL LAVOIEPlus en forme que jamaisAgnès Gaudet Le Journal de Montréal 02-02-2008 | 05h00
L’auteur-compositeur l’avoue lui-même. Après 40 ans de carrière, il ne cartonne pas et ne mobilise plus les troupes comme avant. Il fait toutefois partie d’une longue tradition. Lui et ses chansons sont ancrées dans les paysages culturels québécois et français. Et, malgré la situation «assez compliquée» de l’industrie du disque, il continue de vendre des albums, dont le plus récent, Docteur tendresse, et les projets de spectacles affluent. «Quarante ans déjà, déclare-t-il songeur. Jamais je n’aurais cru que je vivrais si longtemps et qu’en plus je chanterais encore! Ça passe drôlement vite.» MAISONS DE DISQUES Daniel Lavoie, comme tous les chanteurs, se demande si les maisons de disques vont disparaître et comment va se porter l’industrie dans dix ans. «Pas grand monde a de réponse, admet-il. Il y a beaucoup de confusion dans tout ça. Mais dans dix ans, ajoute-t- il avec un sourire coquin, je vais probablement …beaucoup moins chanter.» Laissez-nous en douter. À 58 ans, Lavoie semble plus en forme que jamais, mince, souriant et la tignasse, bien que blanchie, toujours en bataille. Si la tendance se maintient, Lavoie sera dans dix ans, malgré l’âge, encore plus grand. Ces temps-ci, le chanteur prépare un mégaspectacle avec 300 choristes, Le Chœur et Lavoie, qu’il présentera un soir seulement à Saguenay, à Québec et à la Place des Arts de Montréal. Les organisateurs ont pensé lui après Vigneault, Ferland, Dubois, Ferrat et Piché les années précédentes. C’est la première fois que son répertoire fait l’objet d’un tel projet collectif, un des plus beaux cadeaux de sa carrière. GROSSE TÂCHE Huit harmonisateurs y travaillent, cinq chefs de chœur dirigeront les chanteurs qui viendront de partout au Québec. On entendra 21 pièces dont Belle, Ils s’aiment, Je voudrais voir New York, La Danse du smatte, Qui sait et Tension attention. Daniel est touché et honoré par cette reconnaissance. Il prévoit être immergé d’émotion le temps venu. Pour lui, rien n’est plus émouvant qu’une chorale qui chante. Ça lui vient de son enfance, de sa mère qui était folle des chorales d’opéra. «Je suis content de répéter avant, ça va me permettre d’apprivoiser cette émotion-là, ditil. Après ce sera juste le bonheur.» Le spectacle Le Chœur et Lavoie sera présenté à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts le 12 octobre prochain, le 23 août Québec et le 27 septembre à Saguenay. LE PLAISIR À DÉFAUT D’ÊTRE RICHEComme les politiciens, les chanteurs ne font pas beaucoup d’argent, estime Daniel Lavoie, mais…ils ont ben du fun. Daniel Lavoie, qui poursuit sa tournée entre la France et le Québec, est aussi en demande à Paris qu’auQuébec. Trente représentations sont encore à venir et ce show solo piano/voix, sans les contraintes d’un band, pourra vivre encore longtemps. Des supplémentaires sont d’ailleurs envisagées à Montréal. Le chanteur vient aussi de participer un album collectif en hommage à l’auteur- compositeur français Allain Leprest, sorte de poète maudit au talent fou. Un spectacle suivra le 12 mars en France. Lavoie travaille également à des chansons. En tournée, il apporte avec lui piano portatif et mini-enregistreuse et compose paroles et musiques sur mesure pour d’autres artistes, dont Nolwenn Leroy, gagnante du Star Academy français, Natasha St-Pier et Éric Lapointe, «un grand personnage noir, avec un grand cœur tendre» qu’il aime particulièrement. Sans jamais savoir si les mélodies arriveront jusqu’à la bouche du cheval, il apprécie l’exercice. «Écrire pour les autres, j’aime bien ça, affirme-t-il. Ça m’emmène ailleurs.» PROJET PERSONNEL Par-dessus tout ça, Daniel travaille un grand projet personnel de spectacle avec l’auteur algonquin Michel Noël et Michel Lefrançois. Ça fait beaucoup d’heures de boulot finalement. «Si je gagnais 200 $ de l’heure, je ferais ben de l’argent, plaisante-t-il. Malheureusement, je ne suis pas avocat. Comme les politiciens, les chanteurs ne font pas beaucoup d’argent, mais… ils ont ben du fun.» «Je ne changerais pas de place», conclut-il. |