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Avancement technologique - Dégringolade économique
Les ventes de disques compacts dégringolent.

AVANCEMENT TECHNOLOGIQUE

Dégringolade économique

Darryl Sterdan
Sun Media
05-12-2007 | 12h55
Les ventes de disques compacts dégringolent. Les échanges de fichiers illégaux sont en pleine progression. Les magasins de musique ferment. Les profits et les emplois se volatilisent. Et les plus grands groupes du monde quittent leur maison de disques pour donner leur musique.

L'industrie canadienne de la musique est en pleine métamorphose, mais pas nécessairement pour le mieux. Cependant, avant de pleurer sur le sort des maisons de disques et des vedettes rock, dites-vous bien que, comme à l'époque des albums de vinyle, il y a deux côtés à cette histoire.

D'un côté, l'Association de l'industrie canadienne de l'enregistrement (AICE), mieux connue sous son appellation anglaise: Canadian Recording Industry Association (CRIA).

«La situation ne pourrait pas être pire qu'elle ne l'est actuellement, affirme Graham Henderson, président de l'AICE. La majorité des artistes connaissent de grandes difficultés.»

Les données qu'il met en avant semblent le démontrer. Salon l'AICE, qui représente les principales maisons de disques au pays, l'industrie canadienne de la musique connaît un déclin lent mais stable depuis 1999, ayant perdu depuis ce moment près de la moitié de ses ventes et de ses emplois. Entre 2005 et 2006, la valeur des disques expédiés aux détaillants (les ventes brutes) a reculé de 11 pour cent, de 544 M$ à 482 M$. L'AICE rapporte un recul "sans précédent " de 35 pour cent pendant le premier trimestre de cette année et de 19 pour cent entre janvier et août.

Mais d'un autre côté, certains affirment que la situation n'est pas aussi catastrophique que le prétend l'AICE. «L'AICE crie toujours que le ciel est en train de nous tomber sur la tête, affirme un expert. C'est son rôle.» À titre de groupe de pression voulant obtenir le meilleur traitement et la protection juridique la plus sévère pour ses membres, il va de l'intérêt de l'AICE de brosser le portrait le plus sombre possible de la situation.

D'autres sources - comme Nielsen SoundScan Canada, qui calcule les ventes nettes de disques plutôt que les ventes brutes, une mesure complètement différente - laissent entendre que les ventes de disques compacts ont reculé de 5 pour cent l'an dernier, et que le chiffre d'affaires global de l'industrie est en baisse de 11 pour cent cette année. Et une étude de Statistique Canada a établi que les ventes de disques ont chuté de 3 pour cent, à 575 M$, entre 2003 et 2005, mais que l'industrie a quand même enregistré des profits robustes. Et si la production de disques a reculé de 8,6 pour cent pendant cette période, les dépenses ont chuté de 15 pour cent, ce qui donne une marge de profits de 7 pour cent.

D'où vient cette différence? Un autre expert de l'industrie, s'exprimant sous le couvert de l'anonymat, estime que la dégringolade alarmante de 35 pour cent rapportée par l'AICE au premier trimestre est vraisemblablement attribuable à d'autres facteurs, comme les retours de cadeaux de Noël, le manque de lancements d'envergure et la poussée du dollar canadien, qui a décimé le marché «secret» de l'exportation.

Faire pression sur Ottawa

L'Association de l'industrie canadienne de l'enregistrement s'efforce de faire pression sur Ottawa pour une réforme du droit d'auteur, une promesse faite par le premier ministre Stephen Harper dans son dernier discours du Trône.

Mais cela déplaît à la Canadian Music Creators Coalition, un groupe d'artistes (de Randy Bachman et Steven Page à Chantal Kreviazuk et Avril Lavigne) qui croit que l'AICE s'apprête à intenter des poursuites contre les amateurs de musique, comme cela s'est produit aux États-Unis.

Mais tous les membres de cette industrie ne sont pas en émoi.

Pendant que les ventes au détail sont molles et que ses rivaux ferment des magasins, HMV Canada nage à contre-courant, affirme son président, Humphrey Kadaner.

«Même si on laisse entendre que les consommateurs n'achètent plus de disques, ce n'est pas ce que notre expérience nous démontre, dit-il. Je suis chez HMV Canada depuis quatre ans, et pendant cette période le nombre de disques que nous vendons a augmenté de 15 pour cent. L'an dernier, nous avons vendu presque 15 millions de disques; ça fait plusieurs disques.»

Et Kadaner n'est pas le seul à être aussi optimiste. D'autres détaillants, comme CD Plus et Sunrise, font état d'une croissance similaire de leurs ventes de titres indépendants, de disques importés ou de disques difficiles à trouver. Et des étiquettes indépendantes comme Sonic Unyon n'ont pas connu le même genre de déclin que leurs grands cousins, grâce à des amateurs plus fidèles et à des pratiques commerciales plus modestes et plus réalistes. «Nous pensons que ça va être une période fantastique pour les artistes et les étiquettes indépendants, dit le copropriétaire de Sonic Unyon, Mark Milne. Les changements sont toujours positifs.» En dépit du rétrécissement du marché, Randy Lennox, d'Universal, demeure lui aussi optimiste. «Je ne suis pas de ceux qui pensent que le navire coule, dit-il. Ça évolue, ça change. Ceux qui vont suivre le mouvement vont gagner, et nous sommes nombreux à être déterminés à le faire.» Malgré tout, d'autres croient que l'industrie est condamnée à mourir à petit feu. «Nous avons ralenti l'hémorragie, mais nous ne l'avons pas stoppée, dit John Jones, de Warner Music Canada. Et on peut très bien mourir au bout de son sang.»

Péril en la demeure

«L'industrie est dans la tourmente, en ce moment, affirme Randy Lennox, président et chef de la direction d'Universal Music Canada. De bonnes personnes ont perdu leur emploi. Des gens talentueux ont perdu leur emploi. Notre industrie compte beaucoup moins d'employés, et ça nous attriste beaucoup.»

La cause de ce déclin? Encore une fois, cela dépend des gens que l'on interroge. Plusieurs croient que l'industrie est responsable de son propre malheur, puisqu'elle exploite depuis des années un public captif à qui elle vend à prix d'or des albums médiocres ne contenant qu'une ou deux bonnes pièces. Le président du Island Def Jam Music Group, Antonio «L.A.» Reid, déclarait même récemment: «La situation actuelle est surtout attribuable à la pauvre qualité de la musique.»

Graham Henderson, de l'AICE, n'est pas d'accord et prétend que le véritable problème est clair: les gens n'achètent plus de musique parce qu'ils peuvent l'obtenir gratuitement. Le phénomène du partage de fichiers illégaux - qui a commencé à toucher l'industrie avec l'arrivée de Napster en 1999 - a maintenant atteint une envergure colossale au Canada, où environ un milliard de téléchargements illégaux seraient réalisés chaque année, selon l'AICE.

Ce phénomène, combiné à des lois sur les droits d'auteur inefficaces et à des décisions juridiques autorisant le partage de fichiers poste-à-poste, a créé des conditions idéales pour le piratage qui ne déciment pas seulement les ventes de disques compacts, mais empêchent aussi le nouveau marché numérique de s'imposer - ce qui décourage de nouveaux investissements partout dans l'industrie.

Cette situation affecte toute l'industrie musicale, dit Henderson.

Le cellulaire à la rescousse?

Mais encore une fois, d'autres en doutent. Et sans surprise, chacun y va de sa solution. Plusieurs membres de l'industrie nord-américaine croient que la croissance du marché du téléphone cellulaire offre des options intéressantes. Le nouveau président de Columbia, Rick Rubin, propose un abonnement mensuel qui donnerait accès aux consommateurs à des millions de chansons. Certains artistes, comme Neil Young et Prince, ont commencé à donner leurs albums avec leurs billets de concert, transformant le disque en outil promotionnel. D'autres encore, comme Radiohead, semblent envisager un avenir sans maisons de disques, puisqu'ils distribuent leurs albums directement en ligne et permettent aux amateurs de verser en retour la somme de leur choix.

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