CHARLEBOISToujours sa place dans la Ville lumièreManon Guilbert Le Journal de Montréal 02-12-2007 | 13h16
Un Bataclan plein à craquer, des Québécois, des Français, un tas d'amis et "frogs" venus des deux côtés de l'Atlantique étaient là hier soir pour accueillir Charlebois, notre Garou national. Après une tournée à travers la France et la Suisse, Robert Charlebois achevait hier soir sa visite française avant un retour à Nantes le 31 décembre dans un immense spectacle en plein air pour célébrer la nouvelle année. Bien armé de ses hits du "20e siècle", Charlebois, qui ne faillit pas à sa réputation de bête de scène, était une nouvelle fois sous l'emprise d'une frénésie communicative. Avec un Cartier pourtant bien sage, il a jaugé le public. Il se fait aussi prudent en poursuivant avec Vivre en ce pays mais son Lindbergh attise bien vite une salle prête à embarquer sans condition dans son univers débridé. Supporté par quatre musiciens, guitaristes, bassiste et batteur, Charlebois a épuré ses chansons et n'en conserve que l'essentiel pour évoquer tous ses souvenirs et en même temps ceux de tous les spectateurs. Pas une ride Quelques-uns diront qu'ils ont peut-être la pédale trop à fond, mais le rock auquel nous a habitués Charlebois tout au long de sa carrière conserve toute sa saveur. Avec Les talons hauts du parolier Luc Plamondon, enfermé dans un "coffre-fort en Suisse", dont il fait remarquer la "profonditude du message", il prend tous ses aises. Et le Entre deux joints de Pierre Bourgault donne définitivement le ton au spectacle qu'il choisit de ne plus ramener dans le même registre. Dolorès, arrangée à la façon celtique, Tout écartillé, plus folle que jamais dans ce "Paris aux sept péchés", La manufacture, soudainement transformée en revendication à la façon Titi français mettent des étincelles dans ce feu roulant qui ne s'éteindra qu'au bout de cinq rappels. Charlebois se donne à fond avec toute l'énergie qu'on lui connaît depuis près de 40 ans. Ses chansons d'un autre siècle n'ont pas pris une ride et pas un gramme d'embonpoint. Il les refait, semble-t-il, avec autant de fougue et de plaisir, heureux une fois encore sur cette scène qui l'a très souvent accueilli. Magie Ordinaire, Avril sur mars, Je reviendrai à Montréal, les classiques des dernières décennies reviennent avec tout leur pouvoir évocateur. Et si dans la salle qui se compose autant de Québécois que de Français, elles ont un effet magique, il reprend en rappel Le piano noir, la seule chanson qui lui a été emprunté par Barbara disparue il y a dix ans. Personne avant elle, ni Céline, ni Natasha St-Pierre, ne lui a fait cet honneur, dit-il à sa façon pince-sans-rire. Pendant près de deux heures, Charlebois, dégoulinant, toujours fringant, a chauffé cette salle de la rue Voltaire qui a reçu les plus grands. Aujourd'hui, il est revenu à Montréal, mais de toute évidence, il a toujours sa place dans la Ville lumière où on le reçoit comme s'il était de la famille. |