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Nicola Ciccone - La violence faite à Marie émeut
© Photo Pascal Ratthé, Le Journal de Montréal
Nicola Ciccone

NICOLA CICCONE

La violence faite à Marie émeut

Agnès Gaudet
Le Journal de Montréal
24-11-2007 | 13h00
Un mois et demi après sa sortie à la radio, la Chanson pour Marie de Nicola Ciccone est devenue un phénomène. Dans le temps de le dire, son clip a reçu 22 000 clics dans le Net, et l’auteur-compositeur a eu des centaines de courriels de félicitations et témoignages.

Des femmes de tout âge se reconnaissent dans les paroles de Nicola. Plusieurs lui écrivent, d’autres le remercient avec des mots à peine couverts. Certaines prétendent être la véritable Marie qui un jour a confié sa triste histoire de violence conjugale au chanteur, dans une lettre.

Le chanteur ne pourra malheureusement jamais savoir qui d’entre toutes ces femmes est la vraie Marie qui a inspiré sa chanson. Mais peu importe. Ce qui compte, c’est que la chanson éclaire la route, qu’elle touche autant les femmes que les hommes de tout âge, et même les toutes jeunes filles, comme cette petite de 12 ans qui a récemment demandé à Nicola Ciccone: «Marie est-tu correcte?»

BRISER LE CYCLE

Le chanteur ne saura effectivement jamais si Marie est correcte. Mais il sait que sa chanson fait du bien. Néanmoins, il se garde bien de prendre seul le mérite du succès de Chanson pour Marie et ne prétend pas que cette mélodie décrit «toutes les histoires de violence», pour la simple et bonne raison qu’il ne les connaît pas.

Il rappelle que la violence faite aux femmes est au cœur de l’actualité depuis longtemps et que lui n’a fait que constater la triste situation, «comme le font les journalistes», spécifie-t-il. Reste que l’impact de sa mélodie est hors norme.

«C’est troublant, admet-il. En même temps, c’est rassurant, puisque Chanson pour Marie est une chanson d’espoir, l’histoire d’une femme qui réussit à briser le cycle de la violence et à s’en aller. Le succès de cette chanson-là me rend fier.

C’est la preuve qu’il y a de la place pour des chansons sociales comme celle-là.»

ELLE S’EST IMPOSÉE D’ELLE-MÊME

On l’oublie trop souvent, Nicola Ciccone n’écrit pas que des chansons d’amour.

L’Opéra du mendiant, Le P’tit Monde racontent l’histoire des plus démunis de notre société. Avec la chanson-titre de son dernier album, Nous serons six milliards, l’auteur-compositeur s’en prend à la guerre. Avec Novembre, il raconte le suicide.

«J’ai toujours écrit des chansons à caractère social, rappelle-t-il. Avec Chanson pour Marie, les médias me redécouvrent.»

Chanson pour Marie est le quatrième extrait de Nous serons six milliards. Elle est aussi le quatrième numéro un de l’album. Cet album n’est rien de moins qu’une enfilade de tubes. Pourtant, aucun plan de match de promotion n’a préalablement été établi, et Chanson pour Marie s’est imposée d’elle-même.

Lui, Nicola, aime toutes ses chansons également, Comme autant d’enfants parmi lesquels il n’a pas de préférences. Le succès de Chanson pour Marie s’est fait tout seul. En spectacle, partout où il l’interprétait live, la réaction était forte. Les gens applaudissaient plus fort, venaient lui parler après le show. Il aurait fallu être aveugle pour ne pas voir.

«Autant Me Amore fait danser les gens, autant Chanson pour Marie les touche, estime Nicola. Et, moi, je fais ce métier-là pour toucher les gens.»

UNE CHANSON POUR DAWSON

Des pièces comme celle-là, il y en aura d’autres. Nicola Ciccone continue d’écrire chaque fois qu’il a du temps libre. Il récemment terminé Little Girl, une chanson qui traite cette fois de la violence dans les écoles, «de ce qu’on vit à Montréal depuis une vingtaine d’années avec Dawson, Poly, Concordia, dit-il alors que des tueurs fous commettent l’irréparable pour un moment de gloire».

Déjà Nicola, qui a remporté les Félix de l’Album populaire et Interprète de l’an- née au gala de l’ADISQ («un beau bouquet de fleurs»), l’interprète en spectacle et touche la cible. Little Girl aura sa place sur le prochain album. Nicola compte «mettre la main à la pâte» en 2008.

LA LANGUE FRANÇAISE

Le succès de Ciccone, Montréalais né de parents italiens immigrés, est étonnant quand on pense que le français n’est pas sa première langue… ni même la seconde.

Le chanteur se félicite d’avoir adopté le français, mais de là à dire qu’il voterait pour le projet de loi de Pauline Marois qui veut imposer le français à tous les nouveaux arrivants, il y a une marge.

«Je n’ai pas vu ces projets de loi et j’hésite à me prononcer, indique-t-il. C’est comme si je faisais la critique d’un livre que je n’ai pas lu. Mais je penche des deux côtés. D’un côté, c’est important que les immigrants s’intègrent et apprennent la langue de leur pays d’accueil. De l’autre, il faut qu’ils préservent leur bagage. Si mes parents ne m’avaient pas légué leur culture, je ne serais pas celui que je suis aujourd’hui.

«Les Québécois sont des gens modérés et intelligents, ajoute-t-il. On est tous comme une grande famille. Et comme dans toutes les familles, il y a des chicanes qu’il faut gérer pour en sortir encore plus unis.»

Nicola Ciccone est en tournée. Il a donné près de 60 représentations partout en province et il en donnera encore une vingtaine d’ici les fêtes. Il est aujourd’hui à La Sarre.

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