PANTHÉON DES AUTEURS-COMPOSITEURS CANADIENSLa Bitt à Tibi d'un océan à l'autreMarie-Joëlle Parent Le Journal de Montréal 16-11-2007 | 12h01
«C'est un peu ironique, l'industrie québécoise n'a pas encore officiellement reconnu La Bitt à Tibi. Ça serait le temps avant que je parte», critique au bout du fil Raôul Duguay, 68 ans, en parlant de l'ADISQ qui ne lui a pas encore rendu d'hommage. C'est plutôt à Toronto qu'il ira recevoir les honneurs le 1er mars prochain. Autre ironie, ses paroles Cooooooooooooolonisé à libérer résonneront alors dans le Canada anglais... Raôul Duguay est touché, mais la plus grande récompense, «ce n'est pas le prix de l'ADISQ que je n'ai pas eu d'ailleurs, c'est que deux générations plus tard, elle soit reprise par des jeunes», dit-il, faisant référence à l'artiste hip-hop Anodajay et à sa chanson Le Beat à Ti-Bi. Depuis 1975, sa chanson a été reprise par plusieurs artistes, que ce soit folk, jazz, rock, assurant à Raôul Duguay un coussin confortable de droits d'auteur. Après l'avoir entonné 3000 fois, il en est venu à se comparer à un juke-box. «Mais quand on m'a fait comprendre que la chanson appartenait au Québec maintenant, j'ai mieux accepté ça», dit-il. René Lévesque Raôul Duguay avait 33 ans quand il a composé le texte de La Bitt à Tibi, assis devant une bouteille de vin et entouré d'un nuage de fumée... C'était au départ un texte pour un cours à l'Université de Montréal sur l'économie de l'Abitibi, sa terre natale. Jamais il n'a imaginé que ça deviendrait un succès qui allait brasser les fêtes de la Saint-Jean et réchauffer les foules avant les discours de René-Lévesque. Il se souvient encore de la première fois qu'il l'a chantée dans une petite boîte de la rue Sherbrooke ou la première fois qu'elle a soulevé une foule dans une manifestation de Québecair à l'aréna Maurice-Richard. 32 ans plus tard, il croit encore dur comme fer au message politique de sa chanson. «Il faut préserver notre langue, si on la perd, on perd la culture. Ça passe par la souveraineté», dit-il. Il se réjouit d'ailleurs de voir un retour des chansons «à substance dans les paroles» comme le succès de Mes Aïeux Dégénération. «Le rôle de la chanson n'est pas que de divertir, mais aussi de faire réfléchir», dit le philosophe, qui s'apprête d'ailleurs à faire un 16e disque. Son thème de prédilection ? L'environnement et la cause de l'eau. Il prévoit l'intituler Noé. Claude Dubois, André Lejeune, Paul Anka ainsi que 23 chansons seront aussi intronisés au Panthéon des auteurscompositeurs canadiens. Le pianiste montréalais Oscar Peterson recevra le Founder's Award. L'année dernière, Jean-Pierre Ferland et Joni Mitchell étaient les heureux élus. |