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Paris - La mère patrie envahie par la colonie
Karkwa

PARIS

La mère patrie envahie par la colonie

Philippe Rezzonico
Le Journal de Montréal
05-11-2007 | 05h52
Ils sont partout. On le sait, on le dit, on en parle, mais quand on est sur place, on le constate. «Ils», ce sont les artistes québécois présents à Paris sous toutes les formes.

Ils sont partout. Dans le métro, tout d'abord. Cet aspect est l'un des plus révélateurs. Quand vous savez qu'il y a parfois 50 spectacles offerts sur une base quotidienne à Paris, vous vous doutez que l'espace publicitaire dans le métro, lieu de passage de toutes les classes sociales, est très prisé.

Donc, quand tu tombes face à face avec l'affiche qui annonce Pierre Lapointe, le 17 novembre au Bataclan, c'est un choc. Parce que l'affiche en question - poster, diton ici -, elle est plus grande que l'auteur de ces lignes. Ça frappe! Et on ne parle pas d'une affiche logée dans une obscure station de métro, mais bien d'une affiche collée dans l'un des couloirs principaux de la station Chaussée d'Antin, porte d'entrée des Galeries Lafayette. Difficile à rater.

Lapointe n'est pas le seul à avoir droit à ce traitement. Dans plusieurs stations, on a repéré deux affiches qui attirent le regard des Québécois : celle de Lynda Lemay qui affiche complet à L'Olympia durant trois soirs (9, 10 et 11 novembre) et celle du duo féminin de Dobacaracol, qui se produira à L'Élysée Montmartre le 12 novembre. Si vous voulez voir des Québécois à Paris en novembre, c'est le moment. Marie-Annik Lépine y présentait son spectacle au Café de la Danse mardi et mercredi dernier, alors que Dumas jouera à la Cigale, le 26 novembre.

Les disques bien en vue

À cette présence dans le métro et dans les salles, il faut ajouter celle des Québécois dans les magasins de disques. Histoire de mesurer le réel impact, nous sommes allés vérifier dans les grandes surfaces. Et sur ce plan, les succursales Fnac, Les Halles et Gare Saint-Lazare, sont des références. On parle de magasins quatre ou cinq fois plus grands que le Archambault et le HMV du Centre-ville de Montréal... réunis.

Aux Halles, La Grand-Messe des Cowboys Fringants, et Au bout du rang, de Marie-Annick Lépine, sont sur les présentoirs en plus grande quantité que les disques de Julien Clerc et Nicole Croisille. Et si les albums d'artistes légendaires du Québec comme Diane Dufresne, Robert Charlebois et Michel Rivard s'y trouvent, ce sont ceux des plus jeunes qui sont mis en évidence.

«Ce n'est pas un hasard», explique Emmanuelle Le Dorlot, disquaire à la Fnac et admiratrice sans bornes de la musique québécoise, qui parle des Breastfeeders et de Le Nombre avant même que le journaliste évoque ces bands. Chapeau.

«Il y a eu des efforts faits par des labels indépendants comme Anticraft pour distribuer ces artistes, explique-t-elle. Mais on reçoit souvent les disques québécois avec un bon décalage, comme le Karkwa (Les tremblements s'immobilisent) qui est paru cette semaine.»

Sur ce plan, c'est la même chose chez nous pour les disques de Bénabar, Delerm et autres Raphaël.

La succursale Les Halles a même installé un présentoir exclusif aux artistes québécois. Il n'y a pas d'équivalent à la Fnac Saint-Lazare, mais jeudi dernier, journée fériée à Paris, le disque qui jouait dans la section francophone à 15 heures, quand des centaines de personnes s'agglutinaient dans les rayons, c'était celui de Marie-Annick Lépine, pas celui de Vincent Delerm.

Plus pour le même prix

Histoire de comparer le prix de vente au détail de disques d'artistes québécois sur les deux rives de l'Atlantique, nous avons a dressé la liste d'une quinzaine de titres vendus à Paris.

Certains de ces disques sont des versions augmentées des compacts que l'on trouve au Québec: La Grand-Messe des Cowboys Fringants - qui comprend un DVD -, Soley, de Dobacaracol, augmenté de Étrange - un duo avec Christophe Mali -, et celui de Thomas Hellman, qui comprend ses deux albums, L'Appartement et Departure Songs, vendus séparément chez nous. Il y a aussi les variantes de pochettes, certaines n'étant pas les mêmes d'un continent à l'autre.

Globalement, ces disques sont vendus sensiblement aux mêmes prix que les disques français et internationaux à Paris - qui oscillent entre 15 et 19 euros -, car presque tous les albums québécois sont disponibles en France par l'entremise de distributeurs locaux.

Évidemment, ça représente un plus gros investissement quand on calcule le taux de change, mais notez que les prix en euros comprennent toutes les taxes. Imaginez que les prix en dollars affichés ici soient les prix de détail au Québec... auxquels il faudrait ajouter nos deux taxes. Aïe!

Rien n'est impossible

Louis-Jean Cormier, leader de Karkwa, ne s'attend pas que Les Tremblements s'immobilisent s'écoulent à des dizaines de milliers d'exemplaires en France, mais il estime que les Français sont ouverts à de nouvelles sonorités. Tout est possible.

«C'est sûr qu'il y aura toujours des artistes comme Bénabar et Renaud qui vont vendre des millions de disques, mais en général, ce n'est qu'au Québec qu'on voit des artistes vendre 200 000 albums aujourd'hui. En France, quelqu'un écoule 50 000 albums et on parle d'un succès», nous dit le musicien en entrevue.

C'est pour ça qu'Olivier Langevin, de Galaxie 500, a, tout comme les gars de Karkwa, franchi l'Atlantique. Tout est possible.

«Je joue dans un club en périphérie de Paris», dit celui qui était seul pour l'occasion. Qu'est-ce que ça donne, Galaxie 500, groupe rock dévastateur s'il en est un, en configuration solo?

«Je fais seulement un set acoustique», ajoute Langevin avec le sourire, devant le regard médusé du journaliste. Galaxie 500, en acoustique, ce n'est pas une évidence, mais on n'aurait pas pensé avoir droit à Malajube et Karkwa en mode acoustique non plus, comme on les a vus cet été. Tout est vraiment possible...

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