JORANENouveau regardPhilippe Meilleur Le Journal de Montréal 21-10-2007 | 05h00
«La création est le but ultime et elle ne s’arrête jamais.» Attablée devant son petit-déjeuner dans un café montréalais en cette matinée brumeuse, Jorane a le verbe efficace. Il ne lui suffit que d’une phrase pour résumer l’essentiel, à savoir que les éléments qui gravitent dans sa vie influent directement sur son oeuvre en tant que créatrice. Le nouvel album qu’elle lance cette semaine, Vers à soi (disponible mardi), est l’illustration parfaite de cette affirmation. «Je l’ai écrit sur une période de deux ans qui a été très chargée en émotions de toutes sortes, dit la chanteuse. Tout autour de moi, il y a eu des naissances, des décès et des histoires d’amour qui m’ont profondément touchée. Un voyage en Inde au début de 2006 m’a aussi confrontée une tout autre réalité humaine.» «À la suite de ces évènements, je suis devenue perméable à tout ce qu’il y avait dans mon monde. J’ai fait ressortir en mots et en musique les impressions que j’avais acquises.» DU GU ZHENG AU GLOCKENSPIEL… Mais ne cherchez pas à savoir comment l’artiste décrirait le résultat de son travail des deux dernières années en une phrase. Tout au plus consentira-t-elle à le présenter comme un disque «assez lumineux» sur le plan des mots et des sonorités. « Je ne cherche pas une formule gagnante à atteindre. Il n’y a pas de recette ; je fais simplement du mieux que je le peux selon l’état dans lequel je suis à ce moment », lance-t-elle. Risquons tout de même une courte analyse. Vers à soi est un album calme, très fouillé et riche musicalement dont les thèmes sont suggérés plutôt qu’imposés. Grâce à l’ajout de plusieurs instruments exotiques, comme le glockenspiel et le gu zheng, Jorane explore plusieurs chapitres d’une grande histoire cohérente. Le résultat est onze chansons créées par une artiste visiblement libre et heureuse de l’être. « Ç’aurait pu être un album très minimaliste, illustre la compositrice. Mais je voulais faire de l’expérimentation, essayer toutes sortes de choses. Je connais un magasin d’importation d’instruments en Californie duquel j’ai commandé un paquet de bidules, un peu comme on le fait avec des sushis. Je me suis entourée de sonorités différentes.» … EN PASSANT PAR LA VIE ET LA MORT L’album a par contre été écrit avant d’être composé et est entièrement francophone, ce que la musicienne n’avait pas osé depuis son premier disque, Vent-Fou, en 1999. « Cet album traite de la vie, de la mort et de l’amour, éclaire Jorane. Dans le domaine de l’art, on ne réinvente pas nos sujets. Nous en proposons plutôt un nouveau regard, nous leur apposons un nouveau filtre. » Celle qui s’est investie dans un stage d’écriture à Tadoussac pour bien maîtriser les subtilités et les contraintes de l’écriture de chansons semble avoir grandement apprécié l’expérience. « Quand tu écris une page d’idées, elles ne sont pas nécessairement toutes bonnes, dit-elle. Il faut les passer au tamis et y dénicher la perle que l’on cherchait au départ.» |