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Diane Dufresne - L'âme d'un samouraï
© Photo Martin Bouffard, Le Journal de Montréal
Diane Dufresne

DIANE DUFRESNE

L'âme d'un samouraï

Marie-Joëlle Parent
Le Journal de Montréal
20-10-2007 | 05h00
Elle voulait que l’album s’intitule Passé date. Pour faire un pied de nez à la vieillesse. Pourtant, Diane Dufresne est loin de la panne d’inspiration. Avec Effusions, son tout nouveau disque, elle se renouvelle encore. Sa voix est plus grave et profonde. Elle apparaît plus théâtrale, lyrique et amoureuse que jamais. Aucun doute, à 63 ans, la Diva rebelle est une femme heureuse.

Passé date est finalement devenu un des douze titres du disque.

Une chanson ironique sur les aléas de la vieillesse. «J’ai vécu plus longtemps que je ne pensais!» lance Diane Dufresne.

À 63 ans, vieillir ne lui fait pas peur. «Je ne peux pas mépriser un corps qui m’en a donné autant. Les gens veulent toujours cacher. Moi je trouve que c’est le contraire», dit-elle.

«Il faut apprendre à être moins beau. Quand t’es jeune, t’es beau tout de suite. Mais quand tu vieillis tu prends du mieux. Moi j’ai rencontré l’amour à 50 ans», dit-elle.

Vieillir, ça signifie également continuer à faire des disques, peindre et écrire des livres dans son atelier niché au creux de la forêt. Le monde de l’édition française vient d’ailleurs de l’approcher pour sa plume.

Vieillir, ça veut aussi dire faire de nouvelles rencontres. Elle qualifie celle avec le pianiste Alain Lefèvre de plus marquante de sa carrière.

LE PIANO EST ROI

Dans Effusions, on retrouve également Hubert Reeves, Michel Rivard, Daniel Bélanger, Marie Bernard et Michel Cusson. Elle qualifie son album de très organique, l’ordinateur et les synthétiseurs sont peu présents. Le piano est roi et les instruments anciens sont à l’honneur.

Elle a d’ailleurs assumé la réalisation du disque en plus de la direction artistique. Un travail titanesque. On ne peut s’empêcher de lui demander si elle tire sa révérence.

«Ouf… je n’en ferai plus beaucoup. Faire du studio, je trouve ça assez terrible parce que chanter sans public, c’est difficile pour l’émotion», dit-elle.

«J’étais découragée quand j’ai vu que j’allais faire un disque! Mais Richard (son mari) y tenait beaucoup, je ne pensais jamais que ça finirait.» Elle s’avoue fatiguée, «mais je suis comme un samouraï et je continue», dit-elle.

C’est à l’issue d’une tournée de spectacles de un an et demi que Diane Dufresne a eu l’idée d’enre gistrer un nouvel album.

Elle a d’abord pensé à Hubert Reeves, un homme qu’elle admire pour ses idées. Elle suivait d’ailleurs les cours qu’il donnait à l’université il y plusieurs années.

«Un jour je l’ai vu à la télé. Pendant l’entrevue, on l’a interrompu pour donner le score du hockey. J’ai été tellement scandalisée que je n’arrivais plus me contrôler. Je l’ai appelé, c’était comme appeler le bon Dieu! Je lui ai dit: je suis une voix et je vous offre de parler à travers moi, si vous voulez.»

Il lui a écrit Terre planète bleue, un long texte où on fait le tour du monde en une chanson. Pas facile à adapter musicalement. Diane Dufresne l’avoue d’emblée, sans Marie Bernard elle n’y serait pas arrivée.

Et puis il y a eu la rencontre d’Alain Lefèvre, le maestro du clavier.

Le pianiste a enregistré six chansons, dont L’Enfant prodige, un hommage au pianiste André Mathieu.

«Je l’ai vu à la télévision en entrevue, il parlait d’André Mathieu avec tant de passion. Lui, un pianiste classique en jean et veste de cuir amoureux de sa femme. J’ai eu envie de travailler avec lui. J’ai rencontré un homme absolument sublime», raconte Diane Dufresne.

Diane Dufresne a dû apprendre à dialoguer avec les doigts d’Alain Lefèvre, «à chanter comme le souffle de ses doigts», dit-elle.

PLUS LOIN

«Bien souvent pour les gens je suis trop émotive, mais pas avec lui, il m’a amenée encore plus loin. Avant, je me sentais seule dans cette grande émotion, sans prétention je me sens encore plus seule», confie la chanteuse.

Elle le voit comme un héros qui a transformé la souffrance d’une enfance difficile en quelque chose de positif. «Il soigne avec sa musique», dit celle pour qui l’enfance aussi n’a pas été rose dans les quartiers ouvriers de la métropole.

Michel Rivard lui a d’ailleurs écrit Noire sœur, une valse macabre, bercée d’instruments anciens comme la vielle à roue. «Un petit bijou de chanson», comme dit Diane Dufresne. Une chanson sur la peur du noir qui paralyse la chanteuse.

«Ça vient de mon enfance. Pourtant j’ai été insomniaque pendant longtemps, j’aimais la nuit. Je ne parle pas beaucoup de mon enfance, mais elle est là», dit celle qui a perdu sa mère à 12 ans. Dans le prochain chapitre de la vie de Diane Dufresne, il y a une tournée qu’elle projette faire en France. Question de retrouver les planches qui ont fait sa renommée.

En attendant, elle fait comme dans la chanson que lui a écrite Daniel Bélanger, celle qui clôt son album, elle continue de «peindre des toiles»… Effusions sort en magasin le 23 octobre.

Exposition de ses toiles à partir du 5 novembre la Société des arts technologiques.

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