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Daniel Bélanger - Le retour du balancier
© Photo Jacques Bourdon, Le Journal de Montréal

DANIEL BÉLANGER

Le retour du balancier

Philippe Rezzonico
Le Journal de Montréal
06-10-2007 | 13h00
En mars, lors de la parution de L’Échec du Matériel, Daniel Bélanger était tiraillé par l’angoisse inhérente à la parution d’un nouvel album. Sept mois plus tard, le seul trac que le monsieur peut avoir, c’est celui d’une rentrée de quatre spectacles au Métropolis. Car avec 65 000 disques vendus, le verdict du public est limpide.

Quand on le met en face de cette – belle – réalité, Bélanger éclate de son rire aussi sympathique que franc.

«Je ne sais plus si c’est une déformation professionnelle ou une superstition, dit Bélanger en souriant. Qu’il soit pop ou très pointu, j’ai l’impression que de me demander si le public va me suivre me rassure à la parution de chaque disque.»

Évidemment comblé par l’accueil du public, Bélanger admet que cette fois, ses craintes dépassaient la légitime appréhension du créateur.

«La business et le média ont beaucoup changé. Cinq ans entre deux disques (Rêver mieux), de nos jours, ce n’est plus le même cinq ans qu’avant. Cinq ans, c’est long. Si tu achètes le premier disque alors que tu es au secondaire un, le prochain, c’est quand tu es au cégep.»

Bien au-delà des plates-formes de diffusion, Bélanger estime surtout que les amateurs de musique n’apprécient plus les disques de la même façon.

«L’écoute a changé. De plus en plus, on ne laisse pas beaucoup de chances à un album. Il n’y a plus de culte de l’objet comme avant. À l’époque du vinyle, tu ne zappais pas. Tu endurais la toune que tu aimais moins – à moins de faire l’effort de te lever pour déplacer l’aiguille – et elle te donnait la chance de connaître l’histoire de la face A et de la face B. Donc, arriver avec un album grave, du moins un peu plus sérieux, il y avait un risque.»

BOUCHE À OREILLE

Curieusement, aucun album de Bélanger n’aura aussi bien figuré aux ventes dès sa sortie, avec plus de 30000 exemplaires vendus lors de la première semaine et plus du double depuis lors.

«C’est mon plus fort départ, plus fort que Rêver mieux, mais le bouche à oreille également très bien fonctionné.» D’aucuns peuvent tenter de cerner le phénomène Bélanger, un artiste qui s’est façonné un public de base qui est prêt à le suivre n’importe où. Là où d’autres font dans la formule, Bélanger se renouvelle. «J’essaie de ne jamais faire la même chose. Les gens semblent apprécier ça, mais il y en a peut-être la moitié qui haïssent ça et j’en gagne une autre moitié en chemin.»

Et peut-être que d’autres sont même revenus au bercail, dans la mesure où L’Échec du matériel est plus proche dans les textures sonores de Quatre Saisons dans le désordre que de Rêver mieux. Il y a comme une forme de retour du balancier.

«Je m’y attendais un peu, en raison du son, des guitares électriques, etc. Mais il y a des gens qui peuvent dire: Je l’aime mieux quand il fait ça. Mais si je peux être différent, je ne peux pas être autre chose que moi.»

À certains égards, Bélanger a ce qu’on pourrait désigner comme un parcours exemplaire sur le plan de la carrière. Il ne le nie pas, mais demeure lucide.

«En rétrospective, je réalise que c’est un beau parcours, mais je ne sais pas si ça va durer 15 ans encore. La pop et le rock sont des musiques qui commencent à être âgées, où l’on connaît les comportements de ses auteurs: le gars qui capote avec son succès et qui perd tout son argent (rires), l’autre qui fait de l’héro (héroïne), le public qui ne suit plus. Tout est arrivé et, donc, tout peut m’arriver. Moi, je continue à faire ce que je fais, je l’apprécie au plus au point et je respecte ce que je fais.»

Daniel Bélanger, au Métropolis les 10, 11 12 et 13 octobre.

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