BRUCE SPRINGSTEENPlus festif, toujours politiséPhilippe Rezzonico Le Journal de Montréal 28-09-2007 | 11h28
Cinq ans après The Rising, qui avait propulsé le Boss à des sommets de popularité similaires à ceux de Born In the U.S.A. en raison de sa vision émotive et lucide de la tragédie du 11 septembre, Magic ne pouvait être aussi ciblé dans l'intention. Sur ce plan, le petit nouveau est plus dispersé. En revanche, les fans vont retrouver des sonorités qui évoquent fortement le E Street band des années 1970. Si les textes indiquent que certains titres (Gypsy Biker, Magic Devil 's Arcade) ont été écrits récemment, on se dit qu'il y en a quelques-uns dont la génèse est plus ancienne. Springsteen était à composer pour «l'album retour» du E Street Band en 2001, quand les attentats terroristes ont orienté le thème de The Rising. On a du mal à croire que Girls in Their Summer Clothes a été écrite récemment. Au plan réalisation sonore, Brendan O'Brien rend le E Street plus trash, plus dissonant et plus actuel que jamais, sans trahir sa personnalité. Ça va faire plaisir aux jeunes fans de Springsteen qui l'ont découvert avec The Rising, et qui, comme les vieux fans, vont le suivre aveuglément au bout de la route du tonnerre. Comme à la petite école, voici Magic, qui paraît mardi, en paroles et musique. 1 - Radio Nowhere Paroles: Constat et commentaire sur le manque d'âme de la radio actuelle. Springsteen y a intégré son cri de ralliement de spectacle " Is there anybody alive out there? " que vous pouvez entendre sur Live in New York City, après Out in the Street. Musique: Une rythmique frénétique couchée sur mur de guitares abrasives. Un brûlot comme on les adore. 2 - You 'll Be Comin'Down Paroles: Le thème de la chute aux enfers desservi par un propos vague et imagé. Musique: Mid-tempo saturé de guitares sur une mélodie douce-amère. 4 - Your OwnWorst Enemy Paroles: Le miroir de l'âme des Américains, prisonniers de leur propre malheur. Musique: Musique orchestrée, grandiose et somptueuse, digne des Beatles période 1967, ou de Rufus Wainwright en 2007. 3 - Livin' in the Future Paroles: Satire de société par l'entremise d'un couple dont le type tente de convaincre sa blonde que rien n'a changé. Musique: Salves de saxophone de Clarence Clemons, point d'orgue de Danny Federici, structure musicale qui en fait le rejeton de Tenth Avenue Freeze-Out et finale farcie de «Na-na-na!». Un régal. 5 - Gypsy Biker Paroles: Le rapatriement de la dépouille d'un soldat mort vu à travers les yeux de sa communauté. Brutal. Musique: «Toune de char», comme le veut l'expression, tonifiée par les lignes de guitare du Boss et de Steven Van Zandt, avec finale de «la-la-la-lei!!» 6 - Girls in Their Summer Clothes Paroles: Le retour du gars de la place (Asbury Park ?), plus âgé, et en peine d'amour, croisant les jeunes filles qui l'ignorent. Nostalgie ou démon du midi? Musique: Blue-eye soul dans l'approche, reposant sur une charpente de cordes. 7 - I 'llWork for Your Love Paroles: Une déclaration d'amour de col bleu comme le Boss sait si bien le faire en décrivant une femme sous nos yeux. Musique: Musique pimpante, harmonica chaud, claviers magiques. Superbe. 8 - Magic Paroles::Métaphores de magicien pour arriver à l'évidence que rien ne sera plus pareil: «This is what will be.» Musique: Dans le ton de Devils and Dust avec son enveloppe acoustique. Instrumentation riche, le tout nappé du violon de Soozie Tyrell. Envoûtante. 9 - Last to Die Paroles: Le couple, symbole fort chez Springsteen, solide dans ses valeurs, qui sera le dernier à mourir de ses erreurs, bien après tous les tyrans de ce monde. Musique: Chanson rock à tempos changeants avec un refrain bétonné et des guitares tranchantes. Rock'n'roll à souhait. 10 - Long Walk Home Paroles: La fin des illusions et des rêves brisés vus par le biais de la rupture d'un couple qui pourrait bien être celui de la chanson The River, 27 ans plus tard. Musique: Une mélodie qui tue où la guitare de Springsteen, le saxo de Clemons, l'orgue de Federici et le piano de Roy Bittan sont en osmose: un pur chef-d'oeuvre. 11 - Devil's Arcade Paroles: Les conséquences de la guerre, vue par la lorgnette d'un soldat grièvement blessé au combat. Musique: Titre dense qui se conclut sur la pulsion de la batterie de Max Weinberg qui imite des battements de coeur. Ouf... 12 - La Chanson cachée Paroles: Amusant parallèle entre l'être humain et les merveilles du monde (la tour Eiffel, le Taj Mahal, la Mona Lisa). Musique: Guitare acoustique, piano et harmonica. |