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Ben Harper - Ici et maintenant!

BEN HARPER

Ici et maintenant!

par Philippe Rezzonico
Journal de Montréal
22-09-2007 | 05h00
Aussi obsessif dans le travail que respectueux de l’héritage musical de l’Amérique, Ben Harper est l’un des rarissimes artistes dans la trentaine pour qui l’instant présent, la forme et l’âme priment sur tout. Rencontre avec un soulman des temps modernes.

Joint à Pittsburgh lors d’un appel conférence avec une poignée de journalistes de Montréal et Toronto, Harper est à l’image de son œuvre musicale: aussi pointilleux dans le propos qu’il est organique dans la création musicale. Quand un collègue fait référence à son nouveau disque, Lifeline, en le désignant comme un projet, Harper l’interrompt d’emblée.

«Juste une petite recommandation. En discutant avec des musiciens qui pourraient avoir un ego assez gros pour estimer être des artistes, le mot projet est embarrassant.»

Il fait suer, le Ben? Même pas. On ne peut en vouloir à quelqu’un qui enregistre son nouvel albumc omme on le faisait il y a 30 ans, qui produit un album des Blind Boys of Alabama, qui permet à son band (The Innocent Criminals) d’avoir un mot à dire quant au processus créatif et qui suit son instinct quand vient le temps d’écrire des chansons.

La surprise, c’est la récente parution de Lifeline et les deux spectacles prévus au Théâtre St-Denis, lundi et mardi. Après le disque double Both Sides of the Gun et le passage au festival Osheaga 2006, on n’attendait pas Harper en ville de sitôt. Mais dès que la tournée fut terminée, lui et ses collègues sont entrés en studio pour enregistrer Lifeline en sept jours, et ce, sans aucun support d’enregistrement digital.

LE SUMMUM

«Dans une perspective audiophile, il est clair que les années 1970 représentent le summum, le haut du pavé de l’enregistrement sonore. On voulait enregistrer ainsi, parce que c’est ce qui servait le mieux les chansons. On y a mis toute notre passion et ce n’est pas par hasard. Un disque gravé de façon digitale n’aurait pas mené à un son pareil.»

En raison de la proximité des sessions d’enregistrement et la fin de la tournée, on se dit que certaines des chansons de Lifeline datent un peu et auraient pu se retrouver sur Both Sides of the Gun. Erreur.

«Il y avait deux prétendantes pour Both Side of the Gun, mais elles n’étaient pas prêtes. Pas avant que je les présente au groupe et que nous les peaufinions ensemble. Mais… hé! les gars, vous m’avez assez blâmé pour avoir fait un disque double. Vous ne vouliez pas un compact triple, quand même?»

«Wow! Je n’ai jamais dit ça quand on s’est rencontrés à Montréal… Donc, si on suit votre raisonnement, ça veut dire que vous avez écrit les nouvelles compositions en tournée?
– En effet. La majorité des chansons ont été crées sur la route.
– Vous ne dormez donc jamais?
– C’est ça, le truc, mon vieux. Je dors, mais je ne reste pas assis à rien faire.»

NOUVELLE APPROCHE

De l’aveu de Harper, ce neuvième disque en 15 ans lui a permis d’avoir une nouvelle approche et de laisser de la place aux autres, ce qui n’était pas son truc dans le passé. «Le band m’a incité à poursuivre dans des veines musicales que je n’aurais pas suivies moi-même. Je n’ai jamais voulu parler absolument de moi, mais l’industrie m’a transformé en quelqu’un d’habitué à le faire, ce qui peut être dangereux. Si je parlais de moi, vous entendriez parler d’une chambre d’hôtel de Pittsburgh…»

Observateur du quotidien qui est indifférent à la couleur de son public – il y a plus de Blancs que de Noirs qui écoutent sa musique –,Harper est plus tempéré sur ce disque que sur son précédent album, qui frappait fort rayon politique. Calcul ou nécessité?

«C’est sûr que la musique rend les gens nerveux. Chaque fois que vous avez ne fût-ce qu’une once de potentiel pour provoquer une émeute, ça rend les gens nerveux. Mais je ne tente pas d’écrire spécifiquement sur un sujet. Je suis le courant de la musique. Si je me disais que j’étais en plein contrôle de la situation, je me mentirais à moi-même. Il y a des gens qui pensent à l’avance à ce qu’ils vont dire sur disque, mais pas moi. Je n’ai pas d’approche stratégique et je ne suis pas si brillant.»

Ben Harper and The Innocent Criminals, au Théâtre St-Denis lundi et mardi, dans le cadre de la série Jazz hors-saison.

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