LOCO LOCASSLa fin justifie les moyensPhilippe Meilleur Le Journal de Montréal 21-07-2007 | 04h00
Dans un restaurant de la rue Saint-Denis, Chafiik et Biz répondent autant aux questions du journaliste qu’ils discutent entre eux. Leurs réponses se complètent, s’emboîtent, parfois même se contredisent. Cela fait trois ans que les rappeurs partagent la scène dans le cadre de la tournée d’Amour oral. Vendredi prochain, le groupe terminera cette grande aventure à la salle Wilfrid-Pelletier en compagnie de l’orchestre du Campmusical Saint-Alexandre. «Imagine que tu as une blonde que tu as beaucoup aimée, mais avec qui ton histoire est terminée, illustre Biz.Tu as le goût de revenir avec une dernière fois.» «Alors ça fait trois fois que la tournée d’Amour oral se termine, lance en riant Chafiik. Mais cette fois, c’est vraiment la fin.» AVENTURE SYMPHONIQUE Loco Locass fera les choses en grand pour cet ultime chapitre. Le trio retrouvera l’orchestre du Campmusical Saint-Alexandre, avec qui il a déjà travaillé à deux reprises, pour une version symphonique de ses morceaux. L’orchestre est composé de quatre-vingts jeunes musiciens dirigés par Mathieu Rivest. En 2005, le camp a approché Loco Locass pour participer à un projet symphonique de leurs chansons. Le groupe dit avoir accepté d’emblée. Cette année-là, cinq chansons ont été arrangées avec l’orchestre, un nombre qui a doublé l’année suivante lors d’une nouvelle collaboration. «Mélanger nos textes rap et urbains avec les possibilités d’un orchestre classique est un fantasme d’artiste, dit Chafiik. En tant que compositeur et arrangeur, c’est l’aboutissement d’une vision.» Le trio prend visiblement le projet à coeur. Il n’y a aucun lien à faire, selon eux, avec les aventures symphoniques de groupes rock comme celui de Metallica avec l’Orchestre symphonique de San Francisco. «J’ai écouté les chansons de Metallica avec l’orchestre, et j’ai été très déçu des arrangements, dit Biz. Ils n’exploitent absolument pas tout le potentiel, il n’y a pas de symbiose.» «Un orchestre ne garantit pas que ça va bien marcher, poursuit-il. Les arrangements sont extrêmement importants, et dans notre cas, l’orchestre a vraiment plongé à fond dans notre musique et l’a comprise.» Question d’explorer plusieurs avenues qui s’offraient à eux, les rappeurs ont aussi invité une chanteuse d’opéra et un rappeur algonquin à leur grand concert de vendredi prochain. RAP EN SMOKING Ce ne sera pas la première fois que Loco Locass exploitera le potentiel symphonique de son répertoire. Il y a quelques semaines à peine, le trio présentait d’ailleurs un spectacle au Mondial Chorale de Gregory Charles. «Nous n’avions répété qu’une seule fois et le résultat était très bon, dit Chafiik, qui a lui-même réalisé certains arrangements pour le concert de vendredi prochain. Imagine, avec toutes les occasions que nous avons eues avec l’orchestre du Camp musical Saint-Alexandre… On pourrait répéter pendant des jours et des jours en trouvant toujours quelque chose de nouveau à ajouter.» «Dans ce genre de présentation, tout le monde doit accepter de mettre de l’eau dans son vin, de modifier certains aspects de son art. Nous, par exemple, on va devoir mettre des smokings», explique Biz avec un sourire en coin. «Plus sérieusement, quand tu as un orchestre derrière toi, tu as le goût de lui laisser la place un peu, continue-t-il. En plus, Wilfrid-Pelletier est la salle qui a la meilleure acoustique du Québec.» Loco Locass ouvrira les FrancoFolies de Montréal accompagné de l’orchestre du Camp musical Saint-Alexandre le 27 juillet à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. |