THE POLICEQuand Sting joue à la policePhilippe Rezzonico 14-07-2007 | 06h53
Depuis la séparation officieuse du groupe en 1984, Sting n’a jamais voulu le reformer, hormis pour une poignée de spectacles offerts en 1986 et pour l’intronisationde The Police au panthéon du rock, en 2003. D’où la surprise du public, quand The Police a annoncé son intentionde se réunir à la cérémonie des Grammys en février et d’amorcer une tournée mondiale. Que s’est-il passé? En toute logique, Stewart Copeland et Andy Summers n’avaient pas assez de poids pour inciter leur copain bassiste à reprendre du service s’il ne le désirait pas. C’est évidemment l’inverse qui s’est produit: Sting, pratiquement sur un coup de tête, a fait savoir aux deux autres qu’il désirait reformer le groupe. Dans l’entrevue que The Police a accordée au magazine Rolling Stoneen juin, Sting, qui livrait ses premiers commentaires depuis l’amorce de la tournée, a levé le voile sur les raisons de ce revirement spectaculaire. Que faire? En novembre, le bassiste s’est tout simplement demandé ce qu’il allait faire après le succès de son disque aux effluves classiques, Songs from the Labyrinth. «Que diable vais-je foutre maintenant? a-t-il dit au magazine. Une semaine plus tôt, si vous m’aviez dit que j’allais prendre cette décision, j’aurais répondu: «Vous êtes dingue, je ne vais jamais refaire ça (reformer le band)». Le déclic s’est produit quand je me suis demandé ce qui pourrait surprendre les gens et ce qui pourrait me surprendre. Ça, ça a indiscutablement surpris les gars.» Les gars enquestion, Copeland et Summers, n’attendaient visiblement que cet appel pour renouer, puisqu’il ne s’est pas écoulé trois mois entre l’annonce et le retour sur scène,en février. The Police comble donc ses fans qui attendaient une telle reformation depuis plus de deux décennies, mais la donne interne n’a guère changé. The Police, ce n’est pas plus une institution démocratique que naguère: c’est toujours un band qui doit composer avec la tyrannie du perfectionnisme de Sting. En ce sens, Sting joue à la police… Toujours la tyrannie À Vancouver, en mai, Notons que les boys avaient répété un mois dans la villa toscane de Sting, presque autant dans un entrepôt de Vancouver, et que So Lonely, c’est une chanson punk-reggae, pas la cinquième symphonie de Beethoven, rayon complexité. On comprend pourquoi Copeland a eu le goût de lancer sa grosse caisse à la tête de Sting dans le passé. Ce dernier ne s’encache pas. Cette tournée, il la fait parce qu’il en a envie… en espérant quand même que les copains aient autant de plaisir que lui. Sur ce plan, la communion n’était pas feinte au début de cette virée: les gars s’amusaient vraiment comme des petits fous. Aucuns projets L’une des raisons de cette belle entente est probablement la brièveté de ces retrouvailles. Hormis une compilation double lancée il y a deux mois, aucune nouvelle chanson et aucun projet de disque ne figure dans les plans du groupe, même si l’on sait que deux DVD seront tirés de cette tournée. Bref, après près de 25 ans sans se côtoyer au quotidien, le trio ne s’est pas engagé dans une entreprise de quatre ou cinq ans qui pourrait devenir un pénible chemin de croix. Enfait, ce n’est pas le trio qui s’est engagé, c’est Sting. Dites-vous que ces retrouvailles sont celles du bassiste, et que c’est également lui qui va décider quand elles vont se terminer.
La même intensité, la nostalgie en plusLes technologies ont grandement évolué depuis les derniers spectacles sur scène de The Police, en 1986. En ce sens, le trio avait une décision à prendre avant de reprendre le chemin des arénas et des stades: on beurre épais ou l’on fait dans l’épuré? Étonnamment, la configuration scénique que vous verrez au Centre Bell répond en partie aux deux critères: de forme ovoïde, la scène majestueuse s’étire sur la largeur et dispose d’un escalier en demi-lune qui rappelle autant les amphithéâtres de l’Antiquité que les marches du célèbre escalier du Festival de Cannes. Placée au centre, la batterie de Stewart Copeland peut être au même niveau que Sting et Andy Summers, ou quelque peu hissée sur le deuxième palier à l’aide d’un système hydraulique. Le batteur dispose aussi d’un gong, de vibraphones, de tambours et de nombreux petits instruments de percussion. Visuellement impressionnante, cette scène spacieuse a le mérite d’être dénudée et d’afficher des lignes épurées. Le fait que les six tours de lumières sont à une hauteur variable au fond de la scène permet d’accommoder les fans en arrière-scène sans leur bloquer la vue. Il reste quelques billets à vendre pour le deuxième spectacle au Centre Bell à cet endroit. Si on se fie à la réaction des fans au GM Place, ils ne se sont pas ennuyés et vous ne devriez pas vous refuser ce plaisir. Qualité sonore exceptionnelle Le plaisir, il provient aussi des éclairages sophistiqués offerts par un nombre renversant de projecteurs de poursuite, beaucoup d’entre eux étant monochromes (bleus, jaunes, rouges) selon la chanson. Rayon sono, le fait que le trio joue sans musiciens additionnels et sans choristes garantit une qualité sonore assez exceptionnelle. Sur ce plan, le spectacle auquel celui de The Police nous a fait penser est la virée de 1987 de U2 au Stade olympique: même sens de la musicalité et même intensité, la nostalgie en plus. Car c’est ce qui nous a frappé à Vancouver: il y avait les fans de la génération des membres du groupe qui renouaient avec eux, ceux de la même génération qui ne les avaient pas vus à l’époque et qui ne voulaient pas laisser passer cette chance, et ceux, trop jeunes ou carrément pas nés en 1983, qui voulaient voir les vétérans sur le retour. Disons qu’on a hâte de voir si Montréal – une ville qui a vécu une histoire d’amour avec le band – va réagir de la même façon que Vancouver. Nous, on pense que ça va être encore plus débile, d’autant plus que la tournée est maintenant bien lancée.
Des succès à la pelle Qu’est-ce que The Police va nous offrir au Centre Bell? Des succès, des succès et encore des succès. On n’a pas l’impression que le menu des chansons qui seront proposées va changer beaucoup en regard du coup d’envoi de la tournée. Enfait, lors des spectacles qui ont suivi depuis, 20 des 21 chansons offertes en ouverture à Vancouver ont été de la partie, seule Spirits in the Material World ayant été délaissée occasionnellement. Quant à l’ordre de sélection, il a été à peine modifié d’un soir à l’autre. Ça va donc furieusement ressembler à ce qui suit:
1-Message in a Bottle
Premier rappel
Deuxième rappel
«Pour nous, c’était aussi fort que les Beatles»
En 1983, The Police, alors le plus populaire des groupes de la planète, se pointe au Stade olympique le 3 août. Ça, c’était ce qui était prévu. Mais le trio avait causé tout un émoi en offrant une performance au Spectrum la veille. Pour mesurer l’aspect événementiel de ce moment, il faut noter qu’il n’y a qu’une poignée d’artistes en tête d’affiche (Pink Floyd, Emerson Lake and Palmer, The Police, Diane Dufresne, Genesis, The Rolling Stones, U2, Madonna, New Kids on the Block) et quelques événements spéciaux (le doublé Metallica-Guns N’Roses en 1992, la tournée d’Amnistie internationale en 1988) qui sont passés par le Stade olympique. The Police au Spectrum, c’est comme si Madonna, U2 ou Justin Timberlake y jouaient cette semaine. «Nous étions tous très excités», se souvient notre collègue Manon Guilbert, qui a longtemps assuré la couverture des spectacles pour Le Journal de Montréal. «Nous étions des journalistes, mais aussi des fans. Ce soir-là, le calepin a pris le bord. Personnellement, je voulais tellement voir le show que j’avais pris congé. C’est Louise Blanchard qui a fait le compte rendu. «Tu avais le groupe le plus populaire au monde qui s’apprêtait à jouer dans le grand Stade, mais on a aussi pu le voir au Spectrum. Pour nous, à cette époque où le disco avait dominé, c’était fabuleux de voir un band original qui faisait dans la pop, le rock et le reggae. Pour nous, c’était aussi fort que les Beatles.» Sur invitation C’est la captation intégrale du spectacle pour une vidéo qui avait mené à cette présence du band dans la salle mythique qui va disparaître cette année. Mais en cette ère pré-Web, les choses ne se passaient pas comme aujourd’hui. «Au départ, c’était un spectacle sur invitation seulement, se rappelle notre collègue. Il y avait des journalistes et des professionnels de l’industrie, mais il n’y avait pas assez de monde pour remplir la salle quand le show a commencé.» D’où l’ouverture des portes aux fans qui avaient eu vent de l’affaire et qui s’étaient massés rue Sainte-Catherine. Ça, c’est une image que notre collègue n’est pas près d’oublier. «Quand ils ont ouvert les portes, les gens sont entrés en courant comme des fous sur le plancher en pente qui mène vers la scène. Et c’était gratuit en plus. J’y repense… On avait Sting à portée demain.» Si le Spectrum, c’était le truc impensable, les fans qui ont vu The Police au Stade olympique n’ont pas été déçus non plus. «Ils ne se sont pas retenus au Spectrum, même s’ils savaient qu’ils jouaient au Stade le lendemain, conclut celle qui a vécu deux soirées magiques en 1983. C’était le même spectacle et c’était aussi intense.» |