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France - Les groupes québécois font une percée
Malajube.

FRANCE

Les groupes québécois font une percée

Philippe Meilleur
Le Journal de Montréal
09-07-2007 | 11h04
Un accent charmant, une énergie incomparable et de bons vidéoclips sont les trois ingrédients secrets qui ont permis à la scène alternative québécoise de percer en France, selon des experts.

Après les chanteuses à voix, c'est au tour des groupes québécois alternatifs de faire leur entrée en France.

«Ça a commencé avec Arcade Fire, Harvee et Wolf Parade, dit Pierre Siankowski, journaliste pour le magazine Les Inrockuptibles, véritable bible du rock en France. Maintenant, c'est au tour de Malajube d'avoir un accueil vachement enthousiaste ici, au même titre qu'Omnikrom ou Kid Koala. La scène de Montréal est arrivée à maturité.»

Pourquoi un intérêt aussi soudain et passionné envers les groupes québécois?

«Montréal est un laboratoire de la musique qui inspire la fascination, explique Pierre Siankowski. Le projecteur est braqué sur la ville depuis quelque temps. Il s'y passe quelque chose de spécial, il y a une espèce d'enthousiasme que les artistes transmettent dans leurs entrevues.»

Une affaire d'accent

L'accent québécois ne serait pas non plus étranger à ce coup de foudre de l'Hexagone envers le Québec.

«La France a tellement reçu de chanteuses à voix du Québec qu'elle est maintenant amusée de voir tous ces groupes rock débarquer», dit Bertrand Dicale, responsable de la section musique au Figaro.

«Pour les Français, l'accent québécois a toujours eu un petit côté agraire, attendrissant, poursuit-il. Entendre des chansons très lourdes comme celles de Galaxie remet les pendules à l'heure! Cette façon de chanter en argot de façon si puissante montre que la musique québécoise peut être très actuelle.»

La grande qualité des vidéoclips québécois plaît aussi aux spécialistes. «La qualité de l'image est souvent supérieure à ce qui se fait en France, car le format est le même qu'aux États-Unis, affirme Laurent Bitton, programmateur musical de la chaîne culturelle M6. Le clip Les Étoiles filantes des Cowboys Fringants, par exemple, a connu un excellent succès ici.»

Le même intérêt est palpable pour les clips de Dumas, qui ont beaucoup tourné sur M6. «Et en plus, les artistes francophones nous permettent de respecter les quotas de langue», dit-il.

Loin d'être fini

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, tout cet engouement autour de la scène alternative montréalaise n'exaspère pas nos cousins le moins du monde.

«Il y a encore beaucoup de place pour la musique québécoise en France, spécialement dans le domaine du rock», dit sans hésiter Laurent Bitton.

«Personne n'a l'impression d'une saturation de musique canadienne, puisque les groupes qui la font ne passent pas à la télé tous les samedis soir», ajoute le journaliste Sébastien Catroux, spécialiste en musique au journal Le Parisien.

Du point de vue français, Montréal est le paradis des groupes débutants. L'existence de nombreux festivals comme les FrancoFolies et le Festival de musique émergente d'Abitibi-Témiscamingue leur offre des occasions quasi inexistantes en France.

«Ces scènes sont primordiales au succès de la musique québécoise, estime Pierre Siankowski. Elles permettent un suivi logique pour les groupes et le public s'y rend pour faire des découvertes.

«En France, ce type de structure n'est pas très important. Nous n'avons pas tendance à mélanger les genres comme vous le faites aux FrancoFolies. C'est pourtant ce qui permet à la scène québécoise d'évoluer.»

Et aucun signe ne laisse présager un quelconque essoufflement de cette fameuse scène pour le moment. «Les groupes sont encore jeunes, poursuit Pierre Siankowski. L'engouement autour de Montréal est certainement loin d'être terminé.»

Un manque de curiosité

Le succès de la scène alternative québécoise reste relatif et quelque peu marginal en France, malgré tout l'enthousiasme qui l'entoure.

Les experts sont les premiers à l'admettre: la France tout entière ne craque pas pour les derniers morceaux des Breastfeeders ou de Malajube.

«Les Français ont ce défaut de ne pas être assez curieux, explique Pierre Siankowski, spécialiste du magazine Les Inrockuptibles. Il y a encore une sorte de méfiance envers la scène québécoise, qui est souvent associée à des artistes qui passent à la télé comme Garou. Les grandes radios et la presse en général restent frileux.»

«Les groupes alternatifs n'ont pas atteint le niveau de popularité des chanteuses à voix», ajoute le journaliste Laurent Bitton.

Succès d'estime

La grande majorité des amateurs de musique québécoise sont des jeunes ou des mélomanes aguerris, selon les experts français.

«C'est surtout un public aux goûts plus poussés que rejoignent des groupes comme Arcade Fire«, affirme Sébastien Catroux, journaliste pour Le Parisien.

«La génération actuelle est heureusement plus curieuse. Elle accorde un très beau succès d'estime aux groupes québécois», dit Pierre Siankowski.

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