DOLORES O’RIORDANChassez le naturel...Philippe Rezzonico Journal de Montréal 04-07-2007 | 05h07
«Je redescends sur terre très vite après un spectacle, dit-elle. Je ne reste pas en mode performance très longtemps.» Au bout du fil, O’Riordan affiche la même confiance qu’au milieu des années 1990, quand nous lui parlions pour une nouvelle parution d’un disque des Cranberries. Quoique, sans cette fatigue qu’elle affichait au tournant des années 2000, quand les canneberges se gâtaient. En toute franchise, personne ne pensait que l’Irlandaise allait revenir à la musique après avoir mis un terme à l’aventure des Cranberries il y a quatre ans. Elle non plus d’ailleurs ne s’y attendait pas. «À un moment, j’ai réalisé que j’avais passé la moitié dema vie et toute ma vie d’adulte sur la route, au sein d’un band, que ça soit en studio ou pour des tournées. Et avec des enfants, j’ai eu l’envie de me poser quelque part et de cesser de vivre cette frénésie.» Entre ses résidences de Dublin et du Canada – sa belle-famille est ontarienne –, O’Riordan se l’est coulée douce, sans penser aux lendemains. Mais commele veut l’adage, chassez le naturel, il revient au galop. Pour l’Irlandaise, la musique, c’est également une partie importante de sa vie qui avait tout simplement pris trop de place. Le retour, si retour il y avait, devait se vivre au naturel et couler de source. Le retour du plaisir «Quand j’ai commencé à faire de la musique, écrire était un hobby qui s’est graduellement transforméen carrière. Sans agenda, sans enregistrements à faire entre deux tournées, je me suis remise à écrire pour le plaisir, tout simplement. Sur ce plan, j’ai ressenti une forme de liberté que je n’avais pas connue depuis longtemps.» Ainsi est né Are You Listening?, compact paru le mois dernier, qui sera le plat de résistance de son spectacle offert au Festival de jazz. Un disque où la Dolores démontre qu’elle a encore le registre large de ses vingt ans au plan vocal, mais beaucoup, beaucoup plus de vécu. «Il y a une chose que j’ai réalisée ces dernières années, entre autres avec la naissance dema petite dernière et le décès dema belle-mère du cancer, c’est pour dire à quel point la vie est fragile. C’est pour ça qu’il y a des chansons liées ou inspirées par mes enfants (Ordinary Day), mon conjoint (Apple of My Eye) et ma belle-mère (Black Widow). Mais il fallait que tout ça se fasse tout en contrôle. «Je suppose qu’à un moment, tu apprends à mieux gérer ton temps et ta vie. Mais c’est surtout parce que je ne referai jamais cet album. Peut-être un autre album, mais pas celui-là, pas avec ces mots-là, ni avec les mêmes sentiments et intentions. Dans ce sens, je ne voulais rien brusquer.» En reprenant la route du studio et des salles, O’Riordan ne craint-elle pas de retomber dans les mêmes pièges que naguère, relativement à la célébrité et à l’épuisement physique et mental? «Rien n’est sûr à 100 pour cent, mais je ne le pense pas. D’une part, la famille est plus solidement implantée que jamais, mais j’ai aussi plus d’expérience. Présentement, j’ai un plaisir fou à faire ce que je fais et je dois conserver ce plaisir.» Si une réunion des Cranberries n’est pas pour demain, «peut-être dans dix ans, pour une tournée de retrouvailles», O’Riordan n’a pas l’intention de renier le passé. «N’ayez crainte, il y aura des chansons des Cranberries dans le spectacle. Ce passé musical, c’est celui qui a fait en partie ce que je suis aujourd’hui.» |