ROCKL'éternelle jeunesse des papys du rockPhilippe Meilleur Le Journal de Montréal 16-06-2007 | 04h00
Avec leur musique rock et leurs déhanchements, ils étaient autrefois les icônes de la jeunesse révoltée. Plusieurs décennies plus tard, une fois passée l’âge de la retraite, ils refusent de laisser tomber le rideau sur leur carrière et continuent de lancer des albums. Paul McCartney est l’exemple typique de cette nouvelle classe de papys rock, comme on les appelle. Avec les Beatles, il a révolutionné le monde du rock pendant les années 1960, participant à l’une des plus grandes aventures musicales du XXe siècle. Après la séparation du quatuor, le Britannique s’est lancé dans une carrière solo qui se poursuit encore aujourd’hui, plus de 35 ans plus tard. «Dans quelques jours, j’aurai l’âge de la retraite, a déclaré McCartney récemment à l’hebdomadaire américain Newsweek. Heureusement que j’ai encore un bon sens de l’humour, et des cheveux aussi.» «Lorsque j’avais 24 ans, je me disais que c’était un âge fabuleux, a-t-il poursuivi. À 64 ans, c’est aussi fabuleux. Ce serait peut-être mieux de paraître physiquement plus jeune, mais je ne voudrais pas penser comme un jeune de nouveau. Je suis très heureux de la façon dont je pense actuellement.»
Pas de retraire paisible Pourquoi ces hommes qui ont l’âge d’être grands-pères s’entêtent-ils à vivre le rêve du rock and roll au lieu de profiter d’une retraite dorée et paisible? «C’est très paradoxal, explique le sociologue de l’Université de Montréal Marcel Fournier. Les vedettes de musique passent habituellement rapidement dans le paysage culturel. Or, ces chanteurs ont fini par accéder au rang de classique pour leur public. Cela leur donne une sorte de deuxième vie qu’ils prennent plaisir à vivre.» «Nous assistons donc à l’émergence d’une gérontocratie, soit la prise du pouvoir par les vieux, qui est appuyée autant par l’industrie du disque que par les médias.» Une icône vieillissante? Lorsque Newsweek lui a demandé s’il était plus difficile de vieillir en tant que Beatle, donc ancien emblème de la jeunesse, Paul McCartney a été nuancé. «Je pense qu’il y a peut-être certains éléments de ça, a-t-il dit. La comparaison entre moi aujourd’hui et l’icône du groupe est inévitable, mais elle ne me dérange pas vraiment.» Ce genre de raisonnement n’est pas étonnant, selon le sociologue Marcel Fournier. «Passé 60 ans, c’est le rapport à soi qui change, on ne se sent pas nécessairement vieux, dit-il. On veut alors être associé encore à la jeunesse.» «Ces artistes ont aussi l’impression qu’ils pourraient disparaître en peu de temps, malgré leur apport significatif à la musique. Pour être immortel, il ne faut pas être oublié. De là part l’idée derrière les spectacles, qui sont au fond des rituels où les baby-boomers se réaffirment et se rapprochent de leurs artistes.» «La musique est intemporelle» Si un rockeur québécois correspond bien à l’esprit qui anime les Mike Jagger et Lou Reed de ce monde, c’est bien Lucien Francoeur. «La musique est intemporelle, lance Lucien Francoeur, qui a fondé Aut’Chose au début des années 1970 avec son ami Pierre Gauthier. Il y a des compositeurs classiques qui ont composé jusqu’à l’âge de 105 ans.» Le poète né en 1948 dit qu’il arrêterait de se produire sur scène si ses amateurs avaient le même âge que lui. «Mon public se tient aux Foufounes Électriques, insiste-t-il. La chance que j’ai eue est d’avoir été dans la marge, de ne pas jouer sur les radios. C’est ce qui me permet de continuer aujourd’hui.» Pas que de la nostalgie Même s’il est né au début du baby-boom, Lucien Francoeur affirme ne pas poursuivre sa carrière par simple nostalgie. «Je fais de la musique authentique, qui n’est pas accrochée sur la mode, et je fais en sorte que le temps la rattrape.» «Je n’ai aucun problème à continuer à faire des shows jusqu’à n’importe quel âge, tant que je serai capable d’en faire comme il faut», jure-t-il. Selon lui, la particularité des groupes de babyboomers qui se produisent sur scène longtemps après le 50e anniversaire de leurs membres est de ne pas s’être inscrits de manière irrésistible dans leur époque. «Les Stones continuent à être à l’avant-garde tout en collant des éléments nouveaux», explique-t-il. Est-il prêt à dire que Mick Jagger va trop loin en agissant comme s’il était un jeune adolescent? «Il a toujours réussi à créer un malaise avec son comportement, dit-il, et il ne fait que continuer ce qu’il a toujours fait.» |