À LA GRÂCE DE DIEU...ou «comment rendre grâce à des dieux»Mélanie Malo 11-04-2007 | 16h09
Voilà à quoi se résument et le nouvel album, et le spectacle des Charbonniers de l’enfer. Brûlant les planches des salles de spectacles depuis plus de dix ans, les Charbonniers de l’enfer s’avère la seule formation québécoise a capella spécialisée dans la recherche et l’interprétation du répertoire de la tradition orale. Mais il faut faire attention: bien qu’elle soit la seule et qu’il n’y ait pas de point de comparaison, elle est, et elle serait la meilleure… de toute façon. Puisant ici et là leurs refrains à travers l’histoire, les enregistrements laissés par le public, les souvenirs de jeunesse ou les anecdotes racontées, ils accordent le crédit à qui de droit et respectent, remercient et honorent chaque personne qui a contribué à leur succès. Parmi celles-ci, le maître des mots, Gilles Vigneault, présent hier soir dans la salle, et avec qui ils entameront prochainement une série de spectacles ainsi qu’un nouvel album. Sans autre instrumentation qu’une énergique podorythmie, le groupe livre une marchandise sans faille qui, à l’instar du titre de l’album À la grâce de Dieu, semble tout droit sortie des entrailles de l’Être divin. En version enregistrée ou debout sur une scène, n’ayant comme arme que leurs voix, les cinq bonhommes sont irréprochables dans l’interprétation des multiples pièces de leur répertoire, pièces qui ne sont d’ailleurs pas toujours faciles à exécuter, et leur prononciation juste et articulée mérite tous les honneurs. Forts de leurs expériences respectives, les cinq comparses réunis forment une équipe du tonnerre. Complices de tous les instants, ils s’accordent chacun leur moment de gloire et ce qui est bien et qu’on ne retrouve que très rarement, c’est qu’ils ont tous la même place au sein des Charbonniers. Michel Bordeleau, qu’on a connu avec la Bottine, podorythmiste essoufflant mais tranquille dans son coin, fait sourire quand il s’excite un peu et crache sa passion lorsqu’il en pousse une petite. Michel Faubert, conteur émérite, sobre mais surtout charmeur, est un talent aux multiples voix. C’est sur lui et son gazou qu’on s’appuie pour les notes de départ. Jean-Claude Mirandette, l’oncle qu’on voudrait tous avoir, toujours souriant, il propage sa bonne humeur de manière virale et c’est un véritable plaisir que de le voir chanter devant nous. Normand Miron, le mon’onc qui met de l’ambiance dans un party, coquin à l’extrême, est resté bien traditionnel au fil de ses voyages autour du monde et on apprécie ses simagrées. André Marchand, autre Bottineux, podorythmiste également, semble être le gars le plus tranquille du groupe, malgré ses chansons grivoises qui, sorties de sa bouche, prennent des allures de confession. Personne n’est meilleur: tout le monde est magistral. Chaque air chanté — en groupe ou ou en solo — leur colle à la peau. Spectacle qui se voulait le lancement d’À la grâce de Dieu, et lors duquel on se réunissait en grande forme. S’adaptant au pouls d’un public dynamique et entraîné, les Charbonniers s’en sont donné à cœur joie pendant 2h30. Généreux, amusants, divertissants et loquaces, on a vite saisi l’ambiance de party qui régnait dans la salle du National. Il faut dire que pour avoir personnellement vu le groupe à quelques reprises, la qualité du spectacle est largement proportionnelle à la qualité du public. Hier, le rendez-vous était bien sonné d’un côté comme de l’autre. C’est incontestablement un show à voir, et à revoir. À la grâce de Dieu, le disque, est en magasin dès maintenant; si vous n’avez pas la chance de vous déplacer pour les voir en récital, ça vaut vraiment la peine de vous procurer le disque! |