PRIVATE PARADISEJacques Villeneuve frappe un murPhilippe Rezzonico Le Journal de Montréal 09-03-2007 | 05h44
On ne s'attendait certes pas à des ventes de l'ordre de dizaines de milliers d'albums comme ceux de Pierre Lapointe, Jean Leclerc ou Gregory Charles, mais 233 exemplaires d'écoulés sur le territoire du Québec, ça semble bien peu pour quelqu'un à la renommée mondiale sur l'échiquier sportif. Et ne regardez pas du côté du rest of Canada. Hors du Québec, Villeneuve n'a pas vendu 30 disques... Cela dit, doit-on parler d'échec? Villeneuve, pour sa part, n'a jamais eu la prétention d'être un artiste. L'ex-pilote de course présentement sans volant est un fan de musique, un tripeux, et ce disque, c'était avant tout pour se faire plaisir. Il l'a fait honnêtement, avec ses tripes, ses proches, et il s'est payé une chanson hommage à son père, Gilles. Sur ce plan, l'intention n'était pas mercantile pour un sou. D'autant plus vrai que Villeneuve a créé sa propre étiquette pour mettre Private Paradise sur le marché. Il a loué un studio, acheté les instruments et, bien sûr, il n'a demandé de subventions à personne. Il a même fait le lancement à son propre restaurant. Totalement indépendant, le monsieur, et c'est tout à son honneur. Sous les feux de la rampe Sauf que Villeneuve, vedette de plein droit dans le monde sportif, n'a pas su avoir le profil bas dans un milieu qui lui était méconnu. Il a voulu vivre le processus de création de la rock star et il a joué la game à plein: single lancé lors du dernier Grand Prix du Canada, entrevues promotionnelles et spectaculaire lancement. Vue sous cet angle, cette déconfiture en dit long sur le disque qui a été descendu en flammes par nombre de critiques. On a beau offrir un produit honnête et authentique, on ne peut avoir du talent pour tout. Seul pilote de l'histoire du sport automobile à avoir remporté à la fois le championnat de formule 1, celui de l'ancienne série Cart et les 500 milles d'Indianapolis, Villeneuve a un talent fou pour le pilotage. Rayon musique, ca demeure à prouver. Savoir s'entourer Rebuffade du public envers une vedette riche à craquer? Même pas. Un nombre considérable de vedettes issues d'une autre sphère d'activité se sont risquées dans l'aventure musicale avec succès. Cela dépend de comment on s'entoure. Brigitte Bardot n'était pas une grande chanteuse, mais elle avait derrière elle des auteurs comme Serge Gainsbourg. Chez nous, Dorothée Berryman s'est attaquée à un répertoire qui avait fait ses preuves, mais elle sait chanter. Plus récemment, on a vu Isabelle Blais (Caïman Fu) et Paul Ahmarani obtenir de beaux succès d'estime. Les comédiennes ou acteurs qui plongent dans la musique sont néanmoins tous des artistes. Globalement, il y a bien moins de sportifs qui se risquent dans ce domaine. Les prochaines semaines nous diront si cette première semaine est un faux départ pour Villeneuve, mais quand on vend moins d'exemplaires que Reprogrammée de Caroline Néron (786) après sept jours de mise en vente, il y a de quoi se poser des questions. Quoique Villeneuve, lui, n'a pas placardé la ville de panneaux publicitaires... |